Conseil de recherche en sciences humaines du Canada - La recherche doit être évaluée selon son impact sur la scène internationale
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Ce qui menace les chercheurs québécois, c'est « le sous-financement des universités québécoises »

Photo: Jacques Grenier
L'émergence d'une communauté de recherche canadienne a aussi changé la façon de voir des chercheurs. «Les chercheurs se servaient beaucoup d'expériences extérieures, donc d'études faites à l'étranger, pour essayer de comprendre des phénomènes qui se passaient ici. L'émergence d'une communauté de chercheurs au Canada a mis fin à cette colonisation et les chercheurs ont fait de la connaissance du Canada l'objet de leurs recherches. Aujourd'hui, les chercheurs canadiens rayonnent sur la scène internationale.»
Historiquement, le Québec a toujours été un leader dans le domaine des sciences humaines. «Le Québec a été la première et longtemps la seule province à avoir son propre programme de soutien financier à la recherche en sciences humaines, ce qui explique la force des sciences humaines au Québec et pourquoi le CRSH a fortement appuyé les meilleurs chercheurs québécois.» Mais cela risque de ne plus être le cas. D'autres provinces, comme l'Ontario et la Colombie-Britannique, ont mis en place leurs propres programmes de soutien aux sciences humaines. «Présentement, ce qui menace sérieusement les chercheurs québécois, ce ne sont pas les chercheurs des autres provinces, mais plutôt le sous-financement des universités québécoises.»
Évolution de la recherche
Depuis la création du CRSH, la recherche en sciences humaines a évidemment évolué, bien que les disciplines scientifiques demeurent à peu près les mêmes, allant de l'histoire à la sociologie en passant par la psychologie et les études littéraires. L'approche par contre a changé. «Aujourd'hui, la recherche se fait de plus en plus en équipe et de façon multidisciplinaire. Plusieurs chercheurs de différentes disciplines se réunissent pour étudier un phénomène. De plus, on a créé des centres de recherche qui permettent de regrouper les chercheurs.»
Cela répond aussi aux sujets de recherche d'aujourd'hui, qui exigent souvent l'adoption de plusieurs perspectives avant qu'ils ne soient bien cernés. «Prenons le cas de l'environnement. On peut l'approcher dans la perspective des sciences ou de la technologie. Mais on peut aussi l'approcher du point de vue de l'histoire ou de la philosophie.» Idem pour l'informatique. «La présence toujours plus importante de l'informatique dans nos vies a apporté d'importants changements culturels et politiques. Comment les comprendre, sinon par le biais des sciences humaines, car, après tout, l'informatique est un outil utilisé par des humains. Au coeur des sciences humaines, il y a des idées et des comportements. Et il y a les gens. Les sciences humaines permettent de lire et de contextualiser le comportement d'une société.»
L'apparition de réseaux de recherche fait aussi partie de l'évolution des sciences humaines. «Nous sommes vraiment dans un village global. Le débat scientifique a dépassé les frontières géopolitiques traditionnelles. On voit apparaître des réseaux de recherche internationaux ainsi que de nouveaux instruments, comme les grappes de recherche. De plus, le débat s'est déplacé des questions purement locales à des questions de nature internationale. Ainsi, il n'est plus question de solutions mur à mur, mais de solutions tenant compte des particularités d'un contexte.»
De nos jours, les sciences humaines peuvent aborder divers sujets et proposer des pistes que l'on n'aurait jamais crues possibles il n'y a pas si longtemps. Par exemple, l'apport de la littérature dans le domaine de la santé. «Une recherche a démontré que la lecture de certains romans et contes pouvait être bénéfique pour des personnes en période de convalescence. Ce projet a permis la mise en place d'un traitement biomédical, à base de lecture, supervisé par une spécialiste en littérature.»
Un nouveau plan stratégique
En 2005, le CRSH s'est doté d'un plan stratégique couvrant la période de 2006 à 2011. Ce plan vise trois objectifs: accroître la qualité, favoriser les liens et accentuer l'impact. «En premier, il faut maximiser l'argent que nous avons. Comme on peut soutenir seulement un projet de recherche sur cinq, il faut donc miser sur la qualité et cibler l'excellence.» De plus, le CRSH a choisi de faire davantage appel à des chercheurs étrangers pour l'évaluation des projets, afin que les projets soient de calibre international. «Les chercheurs canadiens doivent être présents sur la scène internationale.»
Les liens ne se limitent pas au seul réseautage des chercheurs en sciences humaines. «Il faut s'ouvrir davantage et ne plus travailler en vase clos.» Le CRSH encourage donc les chercheurs en sciences humaines à travailler de concert avec les chercheurs de disciplines scientifiques ou technologiques. De plus, le CRSH entend favoriser le renforcement des liens entre les chercheurs et la communauté. «Par exemple, les chercheurs socio-économiques, lorsqu'ils se penchent sur le problème de la pauvreté, devraient travailler avec les organismes communautaires de lutte contre la pauvreté.» Le transfert des connaissances doit aussi changer d'approche. «Auparavant, le transfert de la connaissance se faisait de l'université vers la communauté. Mais aujourd'hui on doit aussi s'informer et s'inspirer de la communauté. C'est pourquoi je préfère parler de mobilisation de la connaissance plutôt que de transfert.»
Évidemment, le CRSH soutient la valorisation de la recherche en sciences humaines, mais son plan stratégique lui permet d'aller plus loin et de poser la question de l'impact de la recherche en sciences sociales sur la société. «Le défi consiste à mesurer cet impact. Il n'est pas linéaire, il est souvent complexe et les retombées positives sont souvent inattendues.» Le CRSH tiendra un atelier sur le sujet lors du Congrès des sciences humaines à Vancouver et il entend soutenir des projets de recherche sur cette question.
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Une réception soulignera le 30e anniversaire du CRSH à la Vancouver Art Gallery, le mercredi 5 juin, de 18h30 à 20h30.
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Collaborateur du Devoir
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