Une longue route vers l'autonomie

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Alec Castonguay
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 mai 2008

Mots clés : Armée nationale afghane, OTAN, Forces armées, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)

L'armée nationale devra prendre la relève d'ici trois ans

L'armée nationale prendra le contrôle officiel de la région de Kaboul en août prochain.

Photo: Pedro Ruiz

Ottawa -- La décision du gouvernement canadien de rapatrier ses soldats de Kandahar en juillet 2011 a lancé le compte à rebours. Sur le terrain, on met les bouchées doubles pour permettre à l'Armée nationale afghane (ANA) de pouvoir prendre la relève d'ici trois ans.

Dans quelques semaines, une vingtaine de nouveaux soldats-entraîneurs canadiens s'ajouteront aux 140 déjà sur place à Kandahar (ce qui exclut les 60 militaires à l'oeuvre avec la police afghane). Il y a un an, ils étaient à peine 65 à superviser la progression des soldats afghans dans la plus dangereuse province d'Afghanistan. «La croissance de nos effectifs est rapide», confirme le colonel Jean-François Riffou, joint par Le Devoir à Kandahar, où il a la charge des soldats-entraîneurs canadiens.

Ses hommes ont la responsabilité d'amener les 3000 soldats de l'ANA présents à Kandahar aussi près que possible de l'autonomie. Actuellement, à peine un bataillon (600 militaires) approche du but. Les autres, même s'ils mènent des opérations avec les soldats canadiens, ont encore besoin d'une aide importante.

Et dans le jargon militaire, «autonome» signifie «planifier, conduire et soutenir une opération de base», ce qui exclut l'apport des métiers spécialisés comme les médecins, les ambulanciers, les artilleurs, le soutien aérien, les ingénieurs, les experts logistiques, etc. Ces tâches demeurent la responsabilité des troupes de l'OTAN.

«Le travail de fantassin est simple, mais former des métiers spécialisés, c'est beaucoup plus long, dit le colonel Riffou. Il faudra mettre sur pied des écoles spécifiques pour ces métiers.» Dans ce domaine, l'ANA ne sera pas prête à voler de ses propres ailes en 2011, dit-il.

Il faut dire que l'Armée nationale afghane, inexistante en 2002, part de loin. L'OTAN espère avoir formé 80 000 soldats afghans en 2010. Le 12 avril dernier, le site Internet officiel de l'armée afghane avançait que 46 200 militaires avaient complété leur entraînement de base à Kaboul et étaient maintenant en voie d'apprendre les rudiments de la guerre sur le terrain, en compagnie des mentors de l'OTAN.

Le taux d'absentéisme est toutefois de 10 à 12 % en tout temps. «Les soldats afghans retournent porter de l'argent à leur famille, qui vit souvent dans une autre région d'Afghanistan. Il y a aussi des semaines où ils cultivent les champs», explique le colonel Riffou.

Une progression

Même si l'équipement fourni à l'ANA par les pays donateurs s'améliore constamment, les soldats afghans sont encore sous-équipés pour combattre l'insurrection des talibans et de son allié, al-Qaïda. L'ANA n'a pas de chars d'assaut, d'avions ou d'hélicoptères de combat, et elle mène la plupart de ses opérations à pied ou en camionnette. «C'est beau, de l'équipement moderne, mais ça prend des pilotes et des mécaniciens pour s'en occuper! C'est un problème», dit le colonel Jean-François Riffou.

Mais d'ici la fin de l'année, pour remplacer les vieux kalachnikovs qui s'enrayent, les soldats afghans à Kandahar seront entièrement équipés avec les même fusils C7 modernes que les militaires canadiens.

Malgré tout, l'ANA est loin d'une force moderne. Il suffit de voir le quartier général de l'ANA, en banlieue de Kandahar, à quelques pas de la grande base militaire de l'OTAN. Les pièces sont pratiquement vides. Aucun ordinateur ne trône sur les tables et il n'y a pas davantage de radar ou de GPS. Quelques téléphones cellulaires servent de colonne vertébrale à l'état-major afghan. «Même s'ils avaient des technologies avancées, les 100 officiers de l'état-major afghan que nous tentons de former ne savent ni lire ni écrire. Un quartier général de l'ANA, ça ressemble à notre armée dans les années 50», raconte le colonel Riffou.

Néanmoins, les soldats canadiens qui côtoient les militaires afghans sur une base quotidienne sont plutôt optimistes. Dans les prochains mois, l'ANA prendra seule la direction de deux districts plus calmes de Kandahar. «Il y aura encore des mentors canadiens avec eux, mais ils décideront des opérations et les conduiront», dit le colonel Riffou. L'ANA prendra aussi le contrôle officiel de la région de Kaboul en août prochain.

Pas assez, 80 000 soldats?

Si 47 00 soldats de l'OTAN ne parviennent pas à contenir la guérilla des talibans, comment une ANA naissante y parviendra-t-elle? C'est la grande question. «Je ne peux pas vous dire à quoi va ressembler l'ANA en 2011, mais elle progresse bien. Il faut être patient. Les Afghans sont de bons soldats. Nous devons surtout améliorer la logistique, les métiers spécialisés et former un vrai état-major», dit le colonel Jean-François Riffou. La police afghane, encore en formation, viendra aussi donner un coup de main, ajoute-t-il.

L'objectif d'une force totale de 80 000 soldats de l'ANA a été remis en question par le ministre afghan de la Défense, Abdul Rahim Wardak, en mars dernier. Il a soutenu que l'ANA devrait atteindre 200 000 hommes bien équipés avant d'être capable d'assurer la sécurité du pays, puisque l'objectif initial a été adopté avant la reprise des violences, il y a deux ans.

L'ambassadeur afghan au Canada exprime lui aussi des doutes. «Ce chiffre n'est pas réaliste dans le contexte actuel, dit Omar Samad au Devoir. En plus des tâches régulières d'une armée, l'ANA doit faire face à une guérilla, ce qui est difficile même pour les armées modernes.»

Le grand espoir des autorités de Kaboul et de l'OTAN, c'est la baisse de la violence d'ici trois ans, ce qui aiderait l'ANA à prendre la relève. «Si la situation est plus calme, l'ANA pourra maintenir la stabilité du pays, même avec 80 000 soldats. Mais parvenir à faire diminuer des attaques, c'est plus difficile», dit Omar Samad.

Au ministère canadien de la Défense, on rappelle que le chiffre de 80 000 soldats mis en avant par l'OTAN correspond à la capacité de payer du gouvernement de Kaboul. Pour changer l'objectif, il faudrait revoir les engagements des pays donateurs.


Vos réactions


pas d'accord avec ces armees et polices - par André Barabe
Le samedi 10 mai 2008 14:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com
  Publicité - Un produit ou un service ?