Morales accepte de remettre son mandat en jeu

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AFP
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 mai 2008

Mots clés : Evo Morales, Élection, Gouvernement, Bolivie (Pays)

Le président socialiste bolivien Evo Morales a accepté jeudi soir le défi lancé par l'opposition libérale et conservatrice de convoquer un référendum remettant en jeu son mandat présidentiel comme ceux de son vice-président et des gouverneurs de région.

La décision du Sénat, où l'opposition libérale est majoritaire, d'accepter de convoquer le référendum a été une surprise à La Paz, la capitale du pays andin, puisque la Chambre haute avait bloqué en décembre dernier la proposition du président Morales en ce sens.

Ce référendum, qui doit se tenir dans les 90 jours, remet en jeu les mandats du président de la République, Evo Morales, celui du vice-président, Alvaro García Linera, ainsi que les neuf gouverneurs des régions, dont six sont opposés au gouvernement antilibéral.

Le président Morales, qui pouvait imposer son veto à cette décision, a donc accepté dans la nuit, lors d'un message à la télévision, de convoquer le référendum: «Quoi de mieux que ce soit le peuple qui décide du destin du pays?», a-t-il dit, soulignant la nécessité de «régler par les urnes et non par la violence dans le cadre de la Constitution» la crise politique que traverse en ce moment le pays le plus pauvre de l'Amérique du Sud.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement socialiste d'Evo Morales, le premier président indigène de Bolivie, ne parvient pas à ouvrir le dialogue avec l'opposition libérale et conservatrice.

Le système du référendum place la barre très haut. Pour que les mandats soient révoqués, il faut que les votes pour le non dépassent ceux que M. Morales avait obtenus lors de la présidentielle. Ainsi, M. Morales et son vice-président, élus jusqu'en 2011, verront leurs mandats révoqués si les votes contre eux dépassent les 53,74 % (1 544 374 voix) obtenus en décembre 2005.

«Cela peut redistribuer les cartes et redonner une légitimité au gouvernement», a déclaré hier Franck Poupeau, un sociologue de l'Institut français d'études andines (IFEA) à La Paz, ajoutant qu'il y aura probablement «une grande mobilisation pour sauver Evo».

Le président Morales se trouve en difficulté depuis plusieurs mois et ne parvient pas à faire adopter son projet de constitution de tonalité indigéniste. Une série de référendums, illégaux selon le gouvernement, sont aussi prévus au cours des prochaines semaines dans plusieurs régions (Chuquisaca, Tarija, Pando, Beni) revendiquant plus d'autonomie.

La population de la puissante région de Santa Cruz, qui détient la majorité des richesses agroalimentaires et en hydrocarbures, a voté à 85 % dimanche dernier en faveur d'un statut d'autonomie, principalement économique, à l'occasion d'un référendum que ne reconnaît pas le gouvernement central.

La victoire des autonomistes de Santa Cruz a provoqué la colère du président vénézuélien Hugo Chávez, un proche allié de M. Morales, qui a déclaré jeudi à Caracas que son gouvernement ne restera pas les bras croisés et que la Bolivie pourrait se transformer en un nouveau Vietnam.

La décision du Sénat favorable à l'opposition libérale de permettre ce référendum survient alors que le chef de l'État avait convoqué les gouverneurs à venir dialoguer lundi prochain pour sortir le pays de la crise politique.


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