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L'été des Indiens

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Jean Davant
Envoyé Le jeudi 12 juin 2008 23:00



Un chèque c'est bien, des excuses c'est bien, mais pour être sur qu'on recommencera pas, ça serait bien de comprendre pourquoi ça s'est passé. Sinon, dans pas longtemps, on va leur dire "la lutte contre les changements climatiques ? Trop compliqué pour vouzôtes ! Laissez-nous faire ! Vouzôtes, vous adorez les saumons et les autres bibites, nouzôtes on a des satellites on sait y faire !". Si ça s'est passé, c'est peut-être pas parce que "on s'excuse, on savait pas, on s'est pas rendu compte". C'est peut-être aussi parce qu'on avait quelque chose à prouver, il fallait montrer qu'on valait mieux qu'euzôtes. Et ça s'est peut-être pas toujours passé comme ça. Il y a eu un temps où ça se passait mieux que ça. Y a même un maudit français, M. Levi-Strauss (qui a PLUS écrit sur les Indiens que sur nouzôtes, Trahison !), qui a écrit un livre "Histoire de Lynx" qui parle de pas mal de choses intéressantes, et qui dit en particulier que la Lingua Franca des Indiens, la langues véhiculaire qui leur servaient à faire du commerce dans toute l'Amérique du Nord (comme un NAFTA avant Colomb), contenait déjà pas mal de mots européens quand elle a commencé à être étudiée, et en particulier la majorité de ces mots européens était des mots français. "Histoire de Lynx" dit aussi - c'est l'hypothèse de l'auteur - que la mythologie des Indiens, souvent fondée sur des Jumeaux, les avait prédisposés à accepter les Blancs (un peu trop facilement, finalement). Au contraire - et ça c'est moi qui le rajoute - des monothéismes qui s'arrogent toujours une place de Fils Uniques dans la création, avec l'égocentrisme que ça suppose (à peine une hypothèse : s'ils sont deux frères, y en a un qui tue l'autre; et si Dieu le demande, on égorge l'aîné, histoire de rester fils unique...). En tout cas, bref, les Indiens s'attendaient à nous rencontrer, et auraient rapidement utilisé nos mots pour parler des choses qu'ils nous échangeaient. Si je vous raconte tout ça, c'est parce que vous vous imaginez pas que ça s'est fait sans des échanges très rapprochés entre les deux communautés. Quand on dit très rapprochés, c'est que forcément, ils ont finis par avoir des enfants ensemble. Ah non ? on vous l'avez pas dit ? Et ben si, ça s'est passé aussi. Et pas seulement dans Little Big Man et autre Pocahontas. Mais bizarrement, à l'heure des tests ADN, où les afro-américains retrouvent leurs origines africaines, où les Amérindiens retrouvent des origines asiatiques assez complexes, il n'y a pas beaucoup d'empressement chez nouzôtes, les bonnes familles qu/b/coises pures laines, pour savoir s'il y a un Indien dans le placard (et pas forcément beaucoup d'empressement dans le sens inverse non plus pour savoir s'il y a un trappeur dans le placard). Pourtant quand je vois plusieurs de mes collègues qui me parlent de leurs ancêtres québécois depuis... allez donc : dix générations, qui dit mieux... je me dit "Bon, est-ce qu'il sait qu'il a l'air d'un croisement de Géraldine Chaplin et de Keanu Reeves ? Est-ce qu'elle sait qu'elle ressemble à la petite-fille de Jack Palance ?". Parce que notez bien que dix générations, ça fait deux parents, quatre grand-parents, et finalement mille vingt-quatre ancêtres, disons huit cents avec la consanguinité. Sur ces huit cents, disons cinq ou dix pour cent sont arrivés d'Europe il y a au moins dix générations, soixante dix pour cent vivaient encore en Europe à cette dixième génération, mais combien étaient là AVANT ?
Avant quoi ? Et ben avant que s'installe progressivement une DMZ entre les deux communautés, d'abord politico-militaire (pour ne pas se mêler des conflits anglo-français), puis économique (avec la création des réserves), puis juridico-culturel (fiscalité spécifique, par exemple, qui oriente des choix professionnels - le marché des cigarettes). Et alors, finalement, peut-être que ces pensionnats, ce n'était pas juste un souci mal placé de civiliser le monde, mais aussi une façon de creuser un écart, pour gommer ces histoires de mixité. C'est vrai que c'est douloureux de rappeler cette mixité, maintenant, quand on se souvient des abus. Sans revendiquer jusqu'à la délirante vision latine de Milo Manara et Hugo Pratt (l'Été Indien, je peux pas croire qu'on le trouve pas à la Librairie M... spécialisée en Comics, et qui justement fait des spéciaux en ce moment), c'est certain que les Tremblay, Massicote, Gouin et autres Ouellet, on a des Indiens dans le placard. Et en fait, selon nos propres critères d'authenticité, ce serait même plutôt un sujet de fierté, vu que ça confirme "l'arrivée" précoce de notre famille, AVANT, quand l'Amérique était encore vierge.

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