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crise alimentaire = désastre, révolution verte pour l'Afrique = capitalisme du désastre

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Jean-Paul Prévost
Envoyé Le dimanche 08 juin 2008 12:00



Le 4 juin, alors que les participants au dernier sommet de la FAO tentaient de trouver des solutions à la grave crise alimentaire qui afflige actuellement le monde, Kofi Anan annonçait qu'une "révolution verte" serait lancée en Afrique afin de régler le problème de la faim sur ce continent [1].

Les membres de l'organisme qui fait la promotion de cette "révolution", soit "l'Association pour une révolution verte en Afrique" (AGRA), affirment avoir à coeur les intérêts des petits producteurs agricoles du continent africain. Or, des représentants d'associations de petits producteurs se sont vus expulsés d'une salle de presse alors qu'ils tentaient de faire valoir leur point de vue durant le dernier sommet de la FAO [2]. Ces organismes avaient produit leur propre analyse des causes de la crise alimentaire avant le sommet [3]. En examinant leur analyse et leurs revendications, on s'aperçoit qu'elles diffèrent assez significativement des grandes lignes de la "révolution verte" de l'AGRA.

La "révolution verte" de l'AGRA ne date pas d'hier. Il y a plus d'un an déjà, on annonçait que cette "révolution" bénéficierait du soutien financier de la Fondation Bill et Melinda Gates et de la Fondation Rockefeller. Par contre, en avril de l'an dernier, un article publié dans le magazine Maclean's faisait état du fait que plusieurs paysans d'Afrique ne veulent pas de cette "révolution" [4]. Ces paysans s'inquiètent qu'il leur coûtera plus cher de poursuivre leurs activités agraires en utilisant les nouvelles semences que les membres de l'AGRA proposent de développer pour eux. De plus, il est indiqué dans l'article de Maclean's qu'un ancien dirigeant de Monsanto, multinationale des "sciences de la vie" bien connue [5], est maintenant employé de la Fondation Bill et Melinda Gates et que Monsanto même est liée à l'initiative de "révolution verte" de l'AGRA [6]. Il est donc raisonable de se douter que cette "révolution" permettra à Monsanto de faire la promotion de ses semences, souvent génétiquement modifiées et brevetées, auprès des paysans africains.

La "révolution verte" de l'AGRA ne semble pas avoir démarré depuis qu'elle fut discutée pour la première fois dans les journaux. Mais voilà que la FAO présente cette "révolution" comme une solution à la crise alimentaire actuelle. Intéressant, non? Certains diront qu'il ne faut pas se laisser emporter par des théories de la conspiration. Par contre, on a des preuves que certains cherchent a "récolter les fruits de la flambée des prix alimentaires" [7]. Espérons qu'on finira par écouter messieurs Ziegler et De Schutter qui, comme les paysans du monde, réclament que la FAO "s'attaque au déséquilibre de pouvoir entre les grands entreprises de l'agroalimentaire et les paysans" [8].

1 voir http://www.ledevoir.com/2008/06/05/192757.html
2 voir http://www.grain.org/m/?id=193
3 voir http://www.etcgroup.org/en/materials/publications.html?pub_id=692
et http://www.nyeleni.eu/foodemergency/
4 voir http://rcab.ca/content/view/full/166
5 voir http://www.ledevoir.com/2008/05/17/190144.html
et http://www.ledevoir.com/2008/05/17/190131.html
6 voir http://rcab.ca/content/view/full/166
7 voir http://www.ledevoir.com/2008/06/07/193062.html
8 voir http://www.ledevoir.com/2008/06/07/193089.html

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