Regard sur l'avenir du laser dernière génération

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Pauline Gravel
Édition du samedi 14 et du dimanche 15 juin 2008

Mots clés : Institut national de recherche scientifique (INRS), lasik, laser dernière génération, Science, santé, Canada (Pays), Québec (province)

Photo: Mata Hari

Les ophtalmologistes ont très rapidement saisi les immenses possibilités que leur offrait le laser. Le lasik, cette chirurgie servant à corriger la myopie ou l'hypermétropie à l'aide du laser excimer, est probablement l'exemple le plus connu du public. Le laser femtoseconde de dernière génération devrait permettre des chirurgies encore plus délicates qui s'effectuent encore aujourd'hui au scalpel, un instrument tout à fait grossier quand on le compare à la précision du laser femtoseconde mis au point à l'Institut national de recherche scientifique (INRS).

«Le laser femtoseconde permet une résolution de l'ordre du micron alors que les lames de rasoir que nous utilisons depuis 80 ans ont une épaisseur d'environ un millimètre. Avec le laser femtoseconde, il devient ainsi possible de découper l'endothélium qui tapisse l'intérieur de la cornée, qui ne fait que 12 microns d'épaisseur», précise l'ophtalmologue Isabelle Brunette de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR).

Dans certaines pathologies, comme la dystrophie endothéliale traumatique survenant à la suite d'une chirurgie de la cataracte, la dystrophie endothéliale congénitale de Fuchs et certaines kératopathies, cette couche interne de la cornée est malade et ne parvient plus à retirer l'eau des couches supérieures de la cornée à l'aide de ses petites pompes. «La cornée se gonfle alors comme une éponge et s'opacifie», indique la Dre Brunette. Jusqu'à l'avènement du laser femtoseconde, le traitement indiqué pour ces pathologies consistait à retirer toute la cornée et à greffer celle d'un donneur.

«Or, avec le laser femtoseconde, on peut localiser la découpe à la profondeur voulue sans abîmer les couches de tissu superficielles», souligne Jean-Claude Kieffer, directeur du Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l'Institut national de recherche scientifique (INRS) à Varennes, où a été mis au point le laser le plus perfectionné du monde.

«De plus, les impulsions du laser femtoseconde sont si courtes qu'elles n'ont pas le temps de provoquer des dommages thermiques au pourtour de la découpe. Il n'y a donc pas de brûlures des tissus avoisinants», ajoute Isabelle Brunette.

À l'aide du laser femtoseconde, les chercheurs de l'INRS et de l'HMR ont ainsi réussi à découper la fameuse membrane endothéliale malade -- sise à 800 microns de profondeur -- et à la retirer par une toute petite ouverture pratiquée sur le côté de l'oeil d'un animal. «On répète ensuite la même intervention chez un donneur [un cadavre] et on insère la membrane saine chez le receveur», poursuit l'ophtalmologue.

Compte tenu de la grande pénurie de donneurs, l'attente pour une greffe se mesurant en années, les chercheurs de l'HMR se sont associés à l'équipe de Lucie Germain du Laboratoire d'organogénèse expérimentale (LOEX) de Québec afin de tenter de reconstituer par les techniques de culture de tissu une nouvelle membrane endothéliale à partir de quelques cellules de la couche cornéenne découpée et retirée de l'oeil du patient.

Les chercheurs ont récemment greffé avec succès chez l'animal un nouvel endothélium cornéen cultivé en laboratoire. «Nous avons pu montrer la réussite mécanique de la greffe pendant les sept premiers jours, soit avant que le phénomène de rejet ne se manifeste. Il nous reste maintenant à démontrer que la technique réussit à long terme», précise la Dre Brunette.

«Cette méthode permet de s'affranchir des banques de donneurs qui ne suffisent pas à la demande et elle évite aussi les problèmes de rejet qui peuvent survenir quand on greffe un tissu provenant d'un autre individu», résume Jean-Claude Kieffer.

Si cette nouvelle technique était approuvée par Santé Canada, elle pourrait suppléer à un grand nombre des 42 000 greffes de cornée qui sont pratiquées chaque année en Amérique du Nord. De plus, elle permettrait d'éliminer l'attente d'un donneur qui, lorsqu'elle se prolonge trop, peut rendre la pathologie irréversible.


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