Vitrine du disque
Mots clés : Schumann, Resilience, Afterparty Babies, Musique, Québec (province)
Hip-hop - Afterparty Babies, Cadence Weapon, Upper Class - EMI - La voix monotone du rappeur d'Edmonton Cadence Weapon sert toujours aussi bien la confiance à demi sarcastique que celui-ci affiche une nouvelle fois sur son deuxième album, Afterparty Babies. Fils du pionnier du hip-hop d'Edmonton Teddy Pemberton (qui fut l'hôte de la mythique émission de radio The Black Experience In Sound dans la capitale albertaine), Cadence Weapon délaisse les rythmes abrasifs influencés par le grime et retrouve une musique plus accessible qui emprunte à la techno et aux synthétiseurs électro. Volontairement répétitive, cette musique de fête jongle avec les sons intempestifs qui, à l'instar de ses paroles, finissent par être beaucoup plus complexes qu'il n'y paraît au premier abord. Le rappeur critique la société, l'emprise de la technologie sur les relations humaines et l'obsession pour la célébrité. Le jeune artiste assume du même coup les contradictions que cela provoque dans sa vie, évoquant par exemple cette rencontre avec une fille qu'il a connue sur Internet et faisant de nombreuses références à la culture populaire. Cette franchise absolue ouvre ainsi une porte sur l'être et ses tourments. Cette ouverture est justement ce qui rend ce disque intéressant, jouant à la fois sur la contre-culture et sur les réalités sociales et populaires de la vie moderne. - Étienne Côté-Paluck
Nous vous avons déjà vanté à plusieurs reprises l'instinct d'Éric Le Sage dans l'interprétation de la musique pour piano de Schumann. Les grands interprètes de ce répertoire sont rares et Le Sage possède cette subtile alliance de liberté et de rigueur nécessaire pour rendre justice aux élans de cette musique. Un des cas les plus ardus est la Première Sonate, qui nécessite une maîtrise des tumultes et une préservation de la cohérence très délicate dans les premier et quatrième mouvements, qui se développent chacun au-delà de dix minutes. Dès l'attaque du premier volet, on comprend que Le Sage y rejoint les plus grands et même le plus grand: Emil Guilels. Cette impression d'intimité profonde avec les partitions ne nous lâche pas, même dans les Bunte Blätter (Feuillets épars), dont les six derniers épisodes ont chacun une personnalité différente et forte. Dans les Études symphoniques, qui concluent ce grand album, Le Sage diffère du surprenant Alberto Nosè par son choix d'inclure les variations posthumes juste avant la fin, alors que Nosè les plaçait au milieu. - Christophe Huss
Monde - Resilience, Annabelle Chvostek, MQGV
Pour cette Torontoise d'origine, Montréal avait des allures de bohème. Elle y est déménagée et y vit toujours. Toutefois, avec sa musique roots plurielle, elle serait sans doute à l'aise partout de Nashville à Winnipeg, port d'attache des Waillin' Jennys, un groupe féminin avec lequel elle a chanté pendant deux ans. Avec sa musique, elle confond les générations, surfant aussi bien sur le monde du folk pop et de la chanson très légèrement mâtinée d'électro que sur celui du country de Nashville ou de la complainte sociale. Elle peut reculer plus loin dans le temps lorsqu'elle sort son violon plaintif. Le blues des hillbillies se pointe alors. Elle accompagne elle-même son chant de guitare, de mandoline, de violon et de piano Fender Rhodes, des instruments qui permettent d'élaborer sur le thème de la résilience sous toutes ses coutures: le chagrin d'amour, la discrimination sociale et le colonialisme y sont abordés. Avec sa voix douce, l'atmosphère de sérénité des chansons se prête parfaitement au thème. On pourra le constater le dimanche 18 mai à la Sala Rossa alors qu'elle révélera ses accents langoureux, ses montées dramatiques et même quelques battements plus sautillants à l'occasion. - Yves Bernard
Jazz - Melody Gardot, Worrisome Heart, Verve
Melody Gardot est venue à la musique par accident, au sens propre du terme. En effet, c'est clouée sur un lit d'hôpital que cette chanteuse américaine a composé une bonne partie de son premier album. Frappée par une voiture à 19 ans, Gardot en a gardé de lourdes séquelles. À 23 ans, elle marche ainsi avec une canne, a des trous de mémoire et porte en permanence des verres fumés protecteurs. Mais comme on sait que les médias aiment ce genre d'histoire de rédemption par la musique, celle de Gardot n'a pas manqué de faire grand bruit: son album cartonne depuis sa sortie, la chanteuse sera du FIJM et à Montreux cet été, et... Et c'est plutôt mérité. Car derrière le phénomène médiatique, il y a du talent et une voix pure capable d'une belle sensibilité (Love Me Like A River Does révèle du Nina Simone dans la manière), à défaut de posséder beaucoup de grain. Gardot fait du jazz comme en font Norah Jones ou Madeleine Peyroux: cadre pop, tendances folk, mâtinage de jazz et de blues. Au final? Un album honnête, prometteur et confortable mais qui ne provoque aucun choc. - Guillaume Bourgault-Côté
Chanson - Mi, Ours, Source Etc - Fusion III
Cela s'entend dans les mélodies qui tournent en rond, dans le timbre tout doux, jusque dans l'émoi de l'amoureux de Nina, eh oui, Ours est bel et bien le cadet Souchon. Charles de son p'tit nom. Remarquez, tout là-dessus n'est pas aussi génétiquement marqué: on note un goût distinct pour les syncopes funky, le reggae avec les copains, les harmoniques à l'africaine, les arpèges jazzy façon Jonasz (oncle Michel!). Une propension à l'allitération, aussi, lui est singulière. Ours vient de papa ours, mais il y a un petit moment qu'il est sorti de la tanière familiale. Ce premier album en parle d'ailleurs un peu beaucoup: Il était temps, Révèle, La Maison de mes parents narrent et commentent diversement le passage de l'ado à l'adulte, des «années canapé / Où mal accordée / Ma guitare s'emmerdait» jusqu'à l'épanouissement: «Ça y est, j'ai un métier / Plus besoin d'expliquer.» Tout ça est dit fort joliment, du ton tendre et joueur d'un nounours qui ne ferait pas mal à une mouche. Manière Souchon, quoi, version peluche libre: aux Francos, Ours ne sera pas en cage. - Sylvain Cormier
Chanson - Mademoiselle, Berry, Mercury-Universal-DEP
Berry, qui s'appelle Élise Pottier au civil -- mère-grand habite le Berry, voilà tout --, est une autre de ces comédiennes qui chantent. Comédienne de théâtre, dans son cas: elle a notamment joué Henriette dans une version célébrée des Femmes savantes de Molière. La chanson lui est venue en chantonnant: un été et quelques copains (surtout Manou le jazzman) ont suffi pour qu'un répertoire fleurisse. Un copain de copain a suffi pour alerter Mercury. Et ce premier disque suffit pour qu'on s'entiche de mademoiselle. Disque au charme infiniment naturel, à la séduction jamais forcée, à la douceur non feinte. Elle est comme ça, Berry. Elle chante doucement. Telle Jeanne Moreau en son temps pour Jules et Jim. On pense à Jane aussi (celle de Serge) et à Carla (celle de Nicolas 1er). Son sourire sur le recto de la pochette est dans sa voix quand elle chante, et ses chansons, même les mélancoliques (Belle comme tout), les douloureuses (Plus loin) et les fâchées (Enfant de salaud), en sont ensoleillées. Car chez Berry, c'est le bonheur qui l'emporte. Même quand elle chante qu'il n'existe pas. - Sylvain Cormier
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