Lorsque la peur a tendance à l'emporter plutôt qu'à rapporter
Mots clés : investisseurs, Économie, Investissement, Canada (Pays)
Nerveux, les investisseurs canadiens? CIBC Marchés mondiaux a calculé qu'ils demeuraient assis sur des liquidités records de 45 milliards de dollars, effrayés qu'ils sont par la volatilité des marchés boursiers. Pour sa part, la Financière Banque Nationale a mesuré un degré d'aversion au risque inégalé depuis le krach d'octobre 1987. Pendant ce temps, à la Royale, on vient d'observer une première brèche en six mois dans la méfiance des consommateurs américains. Un revirement pourrait donc être en cours et laissé ces investisseurs trop frileux sur la touche. Mais CIBC nous rappelle que la peur a tendance à l'emporter, à défaut de rapporter.
Si l'on s'inspire de la théorie des contraires, un tel degré de pessimisme serait le signal d'un retour en Bourse. Un signal qui sonnerait d'autant plus fort que la Royale vient de mesurer un revirement soudain dans la confiance des consommateurs américains. Son indice RBC Cash irait même jusqu'à identifier un «ralliement d'enthousiasme» avec un indice à 39 en mai, contre un creux historique de 29,5 en avril. Les répondants se sont dits plus confiants à l'égard de leurs perspectives économiques futures, même s'ils demeurent inquiets quant à la sécurité de leur emploi.
La FBN va dans le même sens. «Il ne faudrait pas confondre les concepts de volatilité et de potentiel de baisse. À notre avis, en raison du manque de transparence au sujet du risque exact encouru par les divers acteurs financiers, les marchés resteront très volatils au cours des prochains mois. [...] