Conditions de naturalisation - Camouflet pour la droite en Suisse
Mots clés : Immigration, étrangers, naturalisation, Droite (orientation politique), Élection, Suisse (pays)
Genève -- Les Suisses ont infligé hier un cuisant revers à la droite populiste en refusant à une très nette majorité de durcir les conditions de naturalisation des étrangers et en la désavouant également dans deux autres scrutins.
Ce camouflet est infligé moins de six mois après que le premier parti politique suisse (29 % des voix aux dernières élections législatives) a décidé de passer dans l'opposition en raison de l'éviction du gouvernement de son leader, Christoph Blocher.
L'échec est d'autant plus cinglant qu'avec sa proposition de naturalisations «démocratiques», l'UDC enfourchait un cheval de bataille -- la peur de l'étranger -- qui l'a jusqu'ici toujours emmené à la victoire.
Le parti populiste proposait que les candidatures à la naturalisation puissent être approuvées -- ou rejetées -- par un vote populaire dans les communes, sans recours possible, et non plus agréées par une commission ad hoc, comme c'est le cas actuellement.
La Suisse applique le droit du sang, et les 20,7 % d'étrangers recensés en 2006 ne peuvent acquérir la nationalité helvétique qu'au terme d'une procédure de naturalisation très encadrée.
Il leur faut pour cela résider en Suisse depuis au moins 12 ans, être intégrés à la communauté et accoutumés au mode de vie, selon les termes des autorités fédérales.
En fin de campagne, face à des sondages défavorables, l'UDC avait tenté de recentrer le débat sur la criminalité des étrangers. Des placards publicitaires étaient apparus dans la presse pour dénoncer «la violence des jeunes étrangers naturalisés», en égrenant des faits divers impliquant des jeunes d'origine étrangère. «L'UDC était seule contre tous», a commenté le député UDC Yves Nidegger pour relativiser la défaite de son parti.
Le Conseil fédéral (gouvernement) et la majorité du parlement s'étaient prononcés contre l'initiative, accusée de conduire à la discrimination et à l'arbitraire.
Même la ministre UDC de la police et de la justice Eveline Widmer-Schlumpf, désavouée par son parti pour avoir accepté la place du leader au gouvernement, s'était prononcée contre la naturalisation par vote populaire. «Cela a encore contribué à désorienter l'électorat», a estimé M. Nidegger.
Le parti populiste a d'ailleurs entériné la rupture hier avec la ministre en prononçant son exclusion, ainsi que celle de sa section cantonale, coupable d'avoir refusé de la sanctionner.

