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La crise identitaire - prise 2

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Patrice-Hans Perrier
Envoyé Le samedi 14 juin 2008 12:00



Ce qui choque dans le rapport Bouchard-Taylor c'est cet alignement sur la dissolution du concept de nation québécoise au sein de l'ensemble canadien. En d'autres termes, l'intégration des immigrants set de prétexte à pointer du doigt la majorité québécoise qui souffrirait d'une xénophobie propre à une minorité. Il s'agit d'un artifice de rhétorique fort habile, puisqu'il retourne comme un gant la posture de la majorité. Autrement dit, cette majorité ne serait pas consciente de sa propre position au sein de la province de Québec (le concept de nation québécoise devenant suspect) et, par un effet de repli identitaire, elle s'identifierait à une minorité menacée. Les Québécois opprimeraient les immigrants en se faisant passer pour des victimes... on ne peut s'empêcher de penser aux artifices jésuitiques de la pensée de Pierre-E. Trudeau. D'ailleurs, Charles Taylor est un des condisciples de PET au sein du cénacle des biens pensants du multiculturalisme et du communautarisme, son arme tactique.

Fort curieusement, le dépôt de ce très controversé rapport correspond de façon quasi symétrique avec les récentes sorties de la diplomatie canadienne au pays de Sarkozy. C'est la nation canadienne - au sens britannique - qui aurait pris racine il y a 400 ans ... lors de la fondation de la ville de Québec. Autrement dit, la conquête n'existerait pratiquement que dans l'imagination fertile des indépendandistes paranoïaques ! Pourtant, la France avait établie sa présence sur un immense territoire qui s'étendait justement de la «Nouvelle-France» jusqu'en ... Louisiane, un territoire ainsi dénommé en l'honneur du roi Louis XIV. Mais, laissons à l'histoire le soin de poursuivre sa course...

On a trop souvent tendance à oublier que c'est sous l'impulsion du Général de Gaule et du premier ministre Daniel Johnson que furent créées les agences dédiées à la coopération en terme de développement culturel, technologique et industriel. Mais, cet effort de coopération bilatérale entre la France et le Québec (naissant) a vite été récupéré par Ottawa, faisant en sorte que les échanges culturels entre les deux cousins francophones favorisent le développement de relations économiques avec la France ... à l'avantage de l'Ontario ! Les récents contacts entre la Gouverneure générale et le Président de la République laissent présager une ère particulièrement sombre pour le Québec.

Alors que la diplomatie canadienne récupère les efforts de coopération du Québec avec la France (la visite officielle de Jean Charest en 2004 en fut le préambule), la Commission Bouchard-Taylor s'occupe de déposer un rapport culpabilisant la «majorité silencieuse» et les souverainistes se sabordent en reportant aux calendes grecques un troisième référendum. Il s'agit, bel et bien, d'un effort concerté afin de mettre les nationalistes québécois au pas en disqualifiant les acquis de la Révolution tranquille» - sans oublier les luttes précédentes - au profit d'une refonte de l'identité québécoise au sein du grand ensemble «canadian».

Nous avons trop souvent tendance à l'oublier : c'est sous l'impulsion de P.-E. Trudeau que le chartisme s'est propagé, faisant en sorte que le législateur coupe l'herbe sous les pieds du politique. La question de l'identité nationale est, plus que jamais, sous-jacente à une lutte politique de tous les instants. Malheureusement, nous ne l'avons toujours pas compris, la nation représente un espace identitaire permettant à un peuple d'occuper un territoire. C'est ce que le gouvernement Harper, lui, a bel et bien compris. Les commissaires, eux aussi, maîtrisent les tenants et les aboutissants de la discussion.

© Patrice-Hans Perrier



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