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Libre Opinion - La Manif d'Art 4 soulève des passions
Mots clés : Delgado, passions, Manif d'Art 4, Culture, Théâtre, Montréal, Québec (province)
Le commentaire que Jérôme Delgado a récemment publié dans vos pages au sujet de la Manif d'art 4 est inacceptable. [Nous avons reçu ce texte comme un article] bagarreur et impressionniste, qui déroge aux critères de qualité auxquels Le Devoir nous a toujours conviés. Le ton est si caricatural qu'on sera tenté d'y percevoir d'autres motivations que celle d'une lecture approfondie des oeuvres.
D'autres affirmations détonnent et il apparaît important de les souligner: pas de vidéo, dit l'auteur, dans les deux sites principaux... Or, la vidéo constitue l'élément majeur de ce volet. Un événement qui mise sur l'esthétique relationnelle? Seuls deux projets peuvent être associés à cette tendance. Un événement «contournable»? Comment dès lors expliquer l'effervescence presque palpable qui anime l'événement depuis son vernissage magistral et l'affluence régulière d'un public enthousiaste?
Plus grave, plusieurs passages témoignent d'un manque de droiture: critiquer un événement sans en nommer la commissaire (qu'on n'aura pas pris la peine de rencontrer), décrier une oeuvre en affirmant qu'on ne veut en nommer l'auteure... Manque de courage ou manque d'arguments? Des oeuvres sont bientôt qualifiées de naïves, sans dire lesquelles.
Et pour terminer, [...] l'auteur cite un texte de Jean-Philippe Uzel paru dans L'Indécidable, un ouvrage récemment publié, pour tenter d'appuyer l'affirmation évasive selon laquelle les oeuvres -- quelques oeuvres? -- de l'événement seraient décoratives. Or, Uzel traite ici d'un phénomène européen très en vogue où certaines pratiques en arts visuels flirtent avec l'objet-design, ce qui est complètement hors contexte puisque les objets se font rares, voire pratiquement inexistants, dans cette édition de la Manif d'art.
Mais quelles sont donc ces oeuvres naïves ou décoratives? Celle de Diane Landry, une artiste actuellement au studio du Québec à New York? Celle du duo Doyon-Rivest, qui participe à la Triennale de Montréal? La toile magistrale de Thierry Arcand-Bossé, que l'auteur écorche au passage? Ou la projection urbaine du duo bulgare Nina Kovacheva et Valentin Stefanoff, qui a reçu le Prix de l'UNESCO en 2002 et que, de toute évidence, l'auteur n'a pas vue?
Oui, vivement la critique, mais nous n'acceptons pas ce lynchage de mauvais goût. Par respect pour le travail d'une cinquantaine d'artistes, dont certains sont des piliers de notre histoire de l'art, par respect pour tous ceux et celles qui croient au développement de l'art actuel en dehors de la métropole, nous nous devions de réagir.

