La mauvaise gestion coûte 280 millions au CHUM

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Kathleen Lévesque
Édition du vendredi 27 juin 2008

Mots clés : subventions, CHUM, Gestion, Hôpital, Montréal, Québec (province)

L'excellence de la recherche au CUSM lui vaut des subventions de 250 millions

Le CHUM ne pourra pas encaisser comme prévu un chèque de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) afin d'implanter son centre de recherche à proximité du futur hôpital. La FCI juge le projet défaillant sur le plan de la gestion. Par contre, l'organisme fédéral versera, avec les gouvernements du Canada et du Québec, 250 millions de dollars à l'hôpital anglophone, le CUSM, a appris Le Devoir.

La FCI a été sollicitée pour le financement des nouvelles infrastructures de recherche que le CHUM et le CUSM entendent réaliser dans le cadre de la construction des deux nouveaux hôpitaux montréalais. Le CHUM prévoyait ainsi obtenir 280 millions. Mais le conseil d'administration de la FCI, dont la mission est d'appuyer entre autres les hôpitaux de recherche qui ont des projets de calibre mondial qui produiront des retombées pour la population canadienne, en a décidé autrement le 17 juin dernier.

Selon différentes sources, le CHUM aurait obtenu une bonne note au chapitre de la recherche, mais une autre beaucoup plus faible pour ce qui est de la gestion. Il est vrai que le centre de recherche du CHUM a connu une certaine turbulence au cours des dernières années, liée notamment à la controverse sur l'emplacement du futur hôpital.

Le Dr Pavel Hamet, qui dirigeait alors le centre, avait pris fait et cause pour la construction du CHUM à Outremont, en opposition au Dr Denis Roy, directeur général du CHUM, qui militait en faveur du centre-ville. Un an après ce douloureux débat, le Dr Hamet quittait ses fonctions et ce n'est qu'en mai 2007 qu'un nouveau directeur a été nommé (le Dr Jacques Turgeon). La période intérimaire aurait entraîné une interruption du développement de la recherche, ce qui aurait pu avoir un impact, ont confié des personnes qui ont requis l'anonymat.

Les administrateurs ont rejeté le dossier du CHUM et retenu celui de McGill à la suite d'un long processus d'analyse. Les propositions ont franchi trois étapes d'évaluation, la dernière étant faite par un comité international composé de «personnalités» du monde de la recherche en santé.

Comme l'indique le site Internet de la FCI, les propositions des hôpitaux ont été analysées notamment sous l'angle de la qualité de la recherche, la nécessité de nouvelles infrastructures et les bénéfices potentiels pour les Canadiens. Mais d'autres éléments ont été pris en compte.

Ainsi, les experts mis à contribution devaient mesurer «la probabilité que la construction des installations débutera dans les 18 mois suivant l'annonce officielle de la décision» de la FCI. Or le CHUM connaît de sérieuses difficultés en ce qui concerne l'échéancier.

De plus, les mêmes experts devaient tenir compte «des complémentarités ou des redondances régionales liées à l'infrastructure demandée», peut-on lire. Il semble toutefois que le contexte politique, historique et sociolinguistique propre au Québec n'ait pas été pris en considération. Ce sont pourtant les raisons premières invoquées par le gouvernement du Québec pour justifier la construction de deux superhôpitaux de pointe.

Ainsi, le CHUM et le CUSM ont mené leur projet respectif chacun dans leur coin. Par exemple, les deux établissements ont été forcés de collaborer pour ce qui est du partage des soins spécialisés. Ils ont aussi développé chacun leur vision de la chambre de l'avenir, refusant de travailler main dans la main et multipliant ainsi les contrats aux consultants.

Le dédoublement des efforts s'est également fait sentir pour le développement du potentiel commercial de la recherche. Le CHUM a choisi de créer un pôle de la santé sur son pourtour avec un édifice dédié à l'installation de futures entreprises, alors que le CUSM a plutôt choisi d'avoir un technopôle virtuel et d'utiliser les structures existantes. Le CHUM avait fait appel à la firme américaine Bain (un contrat de 1,3 million en fonds publics) afin de réaliser un plan d'affaires. Conclusion: le CHUM et le CUSM auraient intérêt à devenir partenaires pour propulser l'équipe de recherche fusionnée parmi les dix meilleures du monde dans au moins trois domaines de recherche.

