Revue de presse - Quand rien n'est simple
Mots clés : Stéphane Dion, Média, Parti politique, Canada (Pays)
Le chat est sorti du sac, mais on cherche encore à en connaître la couleur. C'est un peu comme le projet de taxe sur le carbone du chef libéral Stéphane Dion. Tout le monde en parle, mais personne n'est au fait des détails. Ça viendra, ça viendra, répète-t-on. Mais en attendant, ses détracteurs s'en donnent à coeur joie, imposant leur vision négative du projet, alors que ses supporteurs ont bien peu à se mettre sous la dent.
L'imprécision qui entoure le projet libéral a visiblement irrité Lorrie Goldstein, chroniqueur au Toronto Sun. S'il devait se fier aux nombreuses fuites sur le sujet, dit-il, il devrait conclure que cette taxe ne serait pas fiscalement neutre pour chaque contribuable. Goldstein multiplie les questions pointues pour démontrer la nécessité pour le chef libéral de mettre cartes sur table le plus rapidement possible.
Le Kingston Whig-Standard, lui, a pris la défense de Dion. Il rappelle la décision du gouvernement Campbell, en Colombie-Britannique, d'imposer une taxe sur le carbone, laquelle entrera en vigueur le 1er juillet. Le Whig présume que Stéphane Dion envisage une solution similaire, ce qu'il approuve, mais il convient que le prix actuel de l'essence rend cette proposition «politiquement risquée» en campagne électorale. Il n'est pas surpris des attaques conservatrices mais note qu'«au moins, Dion essaie d'élaborer un programme en matière d'environnement alors que les conservateurs semblent avoir abandonné la cause environnementale».
Conservateurs dans la mire
L'actualité internationale des dernières semaines, que ce soit en Chine, en Birmanie ou aux Nations unies, a aussi eu pour effet d'attirer l'attention sur la politique étrangère du gouvernement Harper. Et ce que constate James Travers, du Toronto Star, c'est que le Canada est en train de perdre de sa pertinence sur la scène internationale. Selon Travers, les événements récents montrent que, contrairement à ce que semblent croire les conservateurs, l'influence ne se mesure pas seulement en force de frappe. «La pertinence d'un pays doté d'une armée davantage respectée pour son professionnalisme que pour la peur qu'elle inspire se mesure au degré d'influence diplomatique que ce pays exerce. Mesurée à cette aune, celle du Canada recule.»
De l'avis de Travers, cela peut s'expliquer par la manie du gouvernement de soumettre la politique étrangère à des exigences de politique intérieure au détriment de la défense des intérêts du pays. «La pertinence demande davantage qu'une force militaire disposée et capable de faire sa part. Cela exige un personnel diplomatique mené par un ministre qui n'est pas source d'embarras et une vision du monde qui n'est pas limitée par la politique partisane.»
Le Globe and Mail lui fait écho. Bien qu'il apprécie qu'on redonne du muscle aux forces armées, il soutient lui aussi que faire du Canada un joueur respecté dans l'arène internationale exige aussi une action diplomatique solide. Or la nouvelle voulant que le Canada hésite à se porter candidat, en 2010, pour un siège au Conseil de sécurité des Nations unies signale un recul, dit le Globe. «Malgré les déclarations fortes de M. Harper en 2006, il semble de moins en moins enclin à pousser avec vigueur pour apporter une présence canadienne forte sur la scène internationale.»
Entre la vie et la mort
Que faire quand un enfant malade décide, avec l'approbation de son père, de refuser des traitements qui ont une chance sur deux de lui sauver la vie? Le cas d'un petit Ontarien de onze ans, atteint d'alcoolisme foetal et ayant un âge mental de huit ans, sème l'émoi en Ontario. Atteint de leucémie à un tout jeune âge, le garçon, dont l'identité est protégée, avait connu une rémission à la suite de longs et douloureux traitements de chimiothérapie. Malheureusement pour lui, son cancer est réapparu. Selon les médecins, des traitements agressifs de chimiothérapie pourraient lui sauver la vie. Après quelques traitements, le garçon n'a plus voulu continuer et a préféré, avec l'appui de son père, sa mère étant décédée, ne prendre que des produits naturels et d'accepter son sort. La Société d'aide à l'enfance (SAE) de Hamilton est intervenue, avec l'accord d'un juge, et a obtenu la charge de l'enfant qui, lors d'une visite à l'hôpital, a été retenu sur place pour y subir les traitements en question.
Malgré leur sympathie manifestée pour le garçon et sa famille, tous les journaux ont approuvé l'action des autorités, que ce soit le Toronto Star, le Hamilton Spectator ou le Globe and Mail. Le Spectator trouve triste qu'il ait fallu l'intervention de l'organisme, mais il estime «irréaliste d'attendre d'un enfant de 11 ans, peu importe son niveau de développement intellectuel, qu'il saisisse toutes les conséquences de son refus d'un traitement capable de lui sauver la vie. Tout mettre en oeuvre pour sauver la vie de l'enfant était la chose à faire et nous ne nous attendions à rien de moins de notre Société d'aide à l'enfance».
Le Globe and Mail va dans le même sens, mais sur un ton beaucoup plus catégorique. «Les enfants qui se meurent d'un cancer n'ont pas et ne devraient pas avoir le droit de rejeter un traitement médical pouvant potentiellement leur sauver la vie», écrit-il. Un adulte a la maturité nécessaire pour comprendre les conséquences, pas un enfant. «Ce serait dénaturé les choses que de mettre les droits des enfants sur un piédestal au point de permettre qu'un enfant de 11 ans puisse subir des torts, voire mourir, pour quelque chose qu'il ne comprend pas.»
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mcornellier@ledevoir.com
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