Rigolo XIV, royal!

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Christophe Huss
Édition du vendredi 16 mai 2008

Mots clés : Haydn, Steven Isserlis, Les Violons du Roy, Musique, Montréal

Les Violons du Roy accueillaient Steven Isserlis, violoncelliste anglais, qui n'est pas un instrumentiste concertant par excellence, mais fait le spectacle à lui tout seul. S'il n'était pas un grand musicien, qui distille des sons d'une finesse rare, on se moquerait de lui.

Steven Isserlis est du genre pénétré par la musique, sorte de réincarnation avec violoncelle de Gérard Lenormand chantant, illuminé, «il parle aux oiseaux, au soleil et aux forêts». Même look, même regard halluciné. Mais il apprécie, l'accompagnement, se retournant parfois vers les cors et le clavecin en souriant. Honneur insigne, il regarde même Labadie au début des mouvements lents!

Dans son genre, et dans ce contexte il mérite le titre de Rigolo XIV. Mais tout ce show, au fond, accroche le public et le fait participer, lui fait sentir les enjeux de la musique. Il y a beaucoup de félinité dans ce jeu, même si je crois l'attitude trop romantique pour un dialogue avec les Violons du Roy, qui s'allieraient mieux à Müller-Schott, Coppey ou Queyras.

L'accompagnement (héroïque en la circonstance) est lui aussi d'une grande richesse dans les contrastes. Il en a déjà été ainsi dans la Symphonie n° 44, l'un des plus beaux symboles du mouvement Sturm und Drang, style magnifiquement illustré dans le dernier mouvement, interprété à la perfection par Labadie et sa troupe. Je suis par ailleurs en totale communion d'esprit avec le style, le sens du phrasé et des nuances du chef.

À ce propos on ne peut que s'étonner d'avoir vu Pollack remplie aux deux-tiers. La série des concerts des Violons du Roy à Montréal devrait remplir au moins le Théâtre Maisonneuve. Il n'y a strictement aucune raison que les Violons n'aient pas au moins autant d'abonnés que Arion ou I Musici car le niveau moyen de leurs concerts est indéniablement supérieur.

***

Les Violons du Roy

Haydn: Les 2 Concertos pour violoncelle, Symphonie n° 44. Steven Isserlis (violoncelle), dir. Bernard Labadie. Salle Pollack, jeudi 15 mai 2008.


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