Grogne mondiale contre le prix du pétrole

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Édition du jeudi 29 mai 2008

Mots clés : pétrole, Manifestation et émeute, Énergie, Union européenne (UE), France (pays)

La classe politique cherche des solutions ; De nombreuses grèves sont annoncées en Europe

De jeunes agriculteurs ont manifesté hier leur mécontentement sur les routes de France.

Photo: Agence France-Presse

Paris -- L'envolée vertigineuse des prix de l'essence a incité hier des milliers de manifestants un peu partout au monde à exprimer une colère qui ressemble de plus en plus à un mouvement de fond. De nombreuses grèves sont prévues pour les prochains jours, alors que la classe politique cherche des solutions.

Hier, des agriculteurs, des routiers et des pêcheurs européens ont tous exprimé leur ras-le-bol devant une situation qui semble hors de contrôle. En France, les forces de l'ordre ont dû charger des agriculteurs qui bloquaient le dépôt pétrolier de Frontignan. Des agriculteurs ont également manifesté dans le nord de la Bretagne, à Lille, à Toulouse et à Montpellier.

Le mouvement des marins-pêcheurs français a aussi marqué le pas. Le travail a certes repris dans le premier port français en tonnage, Boulogne-sur-Mer, mais les pêcheurs ont poursuivi de nombreuses actions coup-de-poing ailleurs au pays.

Dans l'ouest, ils ont installé des barrages filtrants et déversé trois tonnes de poisson sur la chaussée. À Perpignan, une cinquantaine de marins-pêcheurs se sont emparés des produits de la mer d'une grande surface pour les donner aux passants.

Les pêcheurs ont été rejoints par des ambulanciers qui ont mené une opération escargot pour réclamer un carburant moins cher. Près de Toulouse, des agriculteurs ont bloqué un dépôt de carburant.

La colère des pêcheurs a autrement continué à s'étendre en Europe, notamment en Espagne où plusieurs ports catalans sont touchés et où a été lancé un appel à une «grève illimitée» à partir de demain. Les pêcheurs portugais devaient également se mettre en grève illimitée demain, et les pêcheurs italiens envisageaient de faire de même.

En Bulgarie, environ 150 camions ont défilé sur le boulevard circulaire de Sofia, demandant au gouvernement la «maîtrise de la hausse spéculative du prix du diesel». Les sociétés de transport d'autobus ont menacé pour leur part d'arrêter durant une heure le transport des passagers demain.

Aux Pays-Bas, les deux premières organisations de transporteurs ont appelé les routiers à manifester leur mécontentement en klaxonnant à des heures précises. Des panneaux seront aussi disposés près d'endroits très fréquentés. Ils proclameront que «la coupe est pleine, le réservoir est vide». Le syndicat de patrons routiers espagnols Fenadismer, minoritaire, a appelé à une grève illimitée à partir du 8 juin.

En Autriche, le gouvernement a annoncé qu'il allait débourser 60 millions d'euros pour financer une série de mesures pour réduire les frais de transport.

En Indonésie, des étudiants en colère ont tenté sans succès de forcer des barrages policiers pour bloquer le convoi du vice-président Jusuf Kalla, tandis qu'à Surabaya, deuxième plus grande ville du pays, des centaines d'étudiants et de pêcheurs ont bloqué une autoroute et intercepté un camion qui transportait du kérosène. Ils dénonçaient tous une hausse annoncée de 30 % des prix.

L'Indonésie a d'ailleurs annoncé hier qu'elle allait se retirer de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Seul pays d'Asie du Sud-Est membre du cartel qui regroupe 13 pays producteurs, l'Indonésie a vu sa production décliner depuis 1995 et est désormais devenue importatrice nette.

Les cours du pétrole brut, à près de 130 $ le baril hier soir, ont été multipliés par six depuis 2002. Ils avaient franchement reculé mardi et hier sur les marchés financiers, les analystes s'attendant à une baisse de la demande, avant de rebondir.

Politique

Sur le plan politique, pressés par cette grogne internationale, plusieurs pays européens ont appelé à agir pour contrer la hausse des prix du pétrole, mais sans suivre Nicolas Sarkozy et son idée de plafonner la TVA sur les carburants.

«Il s'agit d'un problème mondial d'offre et de demande, pas seulement à court terme mais à moyen et à long terme», a déclaré hier le premier ministre britannique Gordon Brown.

M. Brown, qui participait en Écosse à une réunion de dirigeants de groupes pétroliers, a appelé ceux-ci à faire connaître leurs idées pour accroître l'offre pétrolière alors que les prix du baril s'envolent. Pour agir sur l'offre, la ministre française de l'Économie, Christine Lagarde, a demandé mardi que les pays du G7 saisissent les pays producteurs de pétrole pour obtenir une hausse de la production.

Le ministre portugais de l'Économie, Manuel Pinho, a appelé l'UE à débattre «de toute urgence» de mesures permettant de «minimiser l'impact de la hausse des prix du pétrole», dans une lettre adressée à son homologue slovène, dont le pays préside l'UE.

«Nous avons travaillé dernièrement sur une amélioration de l'efficacité énergétique, la modernisation du système des transports, la création d'un marché unique de l'énergie, une meilleure utilisation des énergies renouvelables et une politique industrielle solide. Autant de bonnes solutions que nous devons mettre en place rapidement», a-t-il souligné.

Plusieurs pays ont par ailleurs demandé des mesures pour les secteurs les plus en difficulté. La France et l'Espagne ont demandé mardi que l'UE verse des aides directes aux pêcheurs européens, tandis qu'hier, le ministre bulgare de l'Économie a indiqué que des mesures européennes visant à alléger la situation des transporteurs routiers étaient à l'étude.

En revanche, les responsables européens se sont déclarés globalement sceptiques sur la proposition lancée mardi par le président français Nicolas Sarkozy de plafonner le prélèvement de la TVA sur les carburants, afin de limiter les effets de la flambée des cours du brut.

Alors que la Commission européenne avait jugé mardi que ce serait un «mauvais signal» aux pays producteurs qui pourraient augmenter encore leurs prix, le commissaire aux affaires économiques, Joaquin Almunia, s'est déclaré favorable hier seulement aux «mesures concrètes et précises pour aider les secteurs les plus faibles».

***

D'après l'Agence France-Presse


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