Japon - Ces images du monde flottant

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Carolyne Parent
Édition du samedi 17 et du dimanche 18 mai 2008

Mots clés : Katsushika Hokusai, Ota Memorial Museum of Art, Musée, Japon (pays)

La Vague, une des estampes les plus célèbres de la série «Trente-six vues du mont Fuji», signée Katsushika Hokusai.

Tokyo -- Il se fait bien discret, ce petit musée qui a pignon sur rue tranquille, à l'ombre des magasins chic d'Omotesando, les Champs-Élysées de la capitale japonaise.

De fait, le banal édifice de briques brunes qui l'abrite n'attire pas davantage l'attention que son nom, Ota Memorial Museum of Art. Et pourtant, son contenu mériterait tambour et trompette, du moins pour qui s'intéresse aux ukiyo-e, ces «images du monde flottant».

Consacré à l'art de l'estampe japonaise, il présente des oeuvres acquises par un avide collectionneur, Seizo Ota, désireux de les conserver au pays pour la postérité. Il faut savoir que vers le milieu du XIXe siècle, on s'arrachait ces images, tant en Europe qu'aux États-Unis. On appela même «japonisme» l'influence de cet art sur les peintres occidentaux, dont les impressionnistes.

Bref, leur popularité était telle que 50 ans plus tard, il était quasi impossible d'en admirer au Japon les chefs-d'oeuvre. C'est à la lumière de ce constat que M. Ota entreprit sa collection, le travail d'une vie, qui rassemble 12 000 images de grands maîtres tels Utamaro, Hokusai et Hiroshige.

Comme des mangas

L'origine de ces estampes réalisées à partir de gravures sur bois remonte au début de l'époque Edo (1600-1868), apprend-on au musée. Il s'agissait alors d'une forme d'art populaire bon marché, destinée à la masse et qui captait dans le détail des scènes de la vie quotidienne. Si leur valeur esthétique est indéniable, leur importance à titre d'«instantanés» de leur temps l'est tout autant.

En mars dernier, par exemple, c'était les oeuvres de Katsushika Hokusai (1760-1849) qui étaient à l'honneur.

Bien connu pour ses Trente-six vues du mont Fuji, ce «fou de dessin» -- tel était son pseudonyme -- immortalisa également des courtisanes, des acteurs de kabuki, des marchands de poisson, tout comme une dégustation de saké le jour du Nouvel An 1799 et des femmes s'affairant à écraser des moustiques!

Le dessin est délicat, les bleu, vert, jaune et rose saumoné sont encore vifs, l'expressivité des sujets évoque les mangas, les bandes dessinées japonaises contemporaines.

Compte tenu de l'importance du fonds muséal, les expositions se succèdent sur une base mensuelle. Il faut dire aussi que les plus vieux ukiyo-e, réalisés à l'aide de pigments végétaux, ne peuvent souffrir d'être exposés trop longtemps à la lumière, même celle, tamisée, du musée.

Voilà, la visite est terminée. Dehors, c'est Harajuku, fief branché d'une jeunesse éphémère qui y parade ses élucubrations vestimentaires tout aussi périssables. Nous happe alors un autre «monde flottant», qui n'échappe pas aux mangakas (dessinateurs) d'aujourd'hui. Ah, si Utamaro, Hokusai et Hiroshige voyaient ça...

- www.ukiyoe-ota-muse.jp/english.html, www.jnto.go.jp/canada.

***

Collaboratrice du Devoir


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