Pied de nez de Mugabe à l'ONU

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Édition du mercredi 25 juin 2008

Mots clés : ONU, crise, Robert Mugabe, Violence, Élection, Afrique du sud (Pays), Zimbabwe (pays)

Seule l'Afrique du Sud semble être en mesure de dénouer la crise au Zimbabwe

Ne tenant aucun compte des pressions internationales, notamment du Conseil de sécurité des Nations unies, le chef de l'État zimbabwéen, Robert Mugabe, a refusé hier de reporter le second tour de l'élection présidentielle dont la tenue est, selon lui, une obligation légale, et ce, malgré le retrait de l'opposition et le climat de violence que fait régner son régime dans le pays.

«L'élection aura lieu vendredi en accord avec nos lois et notre Constitution», a déclaré le ministre de la Justice, Patrick Chinamasa, peu après que l'opposition eut formellement déposé le retrait de sa candidature auprès de la Commission électorale du Zimbabwe. «Tout retrait de candidature est nul et non avenu», a-t-il ajouté, affirmant que le retrait du chef de l'opposition, Morgan Tsvangirai, aurait dû intervenir au moins 21 jours avant le premier tour, le 29 mars.

Le ministre zimbabwéen des Affaires étrangères a pour sa part affirmé que la situation était «extrêmement calme» dans son pays, rejetant les accusations de violence formulées par l'opposition. «La situation au Zimbabwe est extrêmement calme en dépit des informations de certains médias occidentaux qui affirment que le Zimbabwe est en plein tumulte. [...] Ce n'est pas vrai», a déclaré Simbarashe Mumbengegwi. Il a ajouté que les violences étaient confinées à certaines régions et qu'elles étaient imputables aux partisans du principal parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

L'attitude du gouvernement du Zimbabwe constitue tout un pied de nez au Conseil de sécurité des Nations unies, qui a condamné lundi à l'unanimité la campagne de violence contre l'opposition et «le comportement du gouvernement, qui a dénié à ses opposants politiques le droit de faire librement campagne». Ces violences et intimidations «ont rendu impossible la tenue d'une élection libre et équitable» vendredi, a ajouté l'organe onusien. Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU, a lui-même appelé à l'annulation du scrutin.

Menaces du Conseil

Le Conseil a d'ailleurs laissé planer la menace de nouvelles mesures contre le Zimbabwe au cas où le gouvernement de Harare continuerait de passer outre à ses avertissements. Le représentant américain, Zalmay Khalilzad, dont le pays préside actuellement les débats du Conseil, en a fait l'annonce devant la presse tout en refusant de donner la moindre précision sur la nature de ces nouvelles «mesures».

Cette déclaration non contraignante marque l'entrée en scène de l'exécutif onusien dans la crise zimbabwéenne, que les puissances occidentales et l'opposition imputent à Mugabe, au pouvoir depuis l'indépendance, acquise en 1980. James McGee, ambassadeur des États-Unis au Zimbabwe, a toutefois estimé que la communauté internationale ne pouvait s'opposer à la tenue du scrutin, mais le département d'État assure qu'elle n'en validera pas l'issue.

«L'Occident peut crier tant qu'il veut, l'élection aura lieu. Ceux qui veulent reconnaître notre légitimité peuvent le faire [...]», a répliqué le président, âgé de 84 ans, lors d'un rassemblement dans l'ouest du pays. Tsvangirai «dit maintenant qu'il veut négocier. Nous disons que nous ne refuserons pas de négocier mais, pour le moment, il n'y a qu'une chose à mener à bien, c'est le processus légal du 27 juin», a-t-il ajouté, évoquant le second tour.

Le président sénégalais Abdoulaye Wade et Jacob Zuma, chef de file du Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, ont exhorté Mugabe à reporter le scrutin, après le forfait du chef de son adversaire, Morgan Tsvangirai. «L'ANC estime que le second tour n'est plus une solution. Il faut en premier lieu un accord politique, puis des élections», a déclaré M. Zuma. L'ANC semble cependant vouloir jouer sur deux tableaux, accusant le régime zimbabwéen de «bafouer les droits démocratiques» obtenus par la guerre d'indépendance, tout en soulignant que la communauté internationale n'avait pas à s'ingérer dans la politique interne du pays.

