Transfert des connaissances - Pour des résultats de recherche plus accessibles
Mots clés : Danielle Laberge, Science, Université, Montréal, Québec (province)
L'ancienne rectrice de l'UQAM prône un enseignement de haut niveau dès le premier cycle universitaire

L'importance de mettre le savoir à l'épreuve est saisie plus difficilement par la population lorsqu'il est question de sciences humaines, croit-elle. «On connaît mieux cette question-là lorsqu'on aborde la technologie ou les sciences dites exactes, mais les sciences humaines ont un rôle extrêmement important dans la compréhension des sociétés et dans l'amélioration du bien-être collectif. C'est souvent négligé, tenu pour acquis.»
Une recherche au quotidien
Selon la chercheure, c'est ce qui explique en partie pourquoi l'obtention de subventions est beaucoup plus difficile dans son domaine. «Tout le monde tient pour acquis que, si on travaille sur le cancer, on a besoin de laboratoires et de techniciens, alors qu'en sciences humaines on est assis dans notre petit coin et on pense tout seul. Ainsi, nos sujets de recherche sont toujours plus difficiles à défendre auprès des gouvernements parce que, à partir du moment où ces connaissances sont acquises, c'est comme si tout le monde l'avait toujours su.»
Le phénomène des gangs de rue, la délinquance juvénile, le rôle des femmes dans l'arène politique et sociale, les dynamiques à l'école, l'homosexualité, la compréhension accrue qu'on a du suicide chez les jeunes... Pour Danielle Laberge, il y a un nombre incalculable d'exemples où la recherche en sciences humaines a servi l'avancement de la société québécoise. «Je pourrais nommer des dizaines de chercheurs dans seulement un de ces domaines-là qui ont contribué à poser le débat public et à l'amener plus loin.»
Il est donc essentiel de lancer la réflexion sur la pertinence de la recherche en sciences humaines. «Poser la question, c'est y répondre. Démontrer l'importance du transfert des connaissances vient expliquer, encore une fois, l'utilité, le caractère essentiel dans nos sociétés de ce genre de travaux.»
Porosité entre l'université et la société
Si Danielle Laberge a décidé de participer à la réflexion entamée par le Conseil de recherche en sciences humaines, c'est aussi pour insister sur l'importance de briser la frontière qui isole le chercheur dans sa tour d'ivoire et son sujet, la société.
«Il y a un travail de va-et-vient et de circulation entre les idées qui n'est pas toujours bien compris. On pense toujours que les choses sont simples dans le social, même si c'est probablement l'environnement le plus complexe à comprendre. La recherche universitaire, ce n'est pas un travail qui est unidirectionnel. L'activité quotidienne des groupes et des communautés alimente la recherche. En retour, la recherche renvoie une meilleure compréhension des activités humaines et sociales.»
À son avis, le chercheur a un rôle crucial à jouer dans la transmission des connaissances. «Je pense que les chercheurs, à certaines étapes de leur travail, devraient avoir le souci de faire en sorte que leur réflexion soit accessible à un groupe plus large, dit-elle. Ça s'est beaucoup fait dans les études féministes qui mettent en lien des groupes de femmes qui ne sont pas universitaires, mais qui sont actives dans la société.»
L'enseignement reste également un véhicule de choix dans la transmission des connaissances. «Le savoir ne reste pas figé. Une bonne université, c'est un établissement qui, même au premier cycle, enseigne ce qui est à la fine pointe des connaissances. Mais, pour être à la fine pointe des connaissances, il faut qu'on soit à jour en matière de compréhension des phénomènes, de débats théoriques et de développement méthodologique.»
Danielle Laberge croit qu'il y a néanmoins eu une nette amélioration de la perception du rôle de la recherche dans les dernières décennies. Les gens commencent à voir l'apport économique engendré par les centres de recherche. À son avis, un travail de sensibilisation auprès de la population, mais aussi auprès des élites politiques, reste à faire pour «gagner le peloton de tête».
«Si on recule de 40 ou 50 ans, les gens ne pensaient pas de la même façon et n'étaient pas aussi bien informés. Ils le sont maintenant, et le savoir universitaire y est pour quelque chose. La recherche, ce n'est pas un nouveau dogme, ce n'est pas une nouvelle religion, c'est quelque chose qui évolue, avec la société.»
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Danielle Laberge interviendra lors d'un atelier présenté le mardi 3 juin, de 9h à 12h30, à l'Institute of Asian Research dans l'Édifice C.K. Choi. «La mobilisation des connaissances dans le cadre universitaire et au-delà» réunira aussi Alex Bennet, du Mount Quest Institute, Carole Lévesque, de l'INRS, Alan MacEachern, de l'Université Western Ontario, David Phipps, de York, Bill Reimer, de Concordia, et Gisèle Yasmeen, du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada.
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Collaboratrice du Devoir
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