Concours musical -Nareh, seule au monde

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Christophe Huss
Édition du mercredi 28 mai 2008

Mots clés : Concours musical international de Montréal, Elizabeth Schumann, Sport, Musique, Montréal, Québec (province)

Seconde soirée de la finale du Concours musical international de Montréal. Comme hier, il me semble important de brosser en quelques lignes le portrait des trois concurrents à travers l'image donnée lors des épreuves en solo.

***
FINALE (DEUXIÈME SOIRÉE)
Chopin: Concerto n° 1. Elizabeth Schumann
(26 ans, États-Unis). Rachmaninov: Concerto n° 3. Alexandre Moutouzkine (27 ans, Russie).
Tchaïkovski: Concerto n° 1. Nareh Arghamanyan (19 ans, Arménie). Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, Jean-Marie Zeitouni. Théâtre Maisonneuve, 27 mai 2008. Gala des vainqueurs à Wilfrid-Pelletier, jeudi.
***

La frêle Elizabeth Schumann, en tournée de compétitions depuis 2001, était de passage à Montréal ces deux dernières semaines. C'est une charmeuse-née, qui a mis dans sa poche beaucoup d'observateurs et, visiblement, des membres du jury qui lui ont notamment pardonné un gros trou de mémoire en demi-finale (suivi de quelques dérapages digitaux majeurs) et, plus encore, ses poses de grande interprète inspirée - ah, que j'ai pu haïr ce simulacre de profondeur dans les Scènes d'enfants de Schumann...

Comme les six candidats, en fait, Schumann a été fidèle à elle-même, égrenant de manière scolaire un chapelet de notes déliées, sans accent, sans puissance, sans couleurs, dans un idiome pseudo-ressenti à l'eau de rose. Ce 1er Concerto de Chopin était à la musique ce qu'un roman de gare est à la littérature. On peut espérer que le trou de mémoire qu'elle s'est une nouvelle fois permise, évitera au jury d'ajouter la honte à l'aveuglement.

Moutouzkine est le virtuose russe type, de ceux qui prouvent dans Bach, Beethoven ou Ravel qu'en Russie (et ailleurs) on enseigne la technique, mais pas l'esthétique ou le goût -- et, au passage, que dans ce jury, on a valorisé la technique au détriment de la vraie musicalité. Là aussi, il a livré la marchandise et dès le début: pas de nuances, donc pas de phrasé, pas de respiration. Il a joué le 3e de Rachmaninov avec son esbroufe habituelle, accélérant soudain comme un damné à cinq minutes de la fin. Comme Saratovski et Takada, ce mécanicien digital n'a aucune palette sonore et les passages lents et calmes sont inhabités.

Une artiste incomparable

Nareh Arghamanyan est la magicienne qu'on a déjà décrite: celle qui peut vous faire venir les larmes en un phrasé sorti du ciel. On la voyait dans Chopin ou dans Beethoven. Comme Daneshpour, sa seule alter ego de ces finales, elle a choisi le 1er Concerto de Tchaïkovski et elle a pris de gros risques. La tension l'a fait un peu déraper dans le premier volet et elle a pris le contrôle à partir du second mouvement, joué vraiment andantino semplice. Elle y marque sa différence et la justesse de sa musicalité. Dans l'épreuve du concerto, elle n'a cependant pas creusé l'écart avec Sara Daneshpour et je serais bien en peine de dire que j'y préfère vraiment l'Arménienne, car le son de l'Américaine est un peu plus puissant. Mais la magie et la justesse ses prestations en solo devraient lui permettre de l'emporter.

Un mot tout de même sur l'accompagnement, qui, les deux soirs, a été à la limite du honteux. Le Métropolitain laboure-t-il tellement le répertoire symphonique que désire apprendre Yannick Nézet-Séguin qu'il ne sait plus accompagner un concerto? Ou est-il devenu l'instrument d'un seul chef, incapable de jouer le répertoire de concert sous d'autres baguettes? Le constat est, en tout cas, inquiétant, et les candidats se sont tous battus à des degrés divers contre cette véritable incurie. De son côté, Radio-Canada peut jeter ses bandes de finale à la poubelle plutôt que d'espérer pouvoir les exporter.

Quant au verdict, vous le trouverez ci-dessous, tel que communiqué par la direction du concours après rédaction de ce compte-rendu. Si les deux premiers noms ne sont pas Daneshpour et Arghamanyan, il y a de quoi crier au scandale. Normalement le Japonais Takada, devrait rafler le bronze.

Classement final: Premier Prix: Nareh Arghamanyan. Second Prix ex-æquo: Masaaka Takada et Alexandre Moutouzkine.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com
  Publicité - Un produit ou un service ?