Vu de loin

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Gil Courtemanche
Édition du samedi 17 et du dimanche 18 mai 2008

Mots clés : Obama, Langue, Québec (province), États-Unis (pays)

La Haye -- Un proverbe africain dit que l'étranger voit parfois mieux les choses que celui qui les vit. Quand je regarde ces jours-ci ce qui se passe sur le continent nord-américain, je me sens un peu comme l'étranger qui parvient à voir la forêt plutôt que l'arbre.

Je me rends compte avec stupéfaction qu'on accepte sans trop regimber que le gouvernement Charest donne à des millionnaires des millions, des milliards qui auraient pu profiter aux régions. Je parle ici de l'énergie éolienne, qui aurait pu lancer le développement des régions, leur donner une forme d'autonomie. Vue d'ici, cette décision semble encore plus aberrante, scandaleuse. Un cadeau à des riches, qui n'ont pas besoin de cadeaux, alors que dans les régions concernées existait une volonté collective de s'approprier et de développer cette richesse commune. De près, j'aurais tenté de trouver des nuances et des explications; de loin, je vois bien que le gouvernement Charest a choisi le capitalisme gratuit. Le capitalisme gratuit, c'est le droit de faire des millions avec une ressource qui aurait pu profiter à l'État ou à la collectivité, ce qui ici, en Europe, est la même chose. De loin, je me rends surtout compte que ce cadeau aux riches va en bonne partie à l'EDF, l'Hydro-Québec français. Nous donnons donc à une entreprise publique étrangère la possibilité de donner à ses clients des rabais à partir des profits réalisés ici. On admettra que c'est un curieux paradoxe.

Vus de loin, Stéphane Dion et le Parti libéral semblent encore plus pusillanimes, plus ridicules et plus fous qu'ils ne nous le paraissent chez nous. Ici, cet avachissement permanent, ce refus d'exister comme parti, ce refus du risque de l'engagement politique, cette négation permanente de ses principes, feraient disparaître le chef et le parti. Chez nous, cela semble de plus en plus normal et acceptable.

Pis. Dans la nuit de mardi à mercredi, la semaine dernière, je suivais les résultats des primaires en Indiana et en Caroline du Nord. J'ai longtemps couvert la politique américaine. Ses moeurs, ses mécanismes et ses habitudes me sont familiers. Parallèlement, je regardais un débat français sur la faim dans le monde dans le cadre de la crise alimentaire. Politiciens, journalistes, spécialistes. Les idées fusaient, les principes s'affrontaient, les idées s'exprimaient.

Sur CNN, journalistes, politiciens et spécialistes commentaient la victoire retentissante d'Obama en Caroline et le petit gain de Mme Clinton en Indiana. Malgré la victoire d'Obama, les commentaires étaient unanimes: le jeune sénateur de l'Illinois est trop intellectuel, il devrait emprunter au discours de Hillary Clinton, être plus près des gens ordinaires. On ne parlait que de l'image et de l'impression, jamais des idées ou des principes que défendent ces deux candidats. L'analyse était particulièrement fine. Obama fait mieux avec les jeunes. Clinton réussit chez les cols bleus pauvres et sans instruction. Comment faire en sorte qu'Obama puisse rejoindre cette catégorie, cette clientèle d'électeurs qui lui échappe pour le moment? Il aurait aussi des problèmes avec les catholiques, avec les plombiers blancs qui sont racistes et les homosexuels qui possèdent des Harley Davidson.

Pas un mot durant quatre heures sur la direction que proposent les deux candidats, sinon pour dire que les sondages révèlent que, sur l'économie, Clinton possède un avantage auprès des démocrates conservateurs et qu'Obama, donc, devrait infléchir son discours pour séduire cette portion de l'électorat.

