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De héros à zéro!
Debout devant l'entrée de l'entreprise qui allait m'employer, il y a plus de vingt-sept ans, je rêvais déjà des grandes choses que j'allais y accomplir. N'ayant que peu d'instruction, le chemin allait être long et pénible pour réaliser mon rêve, mais toutes ces difficultés n'allaient point refroidir mes ardeurs. D'ouvrier en usine, je ne tardais pas à m'imposer comme un choix logique dans le département de dessin. Après de nombreuses années à apprendre et à me perfectionner, on finit par reconnaître mes compétences et je fût promu à titre de directeur du département. Au long des dix années subséquentes, on me reconnût des qualités de "solutionneurs" ("problem solver") et je profitais amplement du respect, autant de la partie patronale que de la partie syndicale de l'entreprise. La fulgurante progression de l'entreprise sur le marché international ne se fit cependant pas sans laisser de traces. La capacité d'adaptation de l'entreprise à soutenir ce développement se solda par un manque de ressources et une pression incessante et incongrue sur la majorité des cadres. Je fût l'un des soldats à tomber d'épuisement professionnel, mais non sans avoir préalablement présenté un plan de restructuration des opérations de mon département. Après une pause de quatre mois, mon plan fût accepté et appliqué. Je devint donc gestionnaire des communications et cerbère de la banque de données. De plus, les projets spéciaux de mise-en-marché m'étaient confiés. Tous étaient heureux et les bénéfices montaient en flèche. Mais voilà! L'ours qui dormait fût réveillé et la compagnie québécoise tomba aux mains d'une société d'investissement américaine qui décida au nom de ses actionnaires et de fastideux exercices comptables, de rationaliser les opérations de l'entreprise. Ainsi, les mises-à-pieds et le tablettage devinrent la norme. Compte-tenu de mes bonnes conditions de travail, mon poste fût aboli, une partie de ma tâche redistribuée à de jeunes et non-expérimentés employés, la partie la plus importante, abandonnée, et finallement je fût relocalisé à titre de dessinateur, et par surcroît...dessinateur Junior. Devant ma lenteur à démissionner, ils finirent par me mettre à pied avec une légère compensation.
L'épisode subséquent fût tragique. Marqué au fer rouge, mais comment ne pas se sentir déboussolé? La confiance-en-soi en prend pour son rhume. La traversée du désert semble interminable. Mais heureusement, bien qu'aujourd'hui je n'ai pas fait la paix avec tous mes démons, je profite de ce qui est devenu un chance pour démarrer ma propre entreprise et enfin me réaliser complètement. Il faut bien dire, que les problèmes vécus par l'entreprise depuis l'exode de "l'intelligencia" qui la fesait vivre, m'ont bien aidé à digérer la pillule. De héros à zéro! Mais pour combien de temps?
Je souhaite, bien naïvement, il va sans dire, que ces pratiques visant à briser des individus pour toutes raisons que ce soit prennent fin et que tous finissent par y trouver leur compte.
Merci de me donner l'opportunité de réagir!
