Obama renonce aux fonds publics pour financer sa campagne

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AFP
Édition du vendredi 20 juin 2008

Mots clés : campagne présidentielle, Obama, fonds publics, Élection, États-Unis (pays)

Washington -- Fort du soutien de plus de 1,5 million de donateurs, le candidat démocrate à la présidentielle américaine, Barack Obama, a renoncé à financer sa campagne avec des fonds publics, au risque de se faire accuser par son adversaire républicain, John McCain, de trahir d'anciens engagements.

C'est la première fois qu'un présidentiable démocrate ou républicain décide de se faire uniquement financer par des fonds privés, depuis qu'un système de financement public a été mis sur pied en 1976, à la suite du scandale du Watergate. «Nous avons pris la décision de ne pas participer au système de financement public pour l'élection générale», a annoncé M. Obama à ses partisans.

Selon Jill Hazelbaker, directrice de communication de John McCain -- qui est par ailleurs en retard sur son rival dans la chasse aux dons --, cette décision «révèle» que le démocrate «n'est qu'un politicien typique de plus, prêt à faire et à dire n'importe quoi» pour servir ses propres intérêts. «Promesse trahie», a renchéri le Parti républicain.

M. Obama a expliqué qu'il était favorable à «un système robuste de financement public», mais que le système actuel était «cassé». Depuis plusieurs mois, il indiquait qu'il ne s'y soumettrait que s'il parvenait à un accord avec John McCain (qui a fondé une large partie de sa vie politique au Congrès sur l'assainissement du financement électoral) sur le rôle joué dans la campagne par les partis et autres organisations parallèles qui, selon lui, «truquent» le jeu.

«Ces deux dernières semaines, nos conseillers juridiques se sont rencontrés et il a été immédiatement clair que l'équipe de M. McCain n'était pas intéressée par la possibilité d'un accord», a souligné le porte-parole de M. Obama, Bill Burton, évoquant notamment une réticence prêtée aux républicains pour contrôler l'influence d'officines partisanes indépendantes. Des organisations non affiliées aux partis ou aux candidats, comme les PAC (Comité d'action politique), peuvent en effet jouer un rôle déterminant dans les campagnes.

L'échec du démocrate John Kerry en 2004 avait ainsi été partiellement mis au crédit d'une organisation indépendante de droite ayant semé le doute sur ses faits d'armes au Viêtnam.

Aucun risque financier

Malgré le risque politique de son initiative, les analystes estimaient hier que M. Obama n'encourait aucun risque financier. «Il est arrivé que deux mois lui suffisent pour collecter 85 millions de dollars», a souligné Massie Ritsch, directeur de communication au Center for responsive politics, un organisme indépendant spécialisé dans le financement électoral.

En renonçant à un système de financement public grâce auquel il aurait touché du Trésor la somme de 84,1 millions, M. Obama s'autorise en outre à dépenser sans limite dans la phase finale de sa campagne électorale, entre la convention nationale du parti prévue du 25 au 28 août à Denver (Colorado, ouest) et l'élection du 4 novembre.

Selon M. Ritsch, la décision de M. Obama confirme que le système public de financement électoral est en crise, ainsi qu'en témoigne le fait que 90 % des contribuables refusent d'y participer en ajoutant 3 $ à leurs impôts sur le revenu.

Certains partisans de M. Obama estiment quant à eux que l'énorme élan populaire qui le porte s'apparente à un système public parallèle, avec plus de 1,5 million de donateurs. Plus de 90 % de ses fonds sont issus de contributions modestes (moins de 100 $), fait valoir son organisation.

Barack Obama avait, à la date du 30 avril (derniers chiffres officiels), collecté au total quelque 265,5 millions de dollars pour sa campagne présidentielle. Il lui restait à cette date quelque 46,5 millions de dollars disponibles.

John McCain a beau jeu de critiquer la décision de son rival. Il disposait à la même date de près de 24 millions de dollars, après avoir collecté seulement 96,6 millions de dollars depuis le début de la campagne -- dont 75 % de contributions dépassant 200 $.

En revanche, le Comité national du Parti républicain, qui échappe aux limites de contributions imposées au candidat, a jusqu'à maintenant été beaucoup plus efficace que le Comité national démocrate au plan du financement électoral.


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