Opinion

Examens de fin d'année au secondaire - Se croiser les doigts pour la réussite à l'école

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Sandrine Ricci, Mère et professionnelle de recherche pour l’Alliance de recherche IREF/Relais-Femmes (ARIR)

Édition du vendredi 20 juin 2008

Mots clés : étude, manuel, examens du ministère, Examen et diplôme, Éducation, Québec (province)

Ma fille a terminé cette semaine ses fameux «examens du ministère». Sans manuels -- il a fallu les rendre à l'école et ils n'ont désormais qu'un rôle accessoire --, sans notes de cours détaillées à relire, ni même de matière précise à réviser, il s'est avéré quasi impossible pour moi d'aider ma fille à préparer ses examens du secondaire 1.

Je n'ai même pas pu consulter les différents tests qu'elle a subis au cours de l'année pour revoir avec elle la matière abordée, puisqu'au moment de «vider» son casier -- un moment survenu avant les examens --, le bac à recyclage a accueilli la plupart des travaux en question; ma fille n'est pas conservatrice, dira-t-on. Interrogé sur le contenu des examens et la manière d'aider ma fille à réviser, le personnel de l'établissement (public) s'étonne de ma frustration: «Vous devriez savoir comment ça fonctionne, votre fille est une enfant de la réforme!»

Des effets du renouveau

En effet, depuis sa première année, nous vivons avec ce renouveau pédagogique qui table sur «une approche centrée sur le développement de compétences et non plus seulement sur l'acquisition de connaissances». Je ne remettrai pas en question la pertinence de cette approche, je n'en ai pas les compétences (transversales). Il reste que, de mon point de vue de parent, le jargon et les stratégies de la réforme me renvoient périodiquement une image d'incapable ou pis, de réactionnaire (!), moi qui vient à peine de quitter l'université.

Pour la détentrice d'un diplôme de 2e cycle que je suis, et après 7 ans de fréquentation de la réforme, le déchiffrage des outils d'évaluation proposés par le ministère -- le fameux bulletin -- me semble toujours aussi laborieux. Les bureaucrates de la pédagogie pensent-ils aux mères et aux pères qui rentrent fourbus de leur journée de travail, qui ne maîtrisent pas la langue française, qui ont plusieurs enfants ou qui sont en situation de monoparentalité lorsqu'ils leur présentent l'évaluation des neuf compétences transversales de leur enfant, regroupées en quatre ordres, chacune comportant quatre rubriques?

Codes et définitions

Avec le deuxième bulletin de secondaire 1, on nous a remis un feuillet de format légal recto verso intitulé «Appréciation des compétences transversales». La compétence transversale évaluée en vedette (ne me demandez pas pourquoi celle-là et pas une autre) était «Exploiter l'information» et ce, dans toutes les disciplines. On y retrouvait trois principaux critères: systématiser la quête d'information, s'approprier l'information, et tirer profit de l'information.

Ces critères étaient vérifiés par le professeur au gré des «Manifestations observables chez l'élève en classe», en l'occurrence une adolescente de 12 ans: «Je cerne l'apport de ces stratégies [d'investigation]», «Je dégage des liens entre mes acquis et mes découvertes», «Je relativise mes connaissances antérieures.»

Une évaluation codée complétait le tout, par exemple «F1 signifie que l'élève a fait la démonstration d'une force par rapport au critère d'appréciation»; «D3 signifie que l'élève doit relever un défi...». On se retrouvait donc avec un grand tableau chargé de codes à décrypter, en même temps qu'avec un bulletin de cinq pages exposant l'évaluation des compétences disciplinaires (au moins trois par matière) et transversales, impliquant «Réinvestir sa compréhension de textes lus et entendus» (en anglais), «Déployer un raisonnement mathématique» ou «Réaliser des oeuvres qui visent un destinataire» (en arts plastiques). Avec des classes surpeuplées, on peut légitimement se demander comme le personnel enseignant parvient à évaluer réellement chaque enfant selon ces grilles.

Des SAE!

Confrontés à ma frustration de mère désireuse d'aider son enfant à préparer ses examens, le directeur, son adjointe, la professeure d'anglais, attrapés dans les couloirs de l'école, me confirment que les temps ont changé. On ne révise plus une matière acquise tout au long de l'année avant un examen.

Non, nous sommes désormais à l'ère des SAE! À l'aide de Google (je ne suis pas complètement néandertalienne), j'apprends que les SAE -- «situations d'apprentissage et d'évaluation» -- constituent une sorte de scénario pédagogique. «En plus de développer des compétences disciplinaires et transversales, les SAE doivent s'inscrire en relation avec les domaines généraux de formation et traiter d'un contenu disciplinaire organisé en concepts», explique un expert sur la toile.

Dans une brochure publiée en 2006 au sujet du renouveau pédagogique, le ministère de l'Éducation rappelle l'importance de l'engagement des parents pour favoriser la réussite des élèves. Je conçois bien que l'école favorise l'apprentissage de compétences et explique aux enfants comme les appliquer: dans une société aussi pragmatique que la nôtre, réfléchir pour réfléchir n'est pas très tendance, n'en déplaise aux philosophes. Mais si les parents pouvaient jadis facilement vérifier l'acquisition des connaissances, qu'en est-il des SAE ? Les bras ballants et le regard désolé, le directeur de l'école n'a su me dire comment aider ma fille à préparer ses examens.

Croiser les doigts

Au fil des années, j'ai vu bien des profs désarmés par mes commentaires sur le caractère alambiqué et empreint de rectitude politique des critères d'évaluation. La réforme n'empêchera peut-être pas les bons élèves de réussir, c'est le cas de mon autre fille. Mais si un enfant a le malheur d'être moins motivé ou autonome, que se passe-t-il?

Le constat est désolant: je n'ai pas pu aider ma fille à rattraper les compétences non acquises au cours de l'année. En 2008 au Québec, la seule chose que je peux faire, comme parent, c'est me croiser les doigts pour que mes filles «répondent suffisamment aux attentes» et «développent de façon satisfaisante leurs compétences». Quand elles seront rendues au secondaire V, j'en serai quitte pour

brûler des cierges...


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com
  Publicité - Un produit ou un service ?