Opinion
Libre opinion - Un regard neuf sur l'université
Mots clés : Éducation, Université, Québec (province)
L'université québécoise subit probablement les pressions les plus fortes de tous les secteurs du système d'éducation au Québec pour accroître sa «productivité». Pas surprenant qu'on observe des pressions à la baisse pour la mettre au diapason d'une économie plus mondialisée. Toutefois, associer un risque d'affaiblissement de la qualité de l'enseignement au grand nombre de chargés de cours est non seulement injuste pour ces professionnels de l'enseignement, qui donnent presque 50 % des cours au premier cycle, cela constitue aussi un raccourci analytique facile et impropre à suggérer des solutions adéquates. C'est pourtant ce que fait le dernier avis du Conseil supérieur de l'éducation.
D'abord, précisons que la qualité de la formation repose sur un nombre considérable de facteurs. L'un d'eux est certes le corps enseignant. Or exclure les milliers de chargés de cours de ce calcul, c'est être aveugle à leur expertise et à leur contribution à l'avancée des universités en matière de scolarisation de la population québécoise, qualifiée de remarquable par le Conseil supérieur de l'éducation!
La qualité du corps enseignant de l'université d'aujourd'hui se distingue par sa diversité, sa complémentarité, son expérience pédagogique et professionnelle et sa capacité de travail en équipe. Elle tient également au souci constant pour le développement pédagogique et pour la mise à jour des connaissances dont témoignent ses membres. Les chargés de cours en sont conscients et s'investissent jour après jour dans l'amélioration de leur enseignement.
En outre, plusieurs sont également actifs en recherche et en création. Ils participent aussi depuis de nombreuses années à l'élaboration et à la révision des programmes ainsi qu'à divers comités pédagogiques et ont des représentants officiels qui siègent aux instances universitaires. Il apparaît donc clairement que les chargés de cours sont beaucoup plus que de simples enseignants à forfait, qu'ils font partie intégrante de la structure des universités et qu'il est essentiel que leur contribution soit reconnue à sa juste valeur. Un acquis à préserver...
Poser un regard neuf sur les universités, ce n'est pas évaluer la performance des établissements à leur capacité de recherche. Il faut plutôt voir dans la valorisation de l'enseignement universitaire le pas essentiel pour faire face aux nouvelles réalités de l'économie du savoir. Les exigences de la qualité sont avant tout sur le plan de la formation et de l'enseignement, qui doivent être valorisés, du moins autant que la mission de recherche. Ces exigences doivent s'articuler à tous les cycles et être orientées dans le sens d'une formation intégrale aux aspects multiples: intellectuel, pratique, méthodologique, professionnel et humaniste.
L'évolution contemporaine des universités n'est pas une réalité propre au Québec. La présence accrue d'enseignants à statut précaire est un phénomène grandissant partout dans le monde, particulièrement en Amérique du Nord, manifestation qui va de pair avec un accès plus grand aux établissements universitaires. Il importe d'assurer à ces professionnels de l'enseignement une participation active à la mission des universités tout en préservant, à l'instar des professeurs réguliers, leur liberté académique. À cet égard, les chargés de cours québécois ont fait montre de leadership en se dotant de protections nécessaires.

