Opinion

Lettres - Quel anniversaire?

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Hervé Anctil, Québec, le 14 mai 2008

Édition du vendredi 16 mai 2008

Mots clés : Québec (ville), Festival et fête, Municipalité, Québec (ville)

M. le maire, que fêtons-nous exactement? Un flou persiste quant à l'objet précis des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec. Or le flou et l'ambiguïté donnent toujours lieu à des dérapages, à des interprétations erronées, à des calculs politiques et... à des gros mots. Au lieu de nous traiter de tous les noms, essayons plutôt de préciser les choses afin que nous puissions mettre tout notre coeur à la fête, que nous soyons fédéralistes, souverainistes, autonomistes ou autres «istes».

Nous célébrons la ville de Québec, soit. Tout le monde s'entend là-dessus. Mais il ne s'agit pas d'un simple anniversaire qui se limite aux frontières ou à l'histoire de la ville. Si c'était cela, il n'y aurait certainement pas lieu d'organiser d'aussi grandes célébrations, auxquelles plusieurs gouvernements participent, y compris celui de la France. Que célébrons-nous donc?

Nous célébrons le fait français en Amérique du Nord. Faut-il le rappeler, Québec est le premier établissement permanent français du continent. C'est à partir de Québec que la Nouvelle-France s'est déployée, de l'île d'Orléans jusqu'à la Louisiane, de l'Acadie jusqu'à la rivière Rouge, au Manitoba. Avec le temps, cette présence française s'est ramifiée en trois communautés: les Canadiens (dits Canayens, soit, en gros, les Québécois d'aujourd'hui, les Franco-Canadiens des provinces anglophones et les Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre), les Acadiens et les Cayens (Louisiane). L'histoire s'est poursuivie et le «fait français» a pris un autre visage. Aujourd'hui, on ne parle plus guère le français en Louisiane ni en Nouvelle-Angleterre. Pendant ce temps, le Québec est devenu une véritable nation, l'Acadie s'est affirmée et les communautés francophones des provinces anglaises du Canada sont encore bien vivantes (bien que le rythme d'assimilation soit effarant à mesure qu'on s'éloigne du Québec). Aujourd'hui, le Québec est encore le foyer principal du fait français en Amérique et la ville de Québec en est la capitale. Les fêtes du 400e de Québec célèbrent à la fois le passé (la mémoire, l'histoire) et le présent (le fait français tel qu'il est aujourd'hui).
En clair, nous ne célébrons ni l’anniversaire du Canada ni l’anniversaire de l’Amérique, pas plus que celui du Québec au sens strict. Tous les «Français d’Amérique» sont partie prenante aux festivités (et tous leurs amis sont naturellement bienvenus). Bref, c’est notre fête à tous! Maintenant, le fait que la ville de Québec et le Québec tout entier soient au centre des célébrations, cela va de soi: encore plus qu’hier, le Québec est le centre névralgique du fait français et la seule «communauté-nation» qui se soit donné un État. Pour l’avenir, le Québec et sa capitale doivent, encore davantage qu’hier, constituer le moteur de la francophonie d’ici. Quel statut politique le Québec doit-il se donner pour remplir ce rôle? Ça, c’est une autre histoire. Oui, M. le maire Labeaume, nous en débattrons après les fêtes du 400e. Mais si vous ne précisez pas à tout le monde ce que nous fêtons, il se peut qu’il y ait encore des chicanes et des gros mots...


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