Le charme discret du clan Lurton
Mots clés : vin, Lucien Lurton, Alcool, Québec (province), France (pays)

Sophie au Château Bouscaut. Je vous livrais une chronique alors que je séjournais à Bouscaut en appellation Pessac-Léognan lors des primeurs 2006. Sérénité des lieux et dégustation de plusieurs millésimes sur place m'avaient convaincu une fois de plus de la prestance et de la race du cru. En blanc comme en rouge. Le blanc 2007 (pris sur fût) est très réussi, floral et tendu, avec de la densité. Le 2005 en rouge est princier, intègre, sur la réserve mais au potentiel fruité immense. Fraîcheur, profondeur, longueur. À venir: le 2000 (10889270).
Denis au Château Desmirail. «Le Margaux laisse la bouche fraîche... On dirait une pub de dentifrice!», dira un Denis Lurton qui en est à sa première visite au Québec. Il y a plus que cela, car il y a aussi cette musculature fine derrière le fruit, cette étoffe particulière à Margaux, mélange de sève veloutée et de puissance.
Merlots et cabernets sauvignons roulent harmonieusement à défaut de profondeur dans le second vin Initial de Desmirail 2005 (30,50 $ - 900019) alors que le grand vin (à venir) allie dans le même millésime texture, densité et cohésion fruitée.
Gonzague au Château Durfort-Vivens. Avec le second vin Relais de Durfort-Vivens (le 2004 est disponible à 30,25 $ - 900001), le Margaux s'élève en hauteur avec ses cabernets sauvignons fragrants et ses merlots mûrs. Et Gonzague peut être fier du grand vin en 2005 (à venir), charpenté avec doigté, pourvu d'un éclat fruité qui ouvre la bouche puis la termine avec une allonge remarquable. Élégance folle pour un vin qui se fera lentement, longuement.
Henri au Château Brane-Cantenac. J'aimerais être dans les bottes d'Henri avec ce second cru classé hérité en 1956 (l'année du grand gel!) par son père Lucien, un cru qui ne cesse de progresser depuis et qui aujourd'hui la beauté épurée des vins de l'appellation. Les cabernets sont stylisés, altiers, précis, les merlots multiplient rondement les épaisseurs alors que la structure, savamment construite, est un modèle d'architecture fruitée. Le second vin Baron de Brane (le 2004 est disponible à 36 $ - 716761) est de haut niveau alors que le grand vin, en 2005 (à venir) est en tout point complet. Quintessence des Margaux? Ceux qui ont du 1983 en cave devraient vivement m'inviter à leur table!
Bérénice Lurton au Château Climens. Acheté en 1971 en plein marasme sauternais (quel flair, ce Lucien, tout de même!), ce 1er Cru de Barsac échoue en 1992 entre les mains de la jeune Bérénice, qui a alors 22 ans. Un cadeau en or... liquide! Mais surtout le potentiel des meilleurs qui se confirme depuis, non seulement sous la baguette fine de la fée Bérénice, mais aussi celle du directeur technique Frédéric Nivelle, entré au domaine en 1998. Climens? C'est cette espèce d'orgasme émotionnel, spirituel et sensuel issu de la rencontre fortuite du sémillon et du calcaire, sous l'oeil bienveillant du botrytis.
C'est aussi une lisibilité parfaite qui laisse toujours la vibration fruitée planer au-dessus de la liqueur à la fois moelleuse et pénétrante du cru. Les 1999, 2000 et 2002 sont disponibles dans différents formats.
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La vinterrogation de la semaine
(Posez vos questions sur www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir)
Bonjour, Merci pour vos bons articles.
Se pourrait-il que la SAQ boude les produits de France et favorise les autres producteurs? Il me semble qu'à la suite de l'affaire de la fixation des prix des vins venant de France, la SAQ a changé d'attitude envers les vins français.
Est-ce que «la revanche aurait bien meilleur goût»?
Avec mes salutations, André Goyette, Montréal
Je ne sais pas si la SAQ boude les vins français, mais je sais que les Québécois sont loin de les bouder en raflant en volume un peu plus de 35 % des vins de ce pays annuellement! Pour ce qui est des prix, la SAQ ajuste périodiquement son taux de change avec l'euro, ce qui, vous l'aurez deviné, n'a rien pour avantager l'exportation européenne en général et le Québécois en mal de bonnes affaires en particulier. S'il y a eu autrefois une «revanche» de la part de la SAQ avec une affaire de porto en vrac, j'ose espérer que «l'affaire de la fixation des prix» dénoncée par mon collègue Jacques Benoît de La Presse en décembre 2006 n'a plus cours aujourd'hui... Restons tout de même vigilants!
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Les sélections de la semaine
La belle affaire
Terra di Corsica 2004, Corse (12,95 $ - 03268957)
Doit-on le servir à peine rafraîchi à l'apéro? Il en a du moins l'esprit par sa vivacité, sa légèreté, son fruité simple, direct, et cette façon qu'il a de mettre en appétit et encore en appétit. Appétissant, quoi. **, 1.
Le rosé
Borsao 2007, Campo de Borja, Espagne (11,40 $ - 10754201)
Le grenache s'habille et décline le rose avec une ferveur qui fait rougir tant il cède à la gourmandise immédiate. Le vin est bien sec mais s'arrondit sous la vinosité, maintenant la fraîcheur et le fruité avec beaucoup d'assurance. Finale légèrement épicée que ne renieraient pas tapas, ratatouille ou poissons grillés. **1/2, 1.
La primeur en blanc
Domaine de Montcy «Clos des Cendres» 2005, Cheverny (17,70 $ - 919191)
Ne cherchez pas ici l'arrogance chlorophyllienne du sauvignon, elle n'y est pas! L'ensemble est tendrement dominé par le chardonnay qui confère rondeur satinée sur fond de fruits blancs, avec tout juste un soupçon minéral, en finale, qui rectifie le tir. Je vois ça à l'apéro ou sur des poissons en sauce. ***, 1.
La primeur en rouge
Cousino-Macul Antiguas Reservas 2005, Cabernet Sauvignon, Chili (17,80 $ - 212993)
Il faut redécouvrir ce grand classique chilien car il offre, pour le prix, caractère et authenticité. Arturo Cousino, c'est un peu le Miguel Torres local. Les vins y sont élégants avec du détail, de l'équilibre, beaucoup de fraîcheur et un souci évident de l'élevage. Ce 2005 est bon, le 2006 qui arrive est meilleur encore! ***, 1.
Le vin plaisir
Vacqueyras «Les Christins» 2006, Perrin et Fils (23,25 $ - 872937)
Vous allez me dire: du Vacqueyras en juin, ouf! Je rétorquerai: mordez au coeur même du fruit de l'été avec ce rouge généreux et corsé, aux tanins forts civilisés, lovés avec l'habileté que l'on reconnaît aux Perrin de ne jamais vous surcharger le palais. Plus de relief que le 2005 et un candidat à l'agneau braisé. ***1/2,2. ©
Potentiel de vieillissement du vin, 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: Le vin gagne à séjourner en carafe.
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Jean Aubry est l'auteur du «Guide Aubry 2008 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $».
www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir
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