A voir à la télévision le jeudi 15 mai - Cascadeur du septième art

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André Lavoie
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 mai 2008

Mots clés : TV5, Claude Lelouch, on s'aimera, Média, Québec (province), France (pays)

C'est un Claude Lelouch heureux que j'ai rencontré au FFM en août dernier, parlant avec une fierté non dissimulée du film qui scellait enfin sa résurrection, Roman de gare. Or, dans ce portrait télévisé relatant sa carrière tumultueuse et inimitable, le réalisateur d'Un homme et une femme («Tous mes films auraient pu s'appeler ainsi») affiche plutôt la mine de celui qui joue sa dernière carte.

Sur le plateau de ce qui allait devenir un palpitant Roman de gare, Lelouch n'a guère envie de jouer les fanfarons: assassiné par la critique, son plus grand chagrin, et délaissé par son public, le dernier rempart pour assurer sa survie artistique, le cinéaste a choisi de tourner dans l'anonymat le plus complet, prenant le nom d'Hervé Picard. Un stratagème à la Romain Gary/Émile Ajar qui allait le servir de manière admirable. Mais pour le moment, Lelouch l'ignore encore.

C'est donc un cinéaste angoissé, visiblement à l'heure des bilans, et pas seulement comptables, qui évoque son passé de gamin à la Libération, la force tranquille de son père et la passion dévorante de sa mère pour le cinéma (le couple s'est d'ailleurs connu dans une salle obscure). Bien sûr, les circonstances entourant la genèse d'Un homme et une femme sont de nouveau évoquées, avec les images brumeuses de la plage de Deauville en toile de fond. Et les souvenirs «chabadabadiens» sont renforcés par la voix envoûtante de la narratrice, une certaine Anouk Aimée évoquant avec tendresse celui qui allait changer à jamais le cours de sa carrière.

Modèle exceptionnel de persévérance, surtout après la prédiction maléfique des Cahiers du cinéma en 1960 («Claude Lelouch, retenez bien ce nom, vous n'en entendrez plus jamais parler»), le cinéaste continue de vivre, et de filmer, à toute vitesse. Cascadeur du septième art, il n'a jamais voulu occuper que la seule place du spectateur, «celui qui veut vivre les aventures des autres sans prendre les risques». Il en a pris plein la gueule, mais il n'a pas encore dit son dernier mot. Ses détracteurs devront être patients...

***

Claude Lelouch, on s'aimera... TV5, 21h30


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