Opinion

Les excuses du Canada aux autochtones - Une enfilade de jeux de mots

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Thohahoken Michael Doxtater, Directeur du projet éducatif sur les autochtones de l'université McGill

Édition du samedi 14 et du dimanche 15 juin 2008

Mots clés : Ottawa, excuses, Gouvernement, Autochtone, Canada (Pays)

Les peuples indigènes cherchent une réparation pour une longue liste d'injustices qui remontent beaucoup plus loin que celles dont ont souffert les victimes directes et réelles des pensionnats, à qui étaient destinées les excuses du premier ministre Stephen Harper cette

semaine.

En fermant la porte du pensionnat, on tombe dans un corridor bordé d'autres portes que la plupart des autochtones connaissent. Le partenariat espéré par le Canada exige maintenant de parcourir ensemble ce corridor.

Ma grand-mère Belva, ma mère, June, et mes soeurs aînées, Frances, Lynda et Lillian, ont plus de 100 descendants. Les pensionnats indiens ont changé la vie de toutes ces femmes. Certains descendants ont fait leur chemin dans le monde. Notre famille compte des artistes, des activistes sociaux, des professionnels et des gens d'affaires. D'autres font partie de la liste des victimes des pensionnats, établie en 2006 par Statistique Canada, et de la Stratégie nationale pour la jeunesse autochtone (NAYS). J'en suis.

Que nous ayons fréquenté le pensionnat ou les écoles qui se trouvaient dans les réserves, nous avons tous reçu de la part du ministère des Affaires indiennes une éducation qui essayait d'éliminer l'Indien en nous.

Assimiler

Les pensionnats et les écoles situées dans les réserves n'avaient qu'un seul but: l'assimilation. Les manuels des professeurs du ministère des Affaires indiennes indiquaient qu'il fallait enseigner aux étudiants indiens l'hygiène, la nutrition et l'apprentissage par coeur. Mais dans une section en particulier, on insistait sur l'enseignement aux enfants indiens de «l'obéissance à l'autorité». S'ils étaient parfois traités correctement, les enfants indiens ont aussi été victimes des abus des professeurs, et ce sont ces abus qui ont été reconnus par les excuses du gouvernement du Canada.

Mais les excuses de M. Harper semblent prolonger la tradition de jeux de mots caractéristique aux relations qui lient le Canada aux Indiens. Le fait de s'excuser auprès des «autochtones» détruit diplomatiquement l'Indien de toute façon. De plus, nous présumons que ces excuses créeront plus de divisions parmi les peuples indigènes. Il existe des schismes datant de très longtemps entre les nations traditionnelles, comme les Iroquois, les Blackfeet, les Innus, et les organismes et conseils de bandes créés en vertu de la loi canadienne. Nous avons déjà vu la position de ces «nations favorisées» à la Chambre des communes mercredi, soit les organismes «autochtones» invités lors de la présentation des excuses. Le jugement est réservé sur ce que ces excuses signifient pour nous.

Facture payée

Ces excuses étaient-elles un spectacle? Concernaient-elles uniquement la question des pensionnats? Le Canada disait-il: «Nous savons que vous êtes bouleversés parce qu'un membre de notre famille a fait brûler votre maison... mais nous ne paierons que les

fenêtres»?

Le Canada fait constamment étalage des deux milliards de dollars qu'il a versés en compensation pour les mauvais traitements subis dans les pensionnats. Les excuses prononcées cette semaine laissent croire aux Canadiens que la facture est réellement payée.

Par exemple, le jour même où le gouvernement conservateur s'excusait auprès des autochtones, le député conservateur Pierre Poilièvre a déclaré, lors d'une émission radiophonique diffusée à Ottawa, que le Canada avait dépensé «une somme d'argent très importante» -- 10 milliards de dollars dans son budget 2007-08 et quatre milliards de dollars supplémentaires lors des excuses.

