Opinion
De quelle Église parle-t-on?
Mots clés : Église, Religion, Québec (province)
Dans Le Devoir du samedi 14 juin, on titrait: «Un congrès qui sent le schisme». Et en sous-titre: «Le Vatican contre-attaque». On se croirait dans un épisode de La Guerre des étoiles. Que certains catholiques se sentent mal à l'aise par rapport au programme du 49e Congrès eucharistique international de Québec, c'est une chose, mais de là à voir une intervention musclée du Vatican pour remettre l'Église québécoise à sa place, cela frise la paranoïa.
Une vision trop cléricale?
Que reproche-t-on au Congrès de Québec? Essentiellement, une vision trop cléricale de l'Église ancrée dans le passé. Louis Rousseau s'insurge du fait qu'on revalorise, dans le document théologique de base du Congrès, ce qui a été remis en question dans les années 1960: l'eucharistie dominicale, la confession, le sacerdoce, le célibat, le mariage.
Cette valorisation ne se trouve pas seulement dans le Concile de Trente, comme il dit, mais aussi dans Vatican II, fidèle en cela à la tradition créatrice de l'Église. Pensait-il vraiment qu'il en serait autrement et qu'on parlerait de l'ordination des femmes ou du mariage des homosexuels? C'est faire preuve de beaucoup de naïveté. Comme d'affirmer que «dans dix ans, il n'y aura plus de prêtres au Québec». Qu'il se rassure: il y en a 12 qui seront ordonnés au Colisée de Québec le 20 juin.
Un congrès eucharistique n'est pas le lieu pour débattre de questions controversées ni de l'avenir de l'Église du Québec, bien que le Symposium de théologie sur l'eucharistie, tenu à l'université Laval quelques jours avant le congrès, aurait pu aborder ces sujets. Cependant, il faut tenir compte de l'aspect international d'un tel congrès et de la situation des Églises des différents pays.
Un congrès eucharistique international est par nature une manifestation de foi joyeuse autour de ce qui fait l'identité chrétienne: l'eucharistie, «don de Dieu pour la vie du monde». L'Église locale et universelle s'y régénère comme à sa source. «L'Eucharistie fait l'Église, l'Église fait l'Eucharistie», disait le théologien Henri de Lubac.
L'adoration eucharistique
Certains, comme Guy Paiement, ressentent un malaise de voir qu'on accorde une trop grande place aux activités d'adoration du Saint Sacrement. Il est vrai que, sous l'impulsion de Jean-Paul II et de Benoît XVI, plusieurs ont découvert, surtout les plus jeunes et les communautés nouvelles, cette forme de dévotion qui, bien comprise, n'éloigne pas de la messe et de la solidarité envers les plus pauvres.
Quand je regarde les grands témoins comme Ozanam, Mgr Romero, mère Teresa ou l'abbé Pierre, ils ont puisé dans l'adoration eucharistique la force d'aimer et de lutter pour la vie. L'expérience des saints a montré que l'adoration conduit à la solidarité avec le monde, car l'institution de l'eucharistie est inséparable du lavement des pieds, comme sont indissociables ces paroles de Jésus: «Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi» (Luc 22, 19); et «Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait» (Matthieu 25, 40).
Attendre avant de juger
L'adoration est un trésor à découvrir et un amour à partager. Si, pour différentes raisons, tous ne peuvent pas communier à la messe, tous peuvent adorer. Un congrès eucharistique est l'endroit tout indiqué pour en prendre conscience. Même chose pour la Procession eucharistique dans les rues de Québec, qui indigne tant Guy Lapointe. Qu'on se souvienne du magnifique chemin de croix dans les rues de Toronto lors des JMJ de 2004. Bien que critiquée au départ, cette initiative fut reprise ailleurs dans le monde.
Attendons donc la fin du congrès avant de juger. Il n'y a pas de honte à manifester ainsi sa foi, en toute simplicité, et nulle crainte pour le retour d'une Église fastueuse, car ça prend une certaine humilité pour s'afficher ainsi dans l'espace public de la cité. Autres temps, autres moeurs.
Un congrès eucharistique international est un «happening» de la foi catholique. Ainsi, la place Expo-Québec devient, pour une semaine, la Cité eucharistique. Ce genre de congrès témoigne que la foi n'est pas seulement cérébrale, mais aussi «célébrante», avec ses catéchèses, concerts, kiosques, liturgies, partages, prières, processions, rencontres, témoignages, temps de silence et d'adoration. Il n'y a pas une foi savante pour les intellectuels et une foi populaire pour les gens ordinaires, seules les expressions diffèrent. Le reconnaître, c'est s'accueillir mutuellement dans nos différences.
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