Le Portugal d'hier et de maintenant

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Jean Aubry
Édition du vendredi 20 juin 2008

Mots clés : Domingos Soares Franco, castelao frances, vin, Québec (province), Portugal (pays)

«Les vins devraient propulser une région à l'avant-scène et non l'inverse, et c'est bien pour ça que je ne crois pas au système d'appellations contrôlées. On a ainsi plus de liberté pour travailler en optimisant le potentiel régional», disait en début de semaine, dans un français mâtiné de portugais, Domingos Soares Franco, vice-président mais surtout oenologue de la pourtant très traditionnelle maison José Maria da Fonseca.

Elle a fait du chemin depuis sa fondation, au milieu du XIXe siècle, en célébrant une pépinière de cépages locaux tous aussi fascinants qu'originaux, mais maintiendra-t-elle le cap sans verser dans le «potage» international? «Nous n'avons actuellement qu'un hectare de chardonnay, un autre en cabernet sauvignon et tout juste trois hectares de tannat et de syrah sur un total de 700», poursuit l'oenologue qui jure, avec son frère Antonio, ne pas vouloir tomber dans la soupe de la facilité.

Au contraire, d'ailleurs, et pourquoi le ferait-il? Ces castelao frances, trincadeira, aragonez, touriga franca, touriga nacional, tinta roriz, grand noir, arinto et autres moscatels suffisent amplement à définir le style unique des vins portugais. Surtout qu'ils sont vinifiés ici avec un souci constant de franchise et d'équilibre. Dégustez ce Periquita 2005 (11,85 $ - 025262) par exemple, le classique maison mais aussi une référence portugaise, avec une production annuelle de quatre millions de bouteilles. Fruité vivace, léger, coulant, tout juste épicé et, surtout, très digeste. Le Portugal (et rien d'autre) dans son verre.

La version Classico 2004 (27,95 $ - 464453) produite dans les meilleurs millésimes seulement, permet ici au castelao frances à 100 % de se révéler avec plus d'étoffe sans pourtant jouer sur l'extraction ou une concentration plus poussée. Il demeure un «vin de nez», à la palette aromatique fine, aux saveurs ajustées, vivantes, pleines, savoureuses. Curieusement, il vieillit admirablement bien. Preuve -- d'ailleurs, Domingos le confirmait -- que le vin n'a pas besoin de verser dans la monstruosité sur l'échelle parkerienne de la concentration pour s'assumer en bouteille au vieillissement.

Si Domingos avoue son penchant pour les femmes -- je le soupçonne même de vinifier les vins pour elles --, il demeure avant tout un fervent maître de l'assemblage. Non seulement en ce qui concerne les différentes cuvées, mais aussi les clones entre eux, comme ce touriga nacional qui fait l'objet de pas moins de 16 clones différents, histoire d'optimiser le potentiel végétal et de nuancer un peu plus les cuvées. Certains clones permettent même par leur action de revoir au final des titres alcoométriques à la baisse. Un travail en amont qui allège le potentiel en alcool des vins sans avoir à les abîmer au passage avec les différentes techniques actuelles (osmose inverse, cônes rotatifs).

Au deux rouges disponibles actuellement, quatre autres s'ajoutent alors que cinq superbes cuvées attendent toujours dans l'antichambre de l'importation privée une vie au grand air sur les tablettes de la SAQ. Parmi celles-ci, à l'apéro, deux blancs à base de muscat d'Alexandrie, l'un très sec -- Albis 2007 (11,35 $ - 319905) -- qui rivalise avec les cuvées alsaciennes, et l'autre, tendre et moelleux -- Alambre 2001 Moscatel de Setubal -- qui, à 15,60 $ (357996) et servi bien frais, est l'une des meilleures affaires du genre sur le marché actuellement. Profondément portugais tout ça!

Une buvette est née

Elle s'appelle La Buvette à Simone et elle voyait le jour cette semaine au 4869, avenue du Parc à Montréal avec, à son chevet, une belle jeunesse bien branchée vins et une tout aussi jolie Simone prête à lui livrer le carburant nécessaire pour l'écluser sainement. Un autre estaminet de vins au Québec? J'avoue être dépassé par cet engouement qui, depuis quelques années à peine, s'active comme une colonie de levures en mal de sucres et colonise partout au Québec des gosiers tout aussi assoiffés que fins connaisseurs en la matière. Après L'Express, Le Petit Extra, L'Échaudé, La Montée de lait, Le Local, La Paryse, Le Pullman, Leméac, Aszu, et j'en passe, La Buvette à Simone est bien partie pour se tailler sa part de bouchon. Je vous fais un topo plus complet là-dessus!

- Potentiel de vieillissement du vin: 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: Le vin gagne à séjourner en carafe.

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Les vins de la semaine

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La belle affaire

Dominio Espinal 2005,

Bodegas Castano, Espagne (9,75 $ - 378208)

Derrière son astucieux twist cap, un rouge souple qui s'impose par sa fragrance, au nez comme en bouche, avec cette fraîcheur qui coule de source en remontant vers cette pointe typique d'amertume propre au monastrell (le mourvèdre local). Ça sent bon le méchoui! * * *, 1.

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Le bandol

Domaine du Gros' Noré 2004, Bandol

(31,50 $ - 10884583)

Une pointe de grenache pousse ici le mourvèdre à se «déstresser» un peu en lui ajoutant à la fois parfum et charnu immédiat. L'ensemble demeure capiteux, richement fruité, ample et profond avec ses nuances animales, «réglissées» et minérales. * * * 1/2, 2.

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La primeur en blanc

Pernand-Vergelesses 2005, P. Dubreuil-Fontaine Père & Fils (26,65 $ - 10826332)

Superbe exemple de vinification et totale maîtrise de l'élément fruité à peine transcendé par le bois. La robe est très pâle et les arômes discrets, d'une pureté absolue, précèdent une bouche dont on sent bien le grain et la densité sur un fond de belle tenue. Se nuancera dans 2 ou 3 ans. * * * 1/2, 2.

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La primeur en rouge

Château de La Rivière 2001, Fronsac (28 $ - 10273395)

Il est passionnant, avec le recul, de revoir ce millésime obnubilé par le classieux 2000 et qui livre aujourd'hui la plénitude de son potentiel. Ici s'affirme le terroir fronsadais avec du grain dans le relief et ce minéral qui captive et porte longuement, avec fraîcheur, sans jouer les gros bras. * * * 1/2, 1.

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Le vin plaisir

Quinta de Camarate 2005, Terras do Sado, Jose Maria da Fonseca (16,20 $ - 893297)

Touriga nacional, aragonez et castelao: bienvenu au Portugal! Une porte d'entrée sur un rouge sec qui a du caractère et une certaine classe, par sa constitution fine, fraîche, bien aérée sur le plan des saveurs, mais avec de la tenue tout de même. Longue finale fruitée et épicée. * * *, 1.

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Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2008. Les 100 meilleurs vins à moins de 25$.

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www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir


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