De près, on a l'impression qu'un profond débat se déroule. De loin, d'un endroit où les idées existent encore, on découvre que la politique américaine n'est devenue qu'une lutte publicitaire entre Best Buy et Bureau en gros. On vend les mêmes produits, mais les rabais sont différents selon les jours. La politique du plus puissant pays du monde est une campagne de publicité permanente qui oppose des individus et jamais des idées, des projets, des principes. Nous sommes dans le royaume du cliché.

Chez nous, pour paraître un candidat favorable aux familles, il faut parler congé parental, allocations familiales, places en garderie, tout cela dans le même discours. Aux USA d'Elvis Gratton (il a raison), le candidat se contente de dire qu'il croit aux valeurs familiales et qu'il refuse que la famille disparaisse. Si un candidat est perçu comme antiguerre, comme Obama, il doit proclamer qu'il ne mettra pas en danger la sécurité du pays. Si on le soupçonne d'être libéral, il raconte son «rêve américain». Si on lui demande s'il est progressiste, il répond qu'il croit aux valeurs américaines qui sont la démocratie, la justice et... non, pas l'égalité. Cela ne se dit pas.

Mercredi, Hillary Clinton, qui a perdu mais refuse de le reconnaître, a prononcé un discours qui illustre bien la caractéristique fondamentale de la politique américaine: le marché et les clientèles. Pas un mot sur les différences d'orientation entre elle et le sénateur de l'Illinois, pas un mot sur le projet pour les citoyens américains. «Je suis celle qui peut gagner [...] je gagne chez les catholiques, chez les personnes âgées qui votent plus que les jeunes [...] je gagne chez les agriculteurs qui votent démocrate [...] chez les ouvriers pauvres.»

Barak Obama a aussi compris le jeu. Durant son discours après la victoire, il s'est couché dans l'American dream, dont il est un enfant, il a parlé des familles, il a évoqué son patriotisme et, pour ne pas laisser les catholiques ou les fondamentalistes en reste, il a terminé en disant «God bless America», ce qu'il ne disait jamais avant. Obama rentre dans le moule Wal-Mart de la politique américaine.

Pis encore, vu de loin. Je me demande pourquoi le Parti libéral ne fusionne pas avec le Parti conservateur puisqu'ils sont d'accord sur tout. Vu de loin, Stéphane Dion est un Schtroumpf.

***

Collaborateur du Devoir


Vos réactions


Vue de chez moi, cà va... - par Benoît Gagnon (alcidedu9@yahoo.fr)
Le lundi 19 mai 2008 01:00

M. Charest un collabo, M. Dion un valet du roi et les politiciens américains aux primaires des agents glads. - par Jacques Morissette
Le dimanche 18 mai 2008 10:00

Choses qu'il faut dire et sur lesquelles il faut réfléchir. - par Élodie Gagné (gagnee@videotron.ca)
Le dimanche 18 mai 2008 08:00

C'est la télé... - par Monique Désy Proulx
Le samedi 17 mai 2008 18:00

Le scandale du vent - par Raymond Saint-Arnaud
Le samedi 17 mai 2008 12:00

Grosse bille de bois dans l'oeil d'étranger - par Francois Munyabagisha (fmunyabagisha@hotmail.com)
Le samedi 17 mai 2008 11:00

Les PPP et le «Paraître» - par Jean-Pierre Audet (jean.pierre.audet@videotron.ca)
Le samedi 17 mai 2008 11:00

Bien dit ! - par william morris
Le samedi 17 mai 2008 09:00

Victoire du mensonge - par nicole ouellet
Le samedi 17 mai 2008 09:00

LE VOTE ETHNIQUE AU SUD - par jacques noel
Le samedi 17 mai 2008 08:00

La nullité, le néant...intellectuel - par Marie Mance Vallée
Le samedi 17 mai 2008 07:00

Profitables ? - par Philip Merrigan
Le samedi 17 mai 2008 05:00

La peur des idées, la liberté d'expression, la démocratie - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le samedi 17 mai 2008 05:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com
  Publicité - Un produit ou un service ?