61e Festival de Cannes - Blindness manque d'éblouir
Mots clés : Julianne Moore, Blindness, Festival de Cannes, Festival et fête, Cinéma, France (pays)

Photo: Agence Reuters
«Le film est une allégorie sur la fragilité de notre civilisation», soutenait hier Fernando Meirelles au cours d'une conférence de presse plutôt souriante et polie. «Nous nous pensons forts et sophistiqués alors que, sous nos pieds, nous patinons sur une glace mince. Il suffit qu'un événement de cette nature survienne pour que tout dérape. En relisant le roman, j'y redécouvrais à chaque fois des couche de sens et des implications philosophiques, psychologiques et politiques.»
Julianne Moore, formidable en «voyante sauvée» qui se fait passer pour une aveugle afin de demeurer auprès de son mari (Mark Ruffalo), nous fait traverser sur le fil, les yeux quasi bandés, ce film au carrefour du réalisme et de la poésie, dans lequel Meirelles fait alterner avec beaucoup d'intelligence les points de vue objectif et subjectif, le handicap des personnages venant constamment tromper le spectateur. Les images surexposées, le montage haché et le son bidouillé induisent par ailleurs dans la salle le même sentiment d'égarement et d'impuissance que celui que ressentent les personnages.
Et tout particulièrement celui de Julianne Moore, femme-paradoxe qui, au début du film, est invisible au regard des autres, au sens figuré. Peu à peu, elle se met à vraiment exister pour autrui lorsqu'elle leur devient invisible, au sens littéral. «Quelqu'un disait récemment que les films ne prédisent pas, ils reflètent», affirmait hier l'inoubliable actrice des Heures et de Loin du paradis en réponse à une question sur sa participation à un autre film d'anticipation apocalyptique, le génial Children Of Men. «Je pense que nous sommes le reflet des pensées et des angoisses de la culture de laquelle nous sommes issus», a-t-elle dit, réjouie d'avoir participé à une coproduction internationale de cette envergure (Brésil, Japon, Canada) qui, dans son équipe entière, ne compte que deux Américains: «Nous vivons dans un monde de plus en plus globalisé et je pense que l'avenir du cinéma passe par la coproduction. Je suis heureuse, en tout cas, de pouvoir être de la partie.»
De ses deux compatriotes, Mark Ruffalo et Danny Glover, seul ce dernier, qui campe dans le film un borgne vaguement prophète et narrateur impromptu, était présent hier. Son discours sur notre difficulté, en tant que civilisation, de regarder le monde dans les yeux a mis la presse à ses pieds et rejoint le propos du film, qui dénonce nos sociétés aveugles en tentant d'inspirer le devoir de regarder. S'il m'a plu, ce film n'est cependant pas parfait. On sent ici et là la construction, l'effort, la sueur. Le scénario de McKellar fleure parfois l'exposé alors que sa mécanique dramaturgique s'enraye à mi-parcours. Cela étant, celle-ci reprend toute sa puissance au dernier acte.
Quiconque a vu la superbe installation vidéographique que Denis Marleau avait montée au MAC à partir des Aveugles, texte somptueux de Maurice Maeterlinck, en recouvrera le souvenir devant Blindness. Le film en évoque aussi plusieurs autres, dont Lord Of The Flies, quoique Don McKellar, qui a porté ce projet depuis sa genèse jusqu'à l'écran, où il campe un voleur sans foi ni loi, s'est avant tout laissé inspirer par les actualités.
«Quand j'ai lu le roman pour la première fois, je me suis dit qu'il faisait la synthèse des catastrophes du XXe siècle. Après avoir commencé l'écriture, d'autres catastrophes sont survenues, telles l'épidémie du SRAS à Toronto, le tsunami en Asie et l'ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans. Ces événements m'ont permis de me rendre compte que l'allégorie au centre du roman sera toujours actuelle, peu importe le moment où le film se fera.» Il s'est fait, il est là, il verra la lumière de nos projecteurs en octobre.
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Collaborateur du Devoir
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