Le vainqueur fragile

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Serge Truffaut
Édition du mercredi 14 mai 2008

Mots clés : Boris Tadic, élections législatives, Parti démocrate (PD), dirigé par l'actuel président de la Serbie, Boris Tadic, a remporté les élections législatives, Serbie (pays)

Le Parti démocrate (PD), dirigé par l'actuel président de la Serbie, Boris Tadic, a remporté les élections législatives par une marge trop faible pour lui permettre d'appliquer rondement les grandes lignes de son programme pro-européen. On l'aura deviné, le PD est donc condamné à négocier avec plus d'un parti la formation d'une coalition. Au vu de l'éparpillement qui caractérise l'horizon politique du pays, la chose s'annonce très difficile.

En effet, pour que le PD parvienne à ses fins, il n'a d'autre choix que de s'allier avec l'ennemi d'hier, une formation qu'il a renversée au début de la présente décennie. Il s'agit du Parti socialiste (PS). Et alors? Celui-ci est régenté, il n'y a pas d'autre mot, par d'anciens collaborateurs de Slobodan Milosevic, chantre de la Grande-Serbie et maître des basses oeuvres. En un mot, ils étaient et restent nationalistes.

Cela va de soi, ils ont vécu la déclaration d'indépendance du Kosovo comme un traumatisme. Ils ne l'ont pas acceptée. Pire, c'est selon, ils n'entendent pas céder un pouce sur ce terrain très miné qu'occupent des partis d'opposition en mesure de former une majorité parlementaire, si les négociations amorcées à cette fin aboutissent. Bref, le dossier appartient à la catégorie compliqué-complexe. Essayons d'y voir clair.

Les principaux adversaires de Tadic et du PD s'appellent le Parti radical (PR) et le Parti démocratique de Serbie (PDS). Ils se distinguent par un nationalisme exacerbé ainsi que par une europhobie bien trempée. Les Accords de Dayton, les bombardements de l'OTAN en 1999, sans oublier le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), forment, pour ainsi dire, le terreau sur lequel ils s'épanouissent depuis plusieurs années. Sachant les Serbes partagés entre leur désir d'Europe et leur méfiance en raison justement du Kosovo, ces formations ayant le premier ministre Vojislav Kostunica pour chef de file aiguisent à l'extrême le sentiment national.

Selon les échos parvenant de ce pays des Balkans, Kostunica a fait ce qu'a fait Tadic. À savoir approcher le Parti socialiste pour le convaincre de joindre la coalition à la création de laquelle il travaille. Dans son jeu, Kostunica dispose d'une carte maîtresse. Laquelle? Lui et les nostalgiques de Milosevic ont une aversion très marquée pour le TPYI. Alors que Tadic a une position tout à fait contraire. En militant de l'intégration de la Serbie dans l'Union européenne (UE), Tadic a dit et répété qu'il n'était pas question de mettre un terme à la collaboration avec l'UE.

Même si sa formation a fini en tête des législatives, on voit mal comment Tadic atteindra son but. Car outre la carte nationaliste, cet européen convaincu est confronté à un défi économique si énorme que ses répercussions sur la vie politique sont très lourdes. On s'explique. À la faveur des privatisations décidées à l'époque de Milosevic et des années postérieures à son règne, on a assisté à l'émergence d'oligarques serbes faisant la pluie et le beau temps. En fait, la réalité politique de la Serbie est entre leurs mains. Des mains que l'on sait particulièrement corrompues et allergiques à... l'Europe.


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Le mercredi 14 mai 2008 03:00

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