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Les PPP et le «Paraître»
Le Québec s'était donné avec l'Hydro un formidable outil de développement bien de chez nous. Nos rivières et lacs sont des richesses renouvelables. René Levesque nous avait permis de les exploiter pour le bien de tous plutôt que de les laisser aux mains de quelques puissants. Grâce aux gouvernements successifs, à Robert Bourassa en particulier, nous possédons actuellement un réseau d'une grande fiabilité, surtout depuis que le niveau de nos lacs a cessé de nous inquiéter. Nous possédons aussi de grands espaces où les vents s'amusent à faire chanter nos forêts la nuit. Les voilà, ces forces gratuites de la nature, mises à contribution depuis quelques années pour augmenter notre potentiel hydroélectrique non polluant. Pour le meilleur ? Oh que non ! Voilà que l'entreprise privée, avec ses gros sous et son manque flagrant d'éthique sociale, est en train de semer à tous vents de ces moulins «donquichotesques» dans des cours privées pour le profit du promoteur d'abord, du propriétaire du terrain ensuite, des Américains enfin. Le bien commun québécois n'intervient qu'en quatrième lieu dans cette quadrature du cercle mal ficelé par nos responsables gouvernementaux.
Et le «Paraître» alors ! Je ne sais si la prédiction de Malraux va se réaliser dans ce siècle, à savoir qu'il serait religieux, spirituel disent certains. Mais ce que je vois, c'est une frénésie déboulonnée de paraître, quel que soit la valeur du contenu mis de l'avant. Si vous avez pu, Monsieur Courtemanche, mieux voir le phénomène en nous regardant de loin, je peux vous assurer que cette tendance n'est pas nouvelle chez nous. On n'a qu'à penser à la téléréalité, aux démonstrations politiques de plus en plus burlesques, au manque d'intérêt de nos jeunes pour des lectures de fond, pour se demander comment les véritables enjeux humains pourront encore trouver une place au soleil dans ce brouhaha des plus pétaradants. Le phénomène a pris dans nos sociétés une envergure telle que certains politiciens comme Stéphane Dion par exemple se sont enfoncés dans le ridicule en essayant de faire «à la mode». Denise Bombardier à propos du 400e de Québec parle de ««pipolisation» en marche dans nos démocraties émotionnelles.»
La recherche de la vérité perd du terrain dans tous les domaines. Pour exemple, je ne retiendrai ici que deux extraits tirés l'un de la Presse électronique, l'autre du journal Le Devoir de ce samedi. Pierre Foglia a bien raison de ne pas laisser les émotions l'emporter sur la vérité quand il souligne qu'un athlète comme Oscar Pistorius a beau faire touchant en courant très vite le 400 mètres avec ses jambes bioniques installées quand il était bébé, la beauté du spectacle ne doit pas nous empêcher de voir le désavantage évident pour tous les autres athlètes qui courent sur leurs propres jambes. Et, dans Le Devoir, Louis-Gilles Francoeur dénonce à propos de la méga entreprise Monsanto « le tabou qui entoure l'à-plat-ventrisme, sinon la vénalité des scientifiques, des institutions et des politiciens qui se prêtent souvent aux manipulations et aux collusions. » Justement à propos des scientifiques, je déplore moi-même le théâtre qu'est devenue la défense de l'environnement. Présentement la cause défendue par un Gore, un Reeves, un Suzuki ou un Guilbault possède un énorme capital de sympathies, principalement à cause de la personnalité vendeuse de chacun de ces chantres de l'effet néfaste des gaz à effet de serre. Or de plus en plus de scientifique trouvent que ces environnementalistes font les coins ronds quand il s'agit de faire des liens entre le gaz carbonique causé par les activités humaines et les changements climatiques. Je ne suis pas encore certain si ces scientifiques sceptiques ont raison. Mais une chose est certaine, on ne leur donne aucune tribune officielle et ils doivent essayer de répandre leur conviction par des messages sur Internet. Ils n'ont pas l'aura d'un Gore ou d'un Reeves. Toujours le paraître avant le fond ! Il y a bien une trentaine d'années que je déplore cette dérive vers le paraître. Je trouvais même que les journaux écrits cédaient à la mode de l'annonce frappante d'une nouvelle découverte, mais sans la situer dans l'ensemble de la recherche scientifique. Je dois reconnaître les grands progrès réalisés par les journalistes dans ce domaine. Mais comme les medias visuels sont beaucoup plus fréquentés maintenant que les livres et médias écrits, nous assistons à une surenchère du clinquant et du «m'as-tu vu ?»
Jusqu'où ira cette dérive vers le théâtre au détriment du fond ? Les signes ne sont pas nombreux, qui annonceraient pour bientôt un changement de cap. Peut-être le 21e siècle sera-t-il à la fois spirituel et visuel ? Tout compte fait, je préférerais qu'il soit d'abord le siècle de la recherche honnête de la vérité. Personne ne la détient, la vérité. Mais ce serait déjà « un grand pas pour l'humanité » si au moins les scientifiques ne se laissaient pas embrigader.