L'atout sud-africain

Le président sud-africain Thabo Mbeki, discret médiateur de l'Afrique australe au Zimbabwe, est désormais l'objet de toute l'attention de la communauté internationale, qui s'accroche à l'espoir de le voir trouver une sortie de crise négociée dans ce pays. «La personne clé est Thabo Mbeki et jusqu'à présent son silence a été assourdissant», a estimé hier le Britannique Paddy Ashdown, ex-haut représentant de l'ONU et de l'Union européenne en Bosnie-Herzégovine.

La veille, dix pays riches avaient appelé «spécialement» l'Afrique du Sud, première puissance économique du continent, à «faire davantage pression» sur son homologue zimbabwéen. Dans ce contexte, M. Mbeki, qui s'est toujours gardé de critiquer ouvertement l'ancien héros de la libération, poursuit ses efforts dans la plus grande discrétion. Seules des sources anonymes ont indiqué qu'il cherchait à obtenir la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Le dirigeant sud-africain, 66 ans, joue son va-tout dans cette crise. S'il réussit à faire plier le président Mugabe, il justifiera a posteriori son silence quant aux violences chez son voisin. Mais s'il échoue, à un an de quitter le pouvoir, il laissera un bilan sérieusement entamé.

M. Mbeki justifie sa «diplomatie discrète» au Zimbabwe par le besoin de maintenir le contact. «Si vous voulez obtenir un résultat pendant des négociations, vous parlez aux gens, vous ne leur hurlez pas dessus», expliquait-il en avril. Cette logique doit se comprendre à la lumière de la susceptibilité réputée du chef de l'État zimbabwéen, 84 ans et au pouvoir depuis 1980, qui réplique toujours avec virulence à ses détracteurs.

Tsvangirai menacé?

Par ailleurs, l'entourage du chef de l'opposition zimbabwéenne Morgan Tsvangirai a soutenu hier que ce dernier allait être arrêté lorsqu'il s'est réfugié à l'ambassade des Pays-Bas à Harare dimanche, après avoir annoncé son retrait de l'élection présidentielle. Un porte-parole de l'opposant, George Sibotshiwe, a raconté que M. Tsvangirai avait reçu un renseignement selon lequel des soldats se dirigeaient vers sa demeure. Le vice-ministre zimbabwéen de l'Information, Bright Matonga, a refusé de commenter ces informations, dénonçant un «cirque».

George Sibotshiwe a refusé de révéler la source de l'information, précisant qu'il ignorait les intentions des soldats. Mais «lorsque des soldats viennent dans votre direction, vous fuyez», a-t-il observé. «Pour se protéger, il a trouvé comme seul moyen de se rendre dans une ambassade.» Il a ajouté que d'autres opposants se cachaient, dont le directeur de campagne de Morgan Tsvangirai, tandis que le siège du parti était déserté par crainte de nouvelles arrestations. Le numéro deux du MDC, Tendai Biti, est détenu pour trahison et risque la peine de mort.

Le porte-parole de la police, Wayne Bvudzijena, a annoncé lundi que 39 membres de l'opposition avaient été interpellés dans le cadre d'une enquête sur des violences politiques. La plupart des personnes arrêtées sont des femmes et des enfants qui avaient trouvé refuge au siège du MDC, selon un responsable de l'opposition, Nelson Chamisa.

Morgan Tsvangirai s'est en outre félicité de la déclaration du Conseil de sécurité de l'ONU. «Je pense que c'est une résolution très importante. Elle identifie les personnes responsables des violences et impute directement cette responsabilité au gouvernement de M. Mugabe. Comment va-t-il réagir, nous n'en savons rien. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il ne pourra pas lutter plus longtemps contre cette position internationale.»

George Sibotshiwe a précisé que l'opposition était prête à des négociations pour la formation d'un gouvernement de coalition. Selon lui, M. Tsvangirai devrait en assurer la présidence, alors que Robert Mugabe serait privé de toute fonction. En cas de refus, le chef de l'opposition a plaidé pour le report du second tour, jusqu'à ce que les conditions d'une élection libre et équitable soient réunies.

Enfin, les dirigeants de plusieurs pays d'Afrique australe tiendront aujourd'hui au Swaziland une réunion au sommet extraordinaire sur la situation au Zimbabwe, a annoncé hier la présidence tanzanienne.

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D'après l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters


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