Du Vancouver High School à l'UBC - McGill est à l'origine de l'Université de la Colombie -Britannique

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Martine Letarte
Édition du samedi 31 mai et du dimanche 01 juin 2008

Mots clés : McGill, UBC, Vancouver High School, Université, Science, Canada (Pays)

La réputation prestigieuse de l'université McGill ne date pas d'hier. Déjà, au courant du XIXe siècle, plusieurs collèges canadiens se sont affiliés à l'établissement pour permettre à leurs étudiants de commencer leurs études universitaires dans leur région, pour ensuite aller les terminer à Montréal. Toutefois, à Vancouver, la collaboration est allée beaucoup plus loin. McGill a littéralement mis sur pied ce qui allait devenir l'Université de la Colombie-Britannique (UBC). Retour cent ans en arrière, avec l'historien Peter F. McNally.

«D'abord, avant de regarder le rôle qu'a joué McGill dans la création de l'UBC, il faut savoir que la Colombie-Britannique a adopté une loi en 1890 pour ouvrir une université provinciale. Or, en raison du conflit qui a éclaté entre les villes de Vancouver et de Victoria pour accueillir la future université, elle n'a jamais vu le jour», indique d'emblée Peter F. McNally, directeur du projet d'histoire de McGill, invité à donner une conférence sur le sujet cette semaine lors du congrès annuel de la Fédération canadienne des sciences humaines.

En 1890, le Vancouver High School a ouvert ses portes, et en 1894, la province de la Colombie-Britannique a permis à ses quatre écoles secondaires de s'affilier à une université canadienne reconnue pour offrir une ou deux années d'études universitaires. Le Vancouver High School a choisi McGill, et ce n'est pas par hasard.

Pourquoi avoir choisi McGill ?

D'abord, il faut savoir que, lorsque l'entente a été signée en 1899 entre le Vancouver High School et l'université McGill, il y avait encore très peu d'universités au pays. «L'Université du Manitoba a été créée en 1877, mais elle a commencé à être vraiment fonctionnelle en 1920, alors que l'Université de l'Alberta a été créée en 1906 et l'Université de la Saskatchewan, en 1907», indique M. McNally.

Dans le centre du pays, il y avait quelques universités, mais la plupart avaient des bases religieuses. «Laval était catholique romaine, Queen's était protestante, etc. La Colombie-Britannique savait à quel point ces établissements avaient des problèmes relatifs à la place du religieux dans l'université, alors elle a décidé de créer une seule université laïque pour la province. Dans cette optique, l'Université de Toronto aurait pu aider, mais, comme c'était une université provinciale, cela aurait été plus difficile. L'université McGill, également laïque, s'est donc révélée être le choix qui s'imposait», explique l'historien.

Finalement, l'association du Vancouver High School et de McGill a pris des proportions importantes. «Le Vancouver High School est d'abord devenu le Vancouver College of McGill University, puis, en 1906, la Colombie-Britannique a permis à McGill d'être officiellement présente dans la province. Le collège a alors pris le nom de McGill University College of British Columbia (MUCBC)», indique M. McNally.

La création de l'UBC

Si tous ces changements ont suivi leur cours sans faire trop de vagues, c'était incontestablement le calme avant la tempête. «Une fois que McGill a officiellement ouvert son établissement à Vancouver, les élites locales ont compris l'énormité de ce qui venait de se passer. Elles avaient demandé à une université de Montréal de venir s'installer sur la côte ouest parce qu'elles avaient été incapables de parvenir à ouvrir elles-mêmes une université. Et McGill n'avait pas forcé les choses. Les gens de Vancouver lui avaient demandé de venir», explique M McNally.

Rapidement, la grogne s'est fait sentir. «Les gens étaient un peu humiliés d'avoir eu à demander à McGill de venir s'établir dans l'Ouest. De plus, la Colombie-Britannique voulait sa propre université où l'on pourrait y compléter des programmes d'études entiers, et pas seulement y étudier un an ou deux», ajoute-t-il.

En 1908, la Colombie-Britannique a créé l'UBC, mais au départ, pour des raisons financières et politiques, l'université existait seulement sur papier. Le MUCBC a continué ses activités, mais McGill savait désormais que sa présence dans l'Ouest tirait à sa fin. «Et, contrairement à ce que plusieurs peuvent penser, McGill a très bien accepté de tirer sa révérence lorsque l'UBC est devenue vraiment fonctionnelle. L'UBC a pris les infrastructures, les professeurs et les étudiants du MUCBC. En fait, l'université est restée la même, seul le nom a changé. Et cela s'est bien passé, sans scandale ni problèmes.»

Altruisme ou opportunisme ?

Donc, McGill aurait été altruiste ou opportuniste en jouant un rôle important dans la fondation de l'UBC? «L'université a été à la fois altruiste et opportuniste, croit M. McNally. Ces deux termes vont ensemble. Si c'est bon pour nous et que c'est aussi bon pour vous, alors faisons-le!»

Évidemment, certains considèrent que la présence de McGill dans l'Ouest du pays était une forme d'impérialisme. «C'est une interprétation, indique M. McNally. Je dirais plutôt que c'était très flatteur et très prestigieux pour McGill d'aller s'installer en Colombie-Britannique. Cela était très bon également pour son image. McGill devenait, aux yeux de tous, un modèle de réussite.»

Évidemment, en offrant les deux premières années d'études du baccalauréat en Colombie-Britannique, McGill espérait aussi convaincre certains étudiants de venir terminer leurs études à Montréal. Ce qui s'est concrétisé dans plusieurs cas. Mais McGill voulait aussi aider, croit M. McNally.

«McGill avait de bons moyens financiers et était disposé à aider certains établissements en difficulté, ajoute-t-il. Pour McGill, c'était la chose à faire. C'était bon pour l'image, certes, mais son objectif était vraiment d'aider. Et je crois bien que c'est pour cette raison que, lorsque la Colombie-Britannique a été prête à fonder sa propre université, McGill l'a si bien accepté et s'est simplement retiré de la province.»

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Peter McNally présentera «McGill University's Role in the Founding of UBC: Altruism or Opportunism?» le lundi 2 juin, à 12h15, dans l'édifice Buchanan.

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Collaboratrice du Devoir


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Les échanges ont continué - par Francis Déry
Le samedi 31 mai 2008 21:00

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