Enfants soldats et cannibalisme sont évoqués au procès de Charles Taylor

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AFP
Édition du jeudi 15 mai 2008

Mots clés : cannibalisme, Charles Taylor, Enfants soldats, Justice, Liberia (pays)

La Haye -- L'ancien vice-président libérien, Moses Blah, a évoqué hier au procès de Charles Taylor certaines des pages les plus noires de la guerre civile en Sierra Leone, décrivant des troupes de petits garçons et le cannibalisme auquel se livraient des chefs aux ordres de Taylor.

Chargé en 1990 d'enquêter sur les exactions commises par les hommes du Front national patriotique du Liberia (NPFL) de Taylor pour envahir la Sierra Leone voisine, M. Blah témoignait devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) lors du procès pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité de l'ex-président du Liberia.

Nelson Gaye, chef de l'unité de marine et également membre de la garde présidentielle, «avait l'habitude de manger d'autres êtres humains», a ainsi assuré M. Blah. Alors qu'il passait en patrouille dans un de ses campements, M. Blah a constaté qu'il «avait grillé les mains d'un être humain sur un feu, puis l'a mangé avec de la cassave bouillie».

Moses Blah, témoin essentiel dans ce premier procès d'un chef d'État africain devant un tribunal international, a aussi expliqué qu'il avait été responsable de l'entraînement de membres fondateurs du NPFL dans un camp en Libye dans les années 80. Quand Charles Taylor a lancé son attaque contre le Liberia, en 1989, M. Blah devait s'occuper de lui fournir des armes et a raconté avoir alors rencontré le ministre de la Défense du président ivoirien Houphouët Boigny et avoir exécuté cette opération avec son accord tacite.

Selon le témoin, «tout le monde [au NPFL] avait des unités de petits garçons ["small boys units"] à cette époque, on pouvait les voir qui traînaient leur arme derrière eux. Ils étaient aussi jeunes que 15, 14, 13 ans, certains étaient même plus jeunes».

M. Blah, 61 ans, avait été nommé vice-président sous les ordres de Charles Taylor et l'a provisoirement remplacé à la présidence lorsque l'ancien chef de guerre, élu démocratiquement en 1997, a été forcé de s'exiler au Nigeria, en 2003.

Charles Taylor répond de 11 chefs d'accusation de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité pour son rôle dans la guerre civile qui a déchiré la Sierra Leone voisine de 1991 à 2001, faisant 120 000 morts et des milliers de mutilés.


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