Il a aussi déclaré que les Indiens avaient besoin d'apprendre ce que c'est que de «travailler dur». Ce que le Canadien moyen a entendu est un message sur l'importance du fardeau qui vient de tomber sur le contribuable canadien pour payer les Affaires indiennes.

Une cause à bâtir

Mais la déclaration du premier ministre a ouvert sur des concessions remarquables. Premièrement, le Canada a reconnu que les victimes réelles des pensionnats étaient maintenant admises au dialogue portant sur les réparations. Des tests médicaux, sociaux et mentaux fournissent la preuve de l'impact de la transmission d'un traumatisme intergénérationnel. Il y a de quoi bâtir une cause.

Deuxièmement, le fait d'admettre que «c'était mal de retirer de force les enfants de leurs foyers» a des répercussions sur les lois internationales. La Convention des Nations unies sur le génocide de 1948 interdit de tels actes. Il y a de quoi bâtir une cause.

Troisièmement, le Canada a mis fin à sa politique sur l'extermination des Indiens. Quelle politique d'extermination? «Notre objectif est de continuer, a déclaré le principal architecte de l'extermination des Indiens, Duncan Campell Scott, au début des années 1900, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus un seul Indien qui n'ait pas été complètement assimilé à la société canadienne et qu'il n'y ait plus de question indienne. C'est l'objectif unique de notre législation.»

M. Harper a déclaré, en prononçant les excuses du Canada, que «cette politique d'assimilation était mauvaise, qu'elle a causé énormément de torts et qu'elle n'a pas sa place dans notre pays». On n'exterminera plus les Indiens.

Mémoire collective

Quatrièmement, la bénédiction de M. Harper fait revenir le Canada aux principes fondamentaux établis entre la Couronne et les peuples indigènes qui sont inscrits dans notre mémoire collective. «Que Dieu vous bénisse tous et qu'Il bénisse notre pays», a déclaré le premier ministre en invoquant Dieu et le pays. Cela semble inhabituel dans le monde laïque des États-nations modernes, mais on s'y attend quand il est question de culture

indigène.

La passion sociale du Canada à aider les défavorisés a été énoncée de nouveau. Dans le passé, l'entraide mutuelle, le respect mutuel et la défense mutuelle basés sur l'amitié respectueuse ont permis aux Européens de prospérer sur cette terre. Ces principes fondamentaux renforcent les relations et sont les fondements des traités entre les Européens et les Indiens.

Cela pourrait mener à des processus de médiation qui auraient pour but de résoudre les disputes. Et cela mène à des discussions sur «qui» a le pouvoir de décider.

Difficultés majeures

Mais d'autres problèmes persistent, dont les excuses ne traitent pas. Il y a la stérilisation forcée réalisée à l'insu des jeunes filles autochtones jusque dans les années 1980. Et les conditions de vie pitoyables dans les réserves, où la maladie, l'eau potable, l'hébergement et la transmission intergénérationnelle de traumatismes créent des problèmes sociaux énormes.

Dans les années 1980, un rapport sur l'implantation du traité des Affaires indiennes indiquait que le Canada devait aux peuples autochtones les terres, les ressources et certaines obligations qui s'élevaient à 11,5 milliards de dollars. Partout sur le continent, les peuples autochtones détiennent, en vertu de traités, des titres de propriété sous-jacents pour de vastes étendues, comme le bassin des Grands Lacs.

Cette semaine, j'ai rencontré mes cousines Mariah et Maryanne à l'occasion d'un dîner. Elles m'ont demandé si j'allais déposer une demande pour obtenir une part des compensations de l'entente pour les pensionnats. Je leur ai posé la même question et elles m'ont dit qu'elles allaient obtenir 35 000 $. «Je vais m'offrir une nouvelle voiture», a dit Maryanne. «J'en ai déjà une», a dit Mariah. «Vous sentez-vous guéries?», ai-je demandé. Elles ont ri toutes les deux. Et moi aussi.


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