Opinion
Pour vivifier la démocratie scolaire
Mots clés : élections scolaires, Michelle Courchesne, Éducation, Commission scolaire, Québec (province)
Le projet de loi 88 déposé mardi par la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, stipule que les présidents des commissions scolaires seront élus au suffrage universel, exactement comme le maire d'une municipalité.
La nouvelle donne est susceptible de changer cela. En effet, si une personne entend se présenter à la présidence de sa commission scolaire, c'est qu'elle a vraisemblablement un programme à offrir aux électeurs. Et si elle veut avoir des chances de le réaliser, elle voudra probablement s'entourer d'une équipe de candidats qui partagent sa vision des choses. Et si elle veut réunir une telle équipe autour d'un programme, elle devra en débattre avec eux et, qui sait, avec des électeurs qui partagent cette même vision.
Et, qui sait encore, d'autres électeurs auront peut-être une vision différente des choses et voudront qu'un autre candidat à la présidence représente leurs aspirations. Bref, on pourra peut-être convenir -- enfin! -- qu'une scrutin est une affaire politique et pas simplement une technique de nomination.
Malheureusement, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) est, pour l'heure, défavorable à cette proposition. Lors de son dernier congrès, où on a débattu de cette hypothèse, ses membres n'ont pas réussi à faire consensus. On craint apparemment que ce système ne donne lieu à des guerres de clans et que «le bien de l'enfant» soit subordonné aux intérêts politiques des groupes.
C'est effectivement un danger. Il n'y a cependant qu'une réponse à cette objection. La démocratie comporte des risques. C'est au nom de ces mêmes dangers qu'en 1962, cette même fédération s'opposait à la création du ministère de l'Éducation: il ne fallait pas politiser l'éducation. Quand des élus refusent de jouer pleinement leur rôle, d'autres exercent le pouvoir à leur place. Jadis, c'était l'Église. Aujourd'hui, les commissaires se fient à leurs technocrates, faute de développer une vision de l'éducation qui leur soit propre.
Par ailleurs, la fédération faisait valoir cette semaine son opposition à l'élargissement du conseil des commissaires à des personnes cooptées par les élus et les commissaires parents. À cet égard, elle a raison car, par définition, des commissaires élus au suffrage universel représentent toute la communauté que la commission scolaire dessert. Au reste, l'analyse que vient de faire la fédération du profil des commissaires élus l'automne dernier montre que 52 % des élus n'ont pas d'enfants d'âge scolaire.
Cela étant, la volonté de la ministre Courchesne de réformer le système électoral par petits bouts est bien difficile à comprendre. Elle annonçait hier que d'autres mesures étaient à l'étude, en particulier la tenue simultanée des élections scolaires et municipales. Mais on sait que le monde municipal s'oppose (pour de mauvaises raisons, au demeurant) à ce changement. Bref, la vraie réforme est à venir.
Dès lors, pourquoi arriver aujourd'hui avec des demi-mesures, comme l'élection des présidents au suffrage universel (refusée au surplus par les premiers intéressés), alors qu'une approche systémique s'impose autour de cette question? Mystère. Peut-être était-ce une façon de dire que le gouvernement tient aux commissions scolaires.
Mais Québec a aussi l'intention de bien les harnacher et de bien harnacher les écoles, comme le révèle le reste du projet de loi. Les États généraux sur l'éducation de 1995-96 et le Conseil supérieur de l'éducation avant ceux-ci avaient insisté sur l'importance de la décentralisation. La réforme de 1998 est allée nettement dans ce sens. Le balancier vient résolument de passer de l'autre côté. [...]

