Opinion

Lettres - Langues régionales

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Ivon Balès, Le 25 juin 2008

Édition du jeudi 26 juin 2008

Mots clés : lettres, patrimoine, suprématie, Anglais (Langue), Français (langue), Canada (Pays), France (pays)

Lettre aux membres de l'Académie française

Que penseriez-vous si le gouvernement du Canada décidait de proclamer l'anglais comme seule langue officielle de l'État et d'interdire le français dans l'usage public? C'est sûr que vous dénonceriez cette action en tant qu'attentat aux droits des francophones et mesure arbitraire contre une langue qui doit jouir des mêmes privilèges que les autres langues... Parce que toutes les langues ont la même dignité, ou non? Si vous êtes contre la suprématie de l'anglais sur le français, pourquoi prônez-vous la suprématie du français sur le catalan, l'occitan, le breton et les autres langues de France? Pourquoi êtes-vous contre la reconnaissance des langues dites «régionales» dans le patrimoine de la France? Vous, des hommes et des femmes de lettres, qui connaissez bien la valeur de la langue, comment pouvez-vous vous opposer à la sauvegarde des langues de France? Qu'est-ce que vous voulez? La disparition de ces langues et de la culture qu'elles représentent? Êtes-vous des «linguicides»? Vous êtes probablement contre l'imposition du chinois au Tibet, comme tous les Français, mais vous soutenez l'imposition du français en Occitanie, en Bretagne, dans le nord de la Catalogne... On appelle ça hypocrisie, cynisme ou, peut-être, schizophrénie? Toutes les langues du monde font partie du patrimoine de l'humanité et c'est le devoir des institutions publiques d'agir pour les protéger, comme on protège les espèces animales ou végétales en danger. Vous, Messieurs et Mesdames les Académiciens, représentez l'époque obscure de l'absolutisme, avant la Déclaration des droits de l'homme, l'époque des privilèges d'une classe sur les autres, d'une langue sur les autres. Vous êtes bien sûr d'accord avec ces anciennes affiches qui avertissaient «il est interdit de parler patois et de cracher par terre». Imaginez-vous au Québec des panneaux affichant «il est interdit de parler français et de cracher par terre»? Messieurs, Mesdames, n'agitez plus le fantôme du danger de l'unité nationale, ça fait rire! Ne réclamez pas pour les autres ce que vous ne voulez pas pour vous! Faites un geste de dignité et réclamez pour les langues régionales de France l'égalité, la liberté et la fraternité qui sont la devise de la République!


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com
  Publicité - Un produit ou un service ?