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Du rôle des médias

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Gabriel RACLE
Envoyé Le samedi 17 mai 2008 10:00



Il ne faudrait pas que passe inaperçue, noyée dans son texte, une petite phrase de Denise Bombardier, car elle ouvre la porte à un débat qui mériterait un traitement en profondeur. Voici la petite phrase : « Quand on aura compris que le pouvoir médiatique dont les conséquences sont la «starisation» de la vie publique l'emporte de plus en plus sur la vie politique, on n'en arrivera pas à la conclusion que Michaëlle Jean a supplanté Jean Charest. » Le débat devrait porter sur le rôle des médias dans la vie publique, politique ou autre.

Que les médias aient besoin de stars, c'est un fait bien connu, qui a donné essor à une véritable profession, celle des paparazzi, et à des journaux et magazines spécialisées dans le genre. Mais il est vrai aussi que les médias « sérieux » ont besoin d'une cible médiatique, pour la propulser vers les sommets ou pour la décrier à tout bout de champ. Ils servent ainsi de caisse de résonnance à des faits ou des incidents qui, sans eux, passeraient inaperçus ou disparaitraient rapidement à l'horizon.

Le cas cité de M. Jean en est un exemple. On peut se demander si le cas des relations amoureuses du ministre des Affaires étrangères n'en est pas un autre. Certes, l'opposition en a fait son cheval de bataille à la Chambre des communes en pensant ou en voulant nous faire croire que la belle de l'histoire était un cheval de Troie. Mais sans le retentissement donné à cette affaire par les médias qui ont flairé une histoire sulfureuse, en serait-il encore question aujourd'hui? Et pourquoi ne pas renverser les rôles et se demander si la belle en question n'était pas un cheval de Troie dans le milieu. Vu la dangerosité du sujet, on ne le saura jamais. Et il est plus percutant de parler d'un ministre.

En fait, un cas comme l'autre s'inscrivent dans le sensationnalisme au sens large, qui est la « matière première » actuelle des médias de par le monde. Et le sensationnel peut revêtir toutes les formes, y compris l'horreur. L'affaire Fritzl, ce père autrichien qui a séquestré sa fille dans une cave pendant 24 ans, l'a violée et en a eu sept enfants dont l'un est mort en est un bel exemple récent, quand on voit l'importance médiatique accordée à cette affaire. Quasiment tous les journaux du monde en ont parlé, souvent à la une, avec des titres accrocheurs comportant souvent les mots viol, inceste, séquestration, quelle que soit la langue du journal, de nombreux bulletins d'information télévisés ont ouvert leur page avec cette histoire, et nombre de médias ont continué d'entretenir leurs lecteurs avec des détails nouveaux, des photos, des impressions. Des journalistes achetaient des blouses blanches pour tenter de s'introduire dans l'hôpital où se trouvaient avec leur mère les enfants sortis de la cave et qui n'avaient jamais vus le jour, afin de réaliser quelques photos. D'autres grimaient aux arbres des alentours. On ne pur que constater une véritable surmédiatisation de cette sordide histoire.

En France, l'annonce des révélations du violeur et tueur en série Fourniret avait attiré devant le palais de justice une foule de journalistes de la presse écrite et télévisuelle, et des titres accrocheurs comme celui-ci : « Une succession de détails sordides ». Ou aloès, dans d'autres cas, on nous montre, à l'occasion de tel ou tel événement, des personnes en larmes, comme si l'étalage du chagrin des gens était une nécessité médiatique. Il serait facile de multiplier les exemples de sensationnalisme de ce genre et il faudrait les analyser en détail, ce qu'il n'est pas possible de faire ici. Mais une question se pose.

Pourquoi un tel étalage? Faut-il blâmer les médias? Mais plutôt, ne répondent-ils pas à une « demande » du public? Par exemple, n'existerait-il pas dans nos sociétés «évoluées» une fascination pour l'horreur, d'autant plus grande que l'horreur est plus forte. Il suffit de parcourir les pages des journaux, et avec Internet rien de plus facile, pour se rendre compte du nombre d'affaires glauques qui s'y trouvent, meurtres, viols, enlèvements, agressions, accidents, etc. On peut d'ailleurs se demander si, dans bien des cas, ce ne sont pas les malfrats qui utilisent pour leur gloriole personnelle cette accentuation médiatique.

Nos sociétés «évoluées» ont--elles besoin d'une telle couverture médiatique de l'horreur pour sortir d'une certaine léthargie, d'un assoupissement que la satisfaction quotidienne de leur situation événementielle finit par laisser indifférente? Notre quotidien a-t-il besoin de se nourrir de tant de perversités? On peut se poser la question, en songeant aussi au succès de films d'horreur, de jeux vidéo ou de bandes dessinées.

Et l'on peut se poser des questions identiques à propos de la « starisation » dont parle Denise Bombardier. Ne répond-elle pas à un besoin de se trouver des idoles, comme autrefois les saints des églises, les princesses ou actuellement les gourous en tout genre? Qui sait?

Par ailleurs, la diffusion ultra rapide de l'information crée une véritable concurrence médiatique, avec les abus qu'elle comporte : l'exagération des faits ou leur inexactitude, comme l'affaire Pascal Sevran en Frame, dont la station radio Europe 1 avait annoncé le décès, alors qu'il était toujours en vie. Le cas a eu un grand retentissement dans ce pays, mais c'est loin d'être la seule fausse information causée par la concurrence, le besoin d'être le premier à annoncer un événement.

Ces quelques allusionna suscitées par la réflexion de Denise Bombardier (qui pourrait bien consacrer tout un article à cette question) ne font que mentionner des points qui mériteraient une réflexion plus approfondie dans le cadre d'une étude plus poussée sur le rôle des médias dans nos sociétés et sur les répercussions qu'ils peuvent avoir en créant un besoin ou en y répondant, et avec quelles conséquences.

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