Le privé doit investir dans l'accès à l'eau, dit l'OCDE
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2,6 milliards de personnes sont privées d'installations sanitaires adéquates

Photo: Agence Reuters
D'ici 2030, on s'attend à ce que la population de la planète augmente du tiers -- soit deux milliards de personnes de plus qu'aujourd'hui -- et que l'économie mondiale double de taille. Il faudra par conséquent que la production d'eau potable suive cette croissance, sans quoi le nombre de personnes vivant avec un faible accès à cette ressource passera de 1,9 milliard aujourd'hui à 2,9 milliards en 2030, selon l'OCDE.
À l'heure actuelle, on compte déjà 2,6 milliards de personnes privées d'installations sanitaires adéquates, ce qui cause chaque année la mort de 1,8 million d'enfants. Il s'agit de la deuxième cause de mortalité après la malnutrition.
«L'eau est menacée, a déclaré Angel Gurria. Tous les pays, qu'ils fassent partie ou non de l'OCDE, doivent réformer leurs politiques et améliorer leurs pratiques afin d'éviter de terribles conséquences.»
Pour remédier à la situation, l'ancien ministre mexicain des Affaires étrangères estime qu'il faudrait injecter 20 milliards par année, la plus grande partie de cette somme provenant du secteur privé. Pour y arriver, les gouvernements devront encourager les entreprises à investir dans le secteur de l'eau, a-t-il affirmé.
«Les investisseurs privés se sont retirés du secteur de l'eau et l'accès au crédit est limité pour les fournisseurs de services d'eau des pays en développement, a noté M. Gurria. Il nous faut les ramener plutôt que les chasser. Comme dans les cas des changements climatiques, de l'énergie et de tout le reste, la majeure partie des investissements devra venir du secteur privé.»
Le diplomate s'est servi d'un argument convaincant: «en moyenne, chaque dollar investi dans l'approvisionnement en eau et l'assainissement produit des bénéfices d'une valeur de 10 $ pour la collectivité», a-t-il dit, en citant une réduction des coûts sanitaires, de même qu'une amélioration de la santé et de la productivité de la population.
«Investir dans l'eau et dans l'assainissement est donc un choix économiquement rationnel», a-t-il martelé.
Une Bourse de l'eau?
Pour faire prendre conscience de l'importance sociale et économique de l'eau, l'OCDE prône depuis plusieurs années les principes de l'utilisateur-payeur et de la tarification de l'eau, notamment pour les grands utilisateurs que sont les agriculteurs et les usines.
Mardi, Angel Gurria a même évoqué les controversés systèmes d'échange de droits à l'eau (water trading) qui existent en Australie, au Chili, en Afrique du Sud et dans certaines régions des États-Unis.
«L'eau est rare, de sorte qu'elle doit être attribuée à celui qui peut faire la meilleure offre, a-t-il affirmé. Par le biais d'un mécanisme opportun d'établissement des prix, vous obtenez une meilleure attribution et un meilleur usage de l'eau.»
Bien sûr, aucune solution ne résoudra à elle seule les problèmes d'accès à l'eau, une ressource localisée pour laquelle, d'ailleurs, il n'existe aucune organisation spécialisée des Nations unies.
«Même si les tensions liées à l'eau sont un défi auquel font face plusieurs régions du monde, on ne peut pas y répondre au niveau international, a fait remarquer Angel Gurria. L'eau est un phénomène très local, ce qui le rend plus difficile à traiter.»

