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Incompréhensible!
J'ai eu l'occasion de rencontrer un très grand nombre de «survivants» des pensionnats et leur expérience est une des plus tragiques que l'on puisse imaginer. Plusieurs ont été littéralement enlevés par la police et / ou l'agent des Affaires indiennes dans leur petit village, souvent à l'insu des parents et lorsqu'on avertissait les parents on le faisait dans une langue qu'ils ne comprenaient pas. La plupart des pensionnaires ont été battus mais aucune poursuite n'a pu être prise lorsque le tout s'est su «officiellement» car les accusations de voies de fait simples se prescrivent par 6 mois... Mais le nombre de crimes graves est considérable et plusieurs survivants préfèrent ne pas en parler plutôt que de tenter d'avoir une compensation financière par peur de revivre leur cauchemar. J'ai personnellement rencontré un survivant qui avait été mis dans une sécheuse à linge (une grosse, industrielle) dans un des pensionnats de l'Arctique et on l'a fait tourner plusieurs minutes pour le punir d'avoir parlé sa langue autochtone malgré les avertissements de ne pas le faire. On parle de «survivants» parce que plusieurs de ces enfants n'ont pas survécu aux pensionnats. Ils sont morts et leurs parents ne savent même pas où ils sont enterrés. Il y a des notes de service de haut fonctionnaires du gouvernement qui reconnaissent le fait que plusieurs enfants meurent dans les pensionnats, même plus que le taux de mortalité dans les villages autochtones qui était déjà anormalement élevé, mais on dit que c'est pour leur «bien». Mettez-vous un peu dans leur peau et pensez que la police vient chez vous, enlève vos enfants pour les amener vous ne savez où et que vous n'entendez plus jamais parler d'eux. Ne seriez-vous pas traumatisés? Ne remueriez-vous ciel et terre pour savoir ce qui advient de vos enfants? Eh bien les Indiens eux ne pouvaient que s'adresser à l'Agent des Indiens (fonctionnaire fédéral) qui les envoyait paitre et ils ne pouvaient même pas aller voir un avocat car, souvent, ils ne pouvaient pas sortir de la réserve et la Loi sur les Indiens leur interdisait alors de consulter un avocat.
Les peuples autochtones du Canada souffrent maintenant et collectivement de stress post-traumatique à cause en grande partie de l'expérience des pensionnats indiens. Oui nos ancêtres ont commis une grosse erreur en faisant çà, qu'ils soient francophones ou anglophones, catholiques, protestants ou autres. Ils ne sont plus là pour en faire acte et il ne reste que nous pour tenter d'atténuer l'impact terrible des politiques passées de nos gouvernements successifs qui ont été élus par la société dominante. Il est donc temps que nous prenions collectivement nos responsabilités et que nous arrêtions de nous mettre la tête dans le sable.
Des attitudes comme celles qu'on peut lire aujourd'hui dans ce site sont indignes d'un peuple mature et digne. Oui, la violence et les abus sexuels sont monnaie courante dans les villages autochtones mais la responsabilité n'en revient pas seulement aux auteurs mais aussi et surtout à cause d'une politique coloniale du Canada qui visait à éradiquer les cultures et l'identité autochtones. L'argent et les compensations de toutes sortes ne guériront jamais les plaies béantes de ces peuples mais c'est tout ce que nous avons comme société pour faire réparation, tôt ou tard. Mais il est certain que ce qui les aiderait le plus à guérir serait de les reconnaitre tels qu'ils sont et d'accepter qu'ils se gouvernent eux-mêmes. Ils ne sont pas les artisans de leur propre malheur et une tragédie telle que celle qui leur est arrivée aurait causé les mêmes conséquences terribles pour n'importe quel autre peuple qui y aurait été soumis. D'ailleurs la même chose s'est produite dans d'autres pays coloniaux comme les USA et l'Australie et dans ce dernier cas on parle de «Stolen Generations» pour ceux qui en ont été victimes et le Parlement australien s'est lui-aussi excusé pour ce type de politique.
Arrêtez de blâmer la victime et essayez de les comprendre, même si souvent ils sont anglophones, et supportez-les dans leur queste d'identité et de restauration de leurs structures sociales. Oui, çà va couter des sous et de la sueur mais c'est rien à côté de ce que ces pensionnats ont couté aux gouvernements successifs et à côté des terribles conséquences qu'ont subi ces gens. Comme société dominante, on s'en sort très bien et ça aurait pu être bien pire. Les autochtones ont montré une patience incroyable à la suite de ce qui leur est arrivé et je doute que si cela était arrivé aux francophones, ils auraient eu autant de patience.
