Fédération canadienne des sciences humaines - Tout ciblage thématique « compromet en fin de compte la qualité de la recherche fondamentale au Canada »

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Brigitte Saint-Pierre
Édition du samedi 31 mai et du dimanche 01 juin 2008

Mots clés : Nathalie Des Rosiers, FCSH, Éthique, Science, Canada (Pays)

Les délégués présents à Vancouver échangeront sur le thème de la mondialisation du savoir et des valeurs

Nathalie Des Rosiers, doyenne de la section de droit civil de la faculté de droit de l'Université d'Ottawa

La Fédération canadienne des sciences humaines (FCSH) fait la promotion de la recherche en sciences humaines au Canada, veille à sa diffusion et favorise les échanges interdisciplinaires, indique la présidente élue de l'organisme, Nathalie Des Rosiers.

Le congrès des sciences humaines qui commence aujourd'hui à Vancouver permettra à des chercheurs canadiens de différentes disciplines d'échanger sur un même thème, soit celui de la mondialisation du savoir et des valeurs, souligne la présidente élue de la Fédération canadienne des sciences humaines (FCSH), Nathalie Des Rosiers, doyenne de la section de droit civil de la faculté de droit de l'Université d'Ottawa.

«Le congrès permet de prendre connaissance de la recherche qui se fait partout au Canada. Pour un chercheur, c'est l'occasion de se faire connaître, de se faire critiquer aussi», mentionne en riant Mme Des Rosiers, ajoutant que la confrontation des idées contribue à l'avancement du savoir. Le congrès permet également aux délégués de rencontrer des collègues et de nouer des collaborations avec d'autres chercheurs.

Cette année, l'Université de la Colombie-Britannique est l'hôtesse du congrès, qui se déroulera jusqu'au 8 juin. Les organisateurs attendent plus de 10 000 délégués, du Canada ou d'ailleurs dans le monde. Des chercheurs des différentes provinces canadiennes prennent part au congrès. S'assurer que les Québécois soient bien entendus constitue toutefois un défi pour la FCSH, indique Mme Des Rosiers. En raison des budgets limités pour les déplacements dans les universités, certains d'entre eux peuvent avoir tendance à privilégier le congrès de l'Acfas (Association francophone pour le savoir) plutôt que celui de la FCSH, mentionne-t-elle.

Le congrès des sciences humaines comprend certaines activités ouvertes au grand public. Margaret Somerville, éthicienne, Richard W. Pound, président sortant de l'Agence mondiale antidopage, Stevie Cameron, journaliste, Richard Florida, professeur d'université, et André Pratte, éditorialiste en chef de La Presse, font partie des conférenciers invités. La plupart des associations de recherche membres de la FCSH mettent par ailleurs au point une programmation qui leur est propre.

Promotion et diffusion

La FCSH est en quelque sorte «la voix des sciences humaines du Canada», mentionne Mme Des Rosiers. Elle regroupe 66 associations de recherche et 73 universités et collèges et représente au total «plus de 50 000 chercheurs-boursiers, étudiants et praticiens de toutes les régions du Canada». Elle fait la promotion de la recherche en sciences humaines, met en lumière son importance pour la société et intervient auprès du gouvernement fédéral à ce sujet.

La Fédération organise six fois l'an des petits déjeuners-causeries sur la Colline parlementaire à Ottawa, à l'attention des parlementaires, des hauts fonctionnaires, du grand public et des médias. «Cela permet de faire connaître des chercheurs, leurs idées et l'importance de leurs recherches», affirme Mme Des Rosiers.

La FCSH octroie également des subventions pour la commercialisation et la promotion d'ouvrages savants dans le cadre du Programme d'aide à l'édition savante (PAES), financé par le Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH). Ce soutien financier permet de publier des ouvrages qui ne pourraient pas l'être autrement, étant donné la taille limitée du marché canadien, indique Mme Des Rosiers. La Fédération décerne également chaque année les Prix du livre savant.

L'argent, toujours le nerf de la guerre

L'un des enjeux de la recherche en sciences humaines est son financement, dit Mme Des Rosiers. «Le financement au CRSH est toujours précaire», affirme-t-elle. La présidente élue de la FCSH indique que le financement de la recherche en sciences humaines n'a pas été réduit ces dernières années, mais que, en raison de l'augmentation du nombre des demandes de subventions, il est désormais plus difficile d'en obtenir qu'auparavant. Elle rappelle que la recherche en sciences humaines est beaucoup moins financée qu'en sciences naturelles, en génie ou en sciences de la santé.

Dans le budget 2008, le gouvernement fédéral a annoncé qu'il accorderait des fonds supplémentaires aux conseils subventionnaires fédéraux pour soutenir la recherche dans des domaines jugés prioritaires. Le CRSH recevra ainsi un financement additionnel de «12 millions de dollars par année pour la recherche contribuant à accroître la compréhension des effets de l'environnement sur la vie des Canadiens et des besoins en matière de développement social et économique des collectivités du Nord». La présidente de la FCSH, Noreen Golfman, s'est réjouie de l'augmentation de 12 millions du budget du CRSH, tout en disant craindre que «ce type de ciblage thématique compromette en fin de compte la qualité de la recherche fondamentale au Canada».

La FCSH estime en outre que la contribution de la recherche en sciences humaines devrait être clairement reconnue et appuyée dans le cadre de la stratégie «Réaliser le potentiel des sciences et de la technologie au profit du Canada» du gouvernement fédéral. Dans un mémoire présenté en janvier au Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie sur cette stratégie, elle a fait valoir que «l'avenir économique et social du Canada repose tout autant sur ses sciences humaines que sur ses sciences naturelles, sciences du génie et sciences de la santé».

La recherche est un « bien public »

La Fédération veut par ailleurs favoriser le libre accès à la recherche ainsi que la diffusion de ses résultats sans frais dans Internet. Dans un énoncé de politique, elle mentionne que la «justification derrière le libre accès au matériel savant repose sur la croyance que les recherches universitaires et l'érudition constituent un bien public qui s'inspire librement des travaux d'autrui pour sa production et sera en retour librement utilisé par les autres pour mettre en valeur cette connaissance».

La FCSH estime que ce principe devrait en particulier s'appliquer à la recherche financée par des fonds publics. Le libre accès est susceptible d'augmenter la diffusion et la portée des recherches, souligne la Fédération. «En faisant tomber les obstacles financiers spécifiques liés aux abonnements aux revues, l'information électronique peut s'acquitter de sa promesse de rendre la connaissance plus accessible partout dans le monde, aidant du même coup à réduire le fossé numérique qui sépare les pays riches des pays pauvres», fait-elle valoir. Deux moyens sont proposés: les revues en libre accès et l'autoarchivage des écrits. Plusieurs obstacles existent, indique toutefois Mme Des Rosiers. «Dans la mesure où les revues savantes ont besoin d'abonnements pour survivre, elles ne sont pas beaucoup incitées à permettre aux chercheurs de diffuser les résultats de leurs recherches dans Internet en libre accès et en temps opportun», mentionne-t-elle. La FCSH prône ainsi une approche souple et progressive.

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«Penser sans frontières. Idées mondiales: valeurs mondiales» est le thème rassembleur retenu pour le 77e Congrès de la Fédération canadienne des sciences humaines, qui se tient à l'Université de la Colombie-Britannique jusqu'au 8 juin.

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Collaboratrice du Devoir


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