Pour ce qui est du dossier de la FCI, une source du Devoir indique que le CUSM aurait proposé une alliance au CHUM afin de présenter une demande commune mais que l'idée a tout simplement été rejetée. Au CHUM, Jacques Turgeon et Denis Roy ont mené le dossier. Au CUSM, le directeur de l'Institut de recherche, Vassilios Papadopulos, a plutôt choisi d'élargir ses horizons et a travaillé avec des spécialistes internationaux pour monter le dossier.

La décision de la FCI survient un mois après que le CHUM a lancé l'appel de propositions pour son centre de recherche. Ce dernier constitue la première étape de construction du projet de l'hôpital. L'enveloppe budgétaire prévue est de 320 millions, soit 40 millions de plus que les estimations d'il y a deux mois. Cette somme comprend la facture payable pendant 30 ans par le gouvernement du Québec pour l'utilisation de l'édifice, qui sera construit selon le modèle de partenariat public-privé (PPP).

Chez le directeur exécutif responsable des projets du CHUM et du CUSM, Clermont Gignac, grand argentier des chantiers, on affirmait hier que le soutien financier de la FCI a toujours été associé à l'aide fédérale. Ainsi, les documents publics indiquent qu'Ottawa devrait verser 100 millions pour le CHUM et une somme semblable pour le CUSM.

Dans les faits, la somme de 250 millions dont bénéficiera l'hôpital anglophone se compose ainsi: 100 millions provenant du fédéral, 100 millions de Québec et 50 millions de la FCI. Il reste donc des interrogations majeures pour ce qui est de l'aide financière gouvernementale du CHUM.

Cela a l'allure d'un obstacle de plus pour le CHUM, qui peine à mettre en branle son projet. La collecte de fonds auprès des entreprises privées se fait difficilement, contrairement au CUSM qui est assis sur un confortable coussin financier.

Hier, ni la FCI, ni le CHUM, ni le CUSM n'ont accepté de faire quelque commentaire officiel que ce soit. Tous ont prétexté être liés à une entente de confidentialité. Quant au nouveau ministre de la Santé, Yves Bolduc, il n'a pas rappelé Le Devoir.


Vos réactions


Bravo au CUSM - par Réception Innovitech inc.
Le lundi 30 juin 2008 12:00

@ Étienne Merven - par Gilles Bousquet
Le samedi 28 juin 2008 17:00

Est-ce qu'on pourrait parler de L'HÔPITAL maintenant? - par Jean-François Trottier (jean_francois_trottier@hotmail.com)
Le samedi 28 juin 2008 00:00

@M. Grenier - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le vendredi 27 juin 2008 22:00

Pauvres cons - par Etienne Merven (emerven@sympatico.ca)
Le vendredi 27 juin 2008 22:00

Bravo Ethan - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le vendredi 27 juin 2008 22:00

CUSM qui tend une perche... - par Gabriel Altit
Le vendredi 27 juin 2008 20:00

Triplement révoltante! - par Denis Hétu
Le vendredi 27 juin 2008 20:00

Diantre! Il semblerait que les québécois soient incapables de gérer leur "pays' sans Ottawa1 - par ethan solal
Le vendredi 27 juin 2008 18:00

Non au changement! - par Michel Lebel
Le vendredi 27 juin 2008 14:00

PPP pour remercier les amis qui financent le $75 000 par an - par Renaud Blais
Le vendredi 27 juin 2008 12:00

Nous sommes près en 2003/ nous allons tout changer pour le pire/ - par Roger Dion
Le vendredi 27 juin 2008 10:00

Les anglos! - par Réjean Grenier
Le vendredi 27 juin 2008 09:00

Quand même bizarre... - par Etienne Merven (emerven@sympatico.ca)
Le vendredi 27 juin 2008 08:00

Un vrai cauCHUMard - par Gilles Bousquet
Le vendredi 27 juin 2008 07:00

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