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D'une catastrophe à une autre

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Gabriel RACLE
Envoyé Le jeudi 15 mai 2008 09:00



Les catastrophes naturelles qui viennent de frapper à quelques jours d'intervalle la Birmanie (ou Myanmar) et la Chine devraient inciter à une réflexion mondiale, donc dans le cadre de l'ONU, sur ce sujet. On ne peut oublier le tsunami de décembre 2004, qui faisait suite à un séisme catastrophique au Cachemire, à des pluies dévastatrices en Amérique centrale, et depuis il y en a eu d'autres en Amérique du Sud, et à une succession d'ouragans aux États-Unis, qui sont affectés présentement par des tornades d'une fréquence sans précédent.

Il y a tout lieu de penser que ces catastrophes en chaîne continueront de faire la une de l'actualité, quelle que soit la cause de celles-ci. Et il est de plus en plus évident que le plus grand nombre de pays sont incapables de faire face seuls au désastre qui s'en suit. Une aide de la communauté internationale toute entière s'avère ainsi nécessaire.

Deux cas de figure se présentent malheureusement, celui des pays qui font appel à cette aide internationale et celui, plus rare heureusement, d'un pays qui la refuse ou la détourne pour des raisons politiques, comme c'est actuellement le cas au Myanmar. Pour faire face à ces situations, qui touchent la communauté internationale, il faut reconnaître que l'ONU est plutôt désarmée. Et pour ce qui est du Myanmar, il est curieux, pour ne pas dire navrant, de voir Edward Luck, le conseiller spécial du Secrétaire général Ban Ki-moon, polémiquer avec la France et tenir même des propos arrogants au sujet de l'interprétation du concept de «responsabilité de protéger» mis en avant par le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.

Que, dans la version finale du texte adopté par l'ONU en 2005, ne se trouve pas la possibilité évoquée par la Commission internationale de l'intervention et de la souveraineté des États, qui, dans son rapport de 2001 évoquait la possibilité d'une intervention de la communauté internationale au cas où, confronté à une «catastrophe naturelle ou environnementale, l'État concerné refuserait, ou serait incapable, de faire face, ou de demander de l'aide, et où un nombre significatif de vies seraient perdues ou menacées», cela ne change rien au fond du problème.

En faisant allusion à ce rapport pour justifier sa position, M. Kouchner ne fait que mettre au jour un problème réel, auquel peut-être l'ONU n'avait pas porté grande attention à l'époque, le cas ne s'étant pas présenté. La situation actuelle au Myanmar, tout autant que la possibilité évoquée dans ce rapport et par le ministre français des Affaires étrangères devraient plutôt amener le conseiller Luck à constater un vide dans les dispositions de l'ONU concernant les catastrophes naturelles et à étudier la possibilité d'y remédier.

Et devant ces faits, il est navrant de constater que le Canada n'a qu'une position bien timide, d'autant que ce fameux rapport est dû à une initiative canadienne. Et de plis, comme l'actuel gouvernement a tendance à s'aligner sur la position des États-Unis, il ne peut manquer de remarquer que la position étatsuniemme est proche de l'interventionnisme nécessaire dans ce genre de situation.

Quant au cas des pays qui demandent une aide internationale, un cas qui ne manquera pas de se reproduire, le Canada a l'occasion de faire preuve d'initiative, comme l'avait fait Leaster B. Pearson, alors secrétaire d'État aux Affaires extérieures, en proposant la création de casques bleus. Il s'agirait maintenant de proposer la création d'une force d'intervention de Casques rouges qui pourraient intervenir rapidement sur les lieux d'une catastrophe. Je me suis déjà expliqué en détail sur cette question dans un article intitulé «Pourquoi pas des casques rouges», paru dans le journal Le Droit du 18 octobre 2005, auquel je ne peux que remvoyer.

Dans ces deux domaines, «une interprétation extensive, et non littérale», du texte de l'ONU, «car ce que vivent les Birmans peut s'assimiler à un crime de masse», puisque «les gens ne meurent plus du simple fait d'une catastrophe naturelle mais d'un non-accès de l'aide résultant de décisions politiques» de la junte, comme l'exprime le ministère français des Affaires étrangères, et la création d'une force de Casques rouges, le Canada devrait se montrer actif et dynamique auprès des instances de l'ONU, pour faire progresser ces deux questions, puisqu'il peut se baser sur ses propres initiatives antérieures. Il est inutile d'attendre d'autres catastrophes pour agir, car celles-ci n'attendront pas.

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