Revue de presse - Les oubliés
Mots clés : National Post, Salaire, Média, Canada (Pays)
Il y a une semaine, Statistique Canada rendait publiques des données sur l'évolution des revenus des Canadiens. Leur interprétation a provoqué un débat entre journaux torontois. Le National Post critique l'accent mis sur les revenus individuels, qui ont peu changé, alors que ceux des familles ont augmenté. Le Post souligne aussi que les données portaient sur les revenus d'emploi et ne tenaient pas compte des revenus de retraite ou d'investissements, ou encore des transferts gouvernementaux aux particuliers, ces derniers représentant 52 % des revenus des plus démunis. Le quotidien soupçonne qu'un communiqué faisant état d'une hausse des revenus des plus pauvres n'aurait pas retenu l'attention des médias de la même façon.
Chroniqueure au Star, Carol Goar s'inquiète d'une certaine complaisance devant l'inégalité. Avec le temps, on s'habitue au nombre croissant d'itinérants. D'abord mesures temporaires et d'urgence, les banques alimentaires en sont venues à faire partie des meubles. Les dirigeants des 100 plus grandes entreprises gagnent 248 fois le salaire moyen comparativement à 40 fois il y a une génération. Lorsque les chiffres de Statistique Canada sortent, personne n'est surpris et, après quelques jours d'émotion, tout le monde passe à autre chose. Pas le Canadian Centre for Policy Alternatives, note Goar. Il a demandé à sept experts de courts textes sur les raisons de se préoccuper des inégalités (www.policyalternatives.ca). Comme le dit la journaliste, difficile de leur rendre justice dans une courte chronique, mais elle relève la question posée par Lars Osberg, économiste à l'université Dalhousie: pourquoi un citoyen se soucierait-il des droits de son prochain si la société dans son ensemble ne se préoccupe plus de ses plus démunis? «Nos parents et nos grands-parents ont travaillé dur pour bâtir une société où, pour subsister, personne n'aurait à faire la queue à la soupe populaire ou à quémander quelques pièces de monnaie. Nous sommes en train de la laisser filer entre nos doigts», s'attriste Goar.
Justice à géométrie variable
Si vous êtes pris dans les griffes d'un système judiciaire étranger et espérez l'aide du gouvernement canadien, il vaut mieux pour vous d'être né au pays, d'avoir la peau blanche et un nom à consonance européenne, et de ne pas fréquenter une mosquée, écrit avec indignation Kris Kotarski, du Calgary Herald. Alors que le gouvernement fédéral a dépêché un avion pour sortir Brenda Martin du Mexique, Abousfian Abdelrazik continue d'être coincé au Soudan depuis cinq ans. Il y a été emprisonné pendant un temps à la demande des services de renseignement canadiens, qui disent le soupçonner de terrorisme. Il a été libéré et, depuis, aucune accusation n'a été portée contre lui au Soudan ou au Canada. Malgré cela, il n'arrive pas à obtenir les documents de voyage nécessaires pour revenir au pays car il figure sur une liste internationale d'interdiction de vol. L'homme peut être dangereux, mais il peut aussi s'agir d'une répétition de l'affaire Arar, note Kotarski. À son avis, le gouvernement doit traiter tout le monde de la même façon et aider Abdelrazik avec autant de diligence que Brenda Martin.
Le Globe and Mail s'insurge à son tour. «Le gouvernement de Stephen Harper a une étrange façon de choisir qui il défendra à l'étranger. Ronald Allen Smith fait face à la peine de mort au Montana, le Canada reste silencieux. Omar Khadr, un Canadien arrêté à l'âge de 15 ans, est le seul Occidental encore détenu à la prison américaine de Guantánamo et le Canada reste silencieux. Abousfian Abdelrazik, un Canadien soupçonné d'association terroriste, est dans les limbes au Soudan, incapable de revenir au pays à cause d'une bureaucratie tatillonne, dit le gouvernement canadien. Mais quand Mme Martin attend son transfert après avoir été condamnée à cinq ans de prison au Mexique pour participation à une fraude en ligne, le gouvernement canadien balance par la fenêtre prudence et argent.» Le Globe rappelle que 1815 Canadiens sont détenus à l'étranger. Pourquoi alors faire payer 82 767 $ aux Canadiens pour rapatrier Martin à bord d'un jet loué? Le quotidien note que les déboires de cette Canadienne ont dominé les nouvelles durant une période creuse, mettant le gouvernement dans l'embarras. Le Globe soupçonne ce même gouvernement d'avoir voulu mettre tout simplement un terme à la couverture négative qu'il subissait. À nos frais...
La croix et la prière
Il y a eu le débat sur le crucifix à l'Assemblée nationale. Il y a maintenant celui sur la récitation du Notre-Père (Lord's Prayer) à la législature de l'Ontario. Le premier ministre Dalton McGuinty a demandé plus tôt cette année à ce qu'un comité parlementaire étudie la possibilité de modifier cette pratique pour mieux refléter la diversité religieuse de la province. La consultation a commencé en avril et c'est le tollé. Le site Internet est tombé en panne sous le poids des visites. Les pétitions ont commencé à atterrir sur les bureaux des députés. Le premier ministre refuse de reculer, rapporte l'Ottawa Citizen, même si la grande majorité des commentaires s'opposent à l'abandon de cette prière particulière. À suivre.
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mcornellier@ledevoir.com
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Le samedi 10 mai 2008 03:00

