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L'incroyable dérive identitaire

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jacques noel
Envoyé Le mercredi 21 mai 2008 07:00



C'est immanquable, à chaque fois que quelqu'un rentre dans la maison, au lieu de faire visiter, d'expliquer l'architecture et les fondations, pour finalement intégrer et assimiler la descendance comme chez tout peuple normalement constitué, on se cache sous la table pour réapparaître dans une pièce plus petite, sous un autre vocable. Comme si on était rien. Des deux de piques. Une tribu de croque-morts, de la neige jusqu'aux oreilles. Mortelle randonnée chez les Tremblay d'Amérique.

C'est ainsi qu'on est passé de la Nouvelle-France (le plus grand pays du monde au 18e siècle) au Canada, au Canada français, au Québec, au Québec francophone ; de Français à Canadiens, à Canadiens français, à Québécois, à Québécois francophones pour aboutir dans le hangar à l'iconoclaste "Québécois francophones de vieille souche". A cinq mots, ce n'est plus une identité, c'est du Elvis Gratton. Un acte de contrition. Une peau de chagrin. Un refus d'être.

Après avoir endormi l'élite à gogo avec "la nouvelle réalité montréalaise et l'ouverture sur le monde", on nous a imposé ce ridicule "Québécois francophones de vieille souche" pendant que notre label "Québécois" s'est retrouvé distillé parmi tous ceux qui habitent le territoire. Comme si c'était raciste d'avoir un nom ! Comme si les Sikhs de Glasgow et les Jamaïcains d'Édimbourg étaient Écossais. Et les Écossais, réfugiés sous la table du pub, le kilt sous le bras : "Écossais gaéliques de vieille souche" !

Le Québec se relève d'une incroyable dérive de 25 années où il a intégré, inconsciemment, tout le discours culpabilisant de la Gazette et de CTV des années 80. On lui a tellement martelé que "le Québec aux Québécois" était un chant nazi qu'il a fini par le croire ! Et il a tellement capoté avec le nettoyage ethnique en Bosnie et au Kosovo, qu'il a fini par croire que Hochelaga rimait avec Srebrenica.

Pendant le dernier quart de siècle, on a caché l'identité nationale comme si c'était une tare honteuse, pour épouser le nationalisme civique, un cul-de-sac qui mène dans le mur puisqu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais de retour d'ascenseur. Les "eux" qui ont quitté la misère du sud pour le paradis canadien de la Charte Trudeau ne se joindront jamais au "nous" québécois alors qu'ils sont comme des poissons dans l'eau dans le WE canadian, un peuple sans identité nationale. Un bar ouvert où on ne force pas trop la consommation de la Canadian...

Les immigrants ne se joignent pas plus aux Basques ou aux Catalans. On naît québécois comme on naît basque ou catalan : on ne le devient pas ! Prétendre le contraire c'est parler la langue de bois, prendre des vessies pour des lanternes.

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