J'ai couché dans mon char

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Antoine Robitaille
Édition du mercredi 25 juin 2008

Mots clés : Jeunesse, Festival et fête, Québec (province), Québec (ville)

Lendemain de Fête nationale à Québec

Rien de plus normal que d'être courbaturé après avoir fêté une bonne partie de la nuit avant d'aller dormir quelques heures dans sa voiture.

Que devient la ville l'été, que peut-on y vivre, voir, remarquer, sentir, au-delà de toutes les activités officielles qui se multiplient sous le soleil? Nos journalistes vous font part des découvertes, des coups de coeur ou des sourires en coin que Montréal, Québec ou Ottawa, sous le ciel estival, leur ont inspirés.

Québec -- Il y a des traditions qui se perdent, et d'autres qui naissent. «Coucher dans son char» -- comme le chante Richard Desjardins -- un soir de spectacle de la Saint-Jean, à Québec, est devenu incontournable, presque un rite d'initiation pour la jeunesse de la nation.

Pourquoi Québec? C'est là que ça se passe pour les jeunes dans la nuit du 23 au 24 juin, juge Dave, 21 ans, de Laval, qui en est à sa quatrième Saint-Jean dans la capitale. «Montréal, c'est familial, c'est plate. Québec, ça rocke.»

Ainsi, les quartiers chic qui bordent les plaines d'Abraham, un 24 juin au matin, prennent pendant quelques heures des airs de campings sauvages de type «drive in». Hier, vers 6h55, lorsque Le Devoir, n'écoutant que son courage, a commencé à se pencher sur ce fascinant phénomène de lendemain de veille, la chose sautait aux yeux. À toutes les deux ou trois voitures, des pieds croisés dans le pare-brise. Surtout, des vitres embuées, entrouvertes, des sacs de couchage ou des bouts de douillette qui dépassent des portières.

7h15: Émilie et Guillaume, de Granby, dans une Toyota Corolla, angle du Parc et Grande-Allée. Émilie se déplie en sortant de la voiture. Ils se sont couchés à 4h: «C'est la première fois qu'on fait ça. On va revenir», confie la jeune femme de 19 ans, tout en se passant un déodorant sous les aisselles. Guillaume, toujours étendu dans l'auto, combattait un mal de tête carabiné. «Je suis racké, man.» D'autres se disent expérimentés, parlent volontiers de leurs techniques: «Tu te couches d'un bord pendant 15 minutes, puis quand tu sens que t'as plus de circulation dans les jambes, tu te vires», dit Sylvain, de Saint-Eustache.

Plusieurs sont très bien préparés, ont pensé à tout. Leur véhicule devient une sorte de «bed and breakfast». Adam est Australien et traverse l'Amérique du Nord en Dodge Caravan. Il a déjà parcouru 6500 kilomètres. Parti de la Colombie-Britannique. Il tenait à être à la Saint-Jean à Québec. Il y a rencontré quatre gars de Victoriaville. Eux ont suivi des amies dans une chambre. Adam, lui, est retourné dans sa Caravan, garée rue Lemesurier, pour s'étendre sur le matelas placé sur les bagages.

Une voiture, c'est trop éclairé lorsque le soleil se pointe. Pour faire de l'obscurité, certains ont apporté des pare-soleil opaque couvrant tout le pare-brise et la lunette arrière. D'autres, moins bien équipés, utilisent leurs drapeaux de Patriotes ou fleurdelisés en guise de rideaux. Stationnement de l'église Saint-Dominique: toc toc toc, fait le journaliste (en forme parce qu'il n'a pas trop fêté la veille) dans la vitre d'une Jeep Toyota, dont la calandre est ornée d'une petite guitare bleue et d'un drapeau du Québec. Que des grognements à l'intérieur... puis la fenêtre s'ouvre. Le fêtard (de Sainte-Thérèse, dit-il) est étendu aux côtés d'une glacière. «Ç'a fêté fort, c'était très intense. On était trois dans la Jeep. J'ai presque pas dormi.» À côté, Jean-Denis, 18 ans, de Gatineau, est assis sur le devant de son auto. «Je devais dormir dans l'auto, mais j'ai réglé ça: j'ai pas dormi pantoute.»

Rue de Bernière, qui longe les Plaines, quatre gars roupillent dans une Acura. «On est arrivés de Montréal vers 2h du matin. Le show n'était pas fini.» Le show... Pour plusieurs, c'est un pur prétexte. «Il y avait un show? Ah maudit, chu pas allé», rigole Yves en se tapant la tête, une canette de Molson Dry dans la main.

Sur les Plaines, la nuit de la Saint-Jean, le camping est toléré. «On préfère les voir là que sur la route», dit l'agent Guy Michaud, du service de police des Plaines, qui signale toutefois aux fêtards de quitter les lieux vers 7h. Mais les orages de lundi ont rendu les terrains très boueux. Certains qui avaient prévu camper ont décidé d'aller se réfugier dans la voiture. «Regarde mes Crocs!» Couverts de boue. «C'est un champ de bataille, il n'y a pas à dire», lance Georges, de Montréal, dans un stationnement derrière le Complexe H.

Passé 7h, une armée de bénévoles, de scouts, de ramasseurs de bouteilles, d'employés municipaux et fédéraux côtoyait déjà les derniers fêtards sur des Plaines couvertes de détritus laissés par la foule de quelque 100 000 personnes. «Bonne Saint-Jean!», hurle Stéphane (de Châteauguay) à votre serviteur en prenant une gorgée de bière. «Ah pis, chu fatigué, je m'en vais me coucher dans mon char.»


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