Affaire Jeanson - Plusieurs athlètes éclaboussés
Mots clés : EPO, Geneviève Jeanson, Dr Maurice Duquette, Dopage, Justice, Québec (province)

Photo: Patrick Sanfaçon
Outre Geneviève Jeanson, qui avait révélé cet automne à Radio-Canada avoir pris de l'EPO durant toute sa carrière -- initiée en cela par le Dr Duquette --, le médecin menacé de radiation comptait plusieurs autres athlètes dans sa clientèle.
Selon la preuve déposée par le syndic, Maurice Duquette aurait donc eu des contacts avec des entraîneurs du Canadien et des Alouettes ainsi qu'avec certains joueurs à qui il offrait de protéger leur «valeur marchande». Il conseillait ces joueurs sur les moyens d'améliorer leurs performances, mais son projet serait tombé à l'eau parce que les joueurs en question ont été échangés. Aucun nom n'a été dévoilé.
En outre, le Dr Duquette aurait été impliqué dans le suivi médical d'un cycliste sept fois médaillé sur le circuit international. Finalement, il échangeait, semble-t-il, de l'information sur ses expériences avec des collègues médecins européens.
Il n'est pas dit que M. Duquette a prescrit de l'EPO (érythropoïétine) à tout un chacun, loin de là. Il offrait vraisemblablement des conseils. Mais le témoignage d'une autre cycliste -- celle qui a la première dénoncé les agissements du Dr Duquette, mais qui ne peut être nommée -- a permis d'apprendre hier que le Dr Duquette se montrait un chaud partisan de l'administration d'EPO.
L'EPO favorise le transport de l'oxygène aux muscles en augmentant le nombre de globules rouges dans le sang, ce qui permet de soutenir un effort intense plus longtemps, plus rapidement et de récupérer beaucoup plus vite.
La cycliste a indiqué qu'elle était allée voir le Dr Duquette pour obtenir des conseils visant à améliorer ses performances, notamment en utilisant une tente hypoxique (qui permet de recréer les conditions d'entraînement en altitude). Elle désirait un suivi médical complet: le Dr Duquette lui aurait plutôt vanté les mérites de l'EPO en tentant de la convaincre d'en prendre.
Il aurait aussi affirmé que ça fonctionnait avec Geneviève Jeanson, qu'elle pouvait apprendre à esquiver les contrôles, qu'il n'y avait pas de danger pour sa santé et que l'argent n'était pas un problème. La cycliste a eu l'impression que le docteur cherchait des cobayes dans différents sports afin de partager ensuite ses «découvertes» avec des collègues.
Sanction
L'affaire Duquette -- à la base de la saga Jeanson -- traîne depuis 2001. La cycliste qui a témoigné hier avait alors signalé à la Fédération québécoise des sports cyclistes les méthodes douteuses de Maurice Duquette. La Fédération avait passé le dossier au Collège des médecins.
Après avoir mené enquête, le comité de discipline du Collège a déposé en 2003 quatorze chefs d'accusation contre le Dr Duquette, soupçonné d'avoir prescrit et administré de manière inappropriée de l'EPO à diverses personnes. Parmi celles-ci se trouvait Geneviève Jeanson, pour qui les problèmes ont déboulé à partir de ce moment.
Le Dr Duquette avait tout d'abord avoué sa culpabilité sur les 14 chefs, mais il s'était immédiatement rétracté. Il craignait notamment une poursuite au civil de la part du clan Jeanson, qui avait demandé une ordonnance de non-publication de son nom dans cette histoire.
Ainsi, pendant quelques jours, le Québec savait qu'une «cycliste de haut niveau» était impliquée dans le réseau Duquette, mais personne ne pouvait la nommer. Geneviève Jeanson s'était finalement dévoilée elle-même en niant avec force avoir «jamais touché» à de l'EPO.
Pour diverses raisons, le Comité de discipline a accepté que M. Duquette retire son plaidoyer de culpabilité concernant Geneviève Jeanson. Cette décision a toutefois été invalidée par toutes les instances depuis. Le syndic du Collège a porté l'affaire devant le Tribunal des professions, qui a renversé la décision du comité et décidé que M. Duquette demeurait coupable, puisque ses aveux avaient été faits en toute connaissance de cause. La Cour supérieure et la Cour d'appel ont ensuite confirmé cette interprétation.
Après ces nombreux rebondissements, c'est donc un retour à la case départ cette semaine pour le syndic du Collège et le Dr Duquette, qui procèdent enfin aux représentations sur sanctions pour les 14 chefs d'accusation datant de 2003. Les deux parties s'étaient déjà entendues sur une radiation temporaire de quatre mois et la limitation de certaines pratiques médicales.
Les audiences se poursuivent ce matin à Montréal.
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