Revue de presse - Tout le monde au vert

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Manon Cornellier
Édition du samedi 28 et du dimanche 29 juin 2008

Mots clés : Environnement, Stéphane Dion, Taxe sur le carbone, Canada (Pays)

Le chef libéral Stéphane Dion semble avoir remporté un premier pari, celui d'imposer un débat public sur un enjeu qui lui est cher: l'environnement. Il n'y en avait que pour son Tournant vert cette semaine dans les quotidiens. Son plan ne fait pas l'unanimité, mais le fait d'en avoir un et de forcer ainsi une discussion de fond sur un dossier crucial a été unanimement applaudi tandis que Stephen Harper s'est fait matraquer pour sa réponse initiale et son absence de plan crédible.

L'Edmonton Journal trouve «rafraîchissant» qu'un politicien dévoile à l'avance l'élément central de son futur programme électoral, même s'il «est loin d'être parfait». Un politicien qui a «le courage de traiter les électeurs en adultes» en admettant que toute action sur les changements climatiques a un prix. Le Journal croit que ce plan affectera davantage l'Alberta que les autres provinces. «Mais cela ne signifie pas qu'il mérite d'être traité avec le mépris moqueur affiché par le gouvernement conservateur.» Ni d'être comparé, comme c'est déjà le cas dans certains quartiers albertains, à la très honnie Politique nationale de l'énergie, «un cri qui sonne parfois franchement pavlovien dès que les libéraux fédéraux commencent à parler d'énergie et de taxes», s'impatiente le Journal.

La chaîne SunMedia a pour sa part multiplié les appels en faveur d'un débat sérieux sur les changements climatiques et suggère même la tenue de plusieurs débats des chefs sur le sujet afin de permettre aux citoyens de juger les «solutions partielles» qu'ils proposent. Dion ne fait pas exception, mais «lui, au moins, a un plan», dit SunMedia. La chaîne n'a pas apprécié les répliques simplistes que lui a réservées Stephen Harper. «Harper dit que le Canada est toujours partie prenante de l'accord de Kyoto, mais nous ne faisons rien de ce que [le protocole] exige. Le ministre de l'Environnement, John Baird, se moque de Dion mais dit que les changements climatiques sont l'enjeu de sa génération. Si c'est le cas, où est le plan conservateur?»

Frances Russell, du Winnipeg Free Press, relève que Dion est le seul chef à présenter un plan qui offre une aide financière aux contribuables pour atténuer l'impact de ses mesures de lutte contre les changements climatiques. Selon elle, les conservateurs sont inquiets. On ne peut expliquer autrement leurs insultes des derniers jours, dit-elle. À son avis, là est la plus grande victoire de Dion. En croyant à l'intelligence des électeurs, il prouve qu'il les respecte.

Ça continue

Jim Meek, du Halifax Chronicle-Herald, souligne la détermination de l'antipoliticien qu'est Dion et prévient les conservateurs. Leurs publicités négatives lancées contre le chef libéral pourraient se retourner contre eux en mettant de nouveau en lumière un important défaut de leur propre chef, sa tendance à l'intimidation. Dans le même journal, Ralph Surette conclut que Dion a marqué un point même si «ce n'est pas un beau but». Les risques sont énormes, dit-il, et son plan a ses défauts. Selon lui, si Dion gagne, ce sera parce que «le public jugera qu'il a eu le courage de proposer ce qui était nécessaire de faire [...] au lieu de la politique environnementale inadéquate et excessivement partisane du gouvernement Harper».

Peu importe ce qu'on pense du plan Dion, dit le Kinsgton Whig-Standard, «nous devrions tous remercier le chef libéral d'avoir eu le courage de le mettre sur la place publique», alors que les conservateurs tergiversent encore. «Les changements climatiques sont un enjeu assez sérieux pour que Dion et les libéraux acceptent, eux, de miser les prochaines élections [...] sur leur Tournant vert.» Le quotidien invite ses lecteurs à en prendre connaissance, car il est persuadé que les Canadiens ne pourront échapper un jour ou l'autre à une taxe sur les émissions de carbone. À Harper qui a qualifié le tout de dément, le Herald répond que «ce qui est vraiment dément est de ne rien faire».

Plus que l'environnement

Au Toronto Star, on a noté qu'avec son Tournant vert, le chef libéral s'attaquait à la fois aux problèmes environnementaux et sociaux. Le Star approuve le projet de Dion mais regrette qu'il ne soit pas aussi convaincant sur le plan économique. De l'avis de l'équipe éditoriale, il compte trop sur les incitatifs fiscaux pour amener les entreprises à faire les investissements nécessaires au maintien de leur compétitivité par rapport à leurs compétiteurs étrangers. Selon le Star, Dion pourrait être forcé à faire davantage, comme imposer des tarifs sur les produits moins verts. «Mais s'il répond à cette préoccupation, son approche à trois volets offrira un budget solide qui fera avancer le pays sur des fronts où il piétine.»

Le National Post, quant à lui, n'aime pas cette idée d'un gouvernement qui tente, par les taxes, les impôts et les règlements, de dicter leur comportement aux consommateurs et aux entreprises. Le Post, un ardent défenseur du marché, reste persuadé que c'est ce même marché et rien d'autre qui décidera de l'avenir des énergies alternatives. Avec sa lourdeur habituelle, le gouvernement ne fera que ralentir le processus, croit le quotidien, qui désapprouve et taille en pièces le plan Dion. C'est la hausse du prix du pétrole qui rend les solutions de rechange, souvent coûteuses, soudainement attrayantes, rappelle le Post.

Suivi

Qui a le pouvoir de mettre fin aux soins qui maintiennent en vie une personne mourante? La famille ou les médecins? La question posée par le cas d'un homme âgé du Manitoba ne sera pas tranchée par les tribunaux, rapporte le Winnipeg Free Press. Le vieillard est mort cette semaine. En attendant que la cause soit entendue, la famille avait obtenu une injonction forçant les médecins à poursuivre les soins. Trois d'entre eux avaient démissionné de l'unité des soins intensifs, l'un refusant de se livrer à ce qu'il comparait à de la torture.

***

mcornellier@ledevoir.com


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