Temps durs pour l'industrie du film à Montréal
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Pas de tournage américain en vue cet été
C'est le calme plat à la Cité du cinéma, dont les studios bourdonnent normalement d'activité à cette date. Aucun tournage américain n'est prévu pour les prochains mois dans la métropole. Refroidis par la menace d'une grève des acteurs américains, tous les projets de tournage majeurs ont été reportés ou carrément annulés. L'été s'annonce plus que tranquilleAlors qu'on tourne normalement de sept à dix productions américaines majeures chaque été au Québec, une seule équipe de tournage s'est pointée depuis le début du printemps, celle de The Last Templar, une série télévisée inspirée du bouquin de Raymond Khoury, avec Mira Sorvino et Scott Riley, dont le tournage s'est terminé le 20 mai.
Temps dur pour Montréal
Si les beaux jours sonnent d'ordinaire le retour des flottilles de roulottes et des panneaux orange de stationnement dans les rues de la métropole, ça risque de ne pas être le cas cette année, selon le Bureau du cinéma de Montréal (BCM), qui confirme que la hausse du huard combinée aux négociations ardues entre les syndicats d'acteurs et les producteurs de Hollywood tiennent tout le milieu en haleine. «Ces négociations vont retarder les tournages et bloquer les ententes. C'est clair qu'il y a beaucoup de décisions qui sont retardées en ce moment», a expliqué au Devoir Daniel Bissonnette, commissaire au Bureau du cinéma de Montréal. Le BCM a dans ses cartons des dizaines de scénarios à l'étude, mais rien qui se confirme.
Heureusement, une demi-douzaine de longs métrages locaux ont déployé leurs équipes dans les rues et les studios de la métropole, mais ces productions de plus petite ampleur ne génèrent pas autant de retombées économiques.
«Nos studios sont normalement occupés à 65 % à ce moment-ci de l'année, et là, nous n'avons des réservations que pour quatre studios sur 18. Mais heureusement, le milieu du cinéma québécois est très actif et c'est notre priorité de bien les servir», affirme Michel Trudel.
Les raisins de la colère
Amorcées le 15 avril dernier, les négociations pour le renouvellement d'un contrat de travail entre l'influente Screen Actors Guild (SAG) et l'Alliance of Motion Picture and Television Producers (AMPTP) n'augurent rien de bon. Après dix-huit jours de négociations, les parties ont rompu les discussions la semaine dernière. Si le désaccord persiste, une nouvelle grève, après celle des scénaristes de l'hiver dernier, pourrait paralyser Hollywood.
Le désaccord tourne essentiellement autour des droits que réclame le syndicat américain des acteurs sur les extraits de films et de télévision diffusés dans les nouveaux médias, notamment sur Internet et les téléphones cellulaires. Les acteurs veulent aussi obtenir un droit de refus concernant le placement de produits dans certains films. Malgré ces mésententes, un retour aux tables de négociations est prévu le 28 mai.
Dans ce contexte, les décisions sont reportées et les tournages, retardés tant que la situation ne sera pas éclaircie, affirme Daniel Bissonnette.
«Je suis convaincu que la situation actuelle ne donne pas un portrait juste de ce que sera l'été. Les choses vont sûrement débloquer un peu plus tard dans la saison et des tournages s'amorcer en septembre», espère M. Bissonnette, franchement plus optimiste que Michel Trudel.
«S'il y a une entente d'ici le 1er juin, on pourrait amorcer quelques tournages en septembre. Mais si ça se prolonge, il sera trop tard pour construire des décors et préparer des plateaux pour l'automne», croit pour sa part Michel Trudel.
Les syndicats d'acteurs et les producteurs ont jusqu'au 30 juin pour s'entendre, après quoi les premiers auront le droit légal de faire la grève. Mais Hollywood peut-il vraiment absorber une deuxième grève en six mois? Les acteurs semblent miser sur la crainte des producteurs d'essuyer de nouvelles pertes pour durcir le ton.
Go West young man
Deux films américains majeurs ont échappé à Montréal ces derniers mois: Fanstactic Voyage, un remake de l'épopée futuriste à travers le corps humain réalisée en 1966 par Richard Fleischer, ainsi que 2012, le nouveau film-apocalypse du réalisateur de The Day After, Rolland Emmerich, une mégaproduction de 200 millions qui s'est plutôt installée à Vancouver.
Deux décisions qui démontrent que, grève ou pas, Vancouver demeure à bien des égards la destination chérie des producteurs hollywoodiens. «C'est certain que Vancouver a des avantages que nous ne pourrons jamais concurrencer, comme la proximité et l'absence de décalage horaire. Les réalisateurs aiment bien pouvoir rentrer chez eux la fin de semaine», concède Daniel Bissonnette. Par contre, pour des films historiques, Montréal l'emporte pour ce qui est de la diversité et de la richesse culturelle des lieux de tournage, dit-il. Mais quand il est question de films de science-fiction, ces considérations ne pèsent pas lourd dans la balance des producteurs.
Si l'été s'annonce tranquille, Montréal a en revanche accueilli au cours de l'hiver -- une saison d'ordinaire creuse -- deux productions américaines d'importance, Factory, un film d'horreur réalisé par Morgan O'Neill, et Orphan, un thriller réalisé par Jaume Collet-Serra, pour lequel Leonardo DiCaprio est venu faire un court séjour dans la métropole.
Le cinéma local sauve la mise
Ces jours-ci, plusieurs productions locales ont heureusement monté leurs plateaux extérieurs, notamment Les Doigts croches, réalisé par Ken Scott (scénariste de La Grande Séduction), dans lequel figureront Roy Dupuis et Patrice Robitaille, Tocade et fugue, un film pour enfants produit par Rock Demers et réalisé par Roger Cantin, et Le Déserteur, réalisé par Simon Lavoie. L'équipe de Dédé, à travers les brumes, un film sur Dédé Fortin réalisé par Jean-Philippe Duval, a aussi démarré son tournage, tout comme La Grande Ourse, la clé des possibles, réalisé par Patrice Sauvé. Le tournage des Grandes Chaleurs, un film de Sophie Lorain mettant en vedette Marie-Thérèse Fortin, débutera pour sa part la semaine prochaine.
Les tournages de nombreuses séries télévisées, dont les troisièmes saisons des émissions C.A., Les Hauts et les Bas de Sophie Paquin, Tout sur moi et Taxi 22, sont déjà en route ou sur le point d'être amorcés, de même que les deuxièmes saisons des Soeurs Elliott, de Destinées et de Lance et compte: le grand duel.
Pour dynamiser une industrie lourdement affectée par la montée fulgurante du huard, le gouvernement du Québec a multiplié les mesures fiscales fort avantageuses pour les producteurs américains. Des crédits d'impôt équivalant au quart des salaires versés à des résidants du Québec ont été instaurés. La ristourne peut même atteindre 45 % pour la main-d'oeuvre liée aux effets spéciaux numériques ou pour les tournages réalisés devant un écran chromatique (chrome key). Avec l'incitatif fiscal de 16 % accordé par le fédéral, les crédits totaux d'impôt peuvent s'élever à près de 54 % des coûts de main-d'oeuvre.
Mais pour l'instant, le sort de la saison de tournage cinématographique se jouera d'ici le début de juin et repose tout entier entre les mains des syndicats d'acteurs, qui ont jusqu'au 30 juin pour s'entendre avec l'AMPTP.
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Juste un Responsable - par Yoland Gingras
Le vendredi 23 mai 2008 17:00

