Colombie - Des chefs paramilitaires sont extradés aux États-Unis

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AFP
Édition du mercredi 14 mai 2008

Mots clés : trafic de drogue, Alvaro Uribe, extradition, États-Unis (pays), Colombie (Pays)

Trois des Colombiens extradés hier: Rodrigo Tovar (à gauche), Diego Fernando Murillo (au centre) et Salvatore Mancuso.

Photo: Agence Reuters

Bogotá -- Le président colombien Alvaro Uribe a créé la surprise en extradant hier les principaux chefs paramilitaires vers les États-Unis, où ils sont recherchés pour trafic de drogue, au risque de mettre en péril le processus de démobilisation des groupes armés d'extrême droite.

Treize des plus importants chefs paramilitaires colombiens et le narcotrafiquant Martin Torregrosa ont été extraits de trois prisons et conduits sur la base militaire de Catam, à Bogotá, où des agents de la DEA (services anti-drogue américains) les attendaient sur le tarmac de l'aéroport. Ces Colombiens sont accusés par des tribunaux de Miami et de New York d'avoir introduit aux États-Unis des centaines de kilos de cocaïne. Les plus importants dirigeants de ces milices d'extrême droite font partie des 14 personnes qui ont été extradées, a rapporté le quotidien El Tiempo.

Les avocats des dirigeants paramilitaires ont affirmé n'avoir pas même été informés par les autorités du départ de leurs clients vers les prisons américaines. «Nous sommes atterrés et pensons que le processus de paix avec les paramilitaires n'existe plus en Colombie, car le gouvernement n'a pas respecté sa parole», a déclaré German Naverrete, l'avocat de Ramiro «Cuco» Vanoy.

Le président Alvaro Uribe a justifié ces extraditions dans une allocution télévisée au pays. «La décision a été prise parce que certains [paramilitaires] continuaient à se livrer à la délinquance, que d'autres ne coopéraient pas convenablement avec la justice et que tous ne respectaient pas le cadre de l'indemnisation des victimes en occultant des biens ou en retardant leur remise», a-t-il déclaré.

Bogotá a obtenu l'accord des États-Unis «pour que la Colombie puisse envoyer des représentants aux procès des paramilitaires afin de continuer à rechercher la vérité», a ajouté le chef de l'État.

L'opposition colombienne accuse M. Uribe d'extrader ces responsables paramilitaires pour entraver les enquêtes en cours de la justice sur leurs liens avec les partis politiques, notamment les députés de la majorité présidentielle.

«Le gouvernement envoie aux États-Unis les chefs paramilitaires qui ont conclu des accords avec des politiques», a déclaré l'ancien candidat libéral (opposition) à la présidence Rafael Pardo.

Le 7 mai, Bogotá avait déjà extradé aux États-Unis pour trafic de drogue le plus grand chef paramilitaire Carlos Mario Jimenez, alias «Macaco» (Macaque).

Les responsables de ces milices d'extrême droite, qui comptaient près de 31 000 combattants, avaient tenté en avril 2006 en se démobilisant de bénéficier de la loi Justice et paix, qui stipulait que les paramilitaires qui déposaient volontairement les armes ne pouvaient encourir de peine supérieure à huit ans de prison, quelle que soit la nature de leurs crimes.

Ces groupes ont été formés il y a 30 ans par les grands propriétaires terriens pour se défendre des mouvements de guérilla. Étroitement liés à certains responsables politiques proches pour certains du président Uribe, ils ont commis des massacres de civils, ainsi que des meurtres ciblés d'élus de gauche, de syndicalistes et de journalistes. Pour financer leurs actions, ils ont eu recours régulièrement au trafic de cocaïne.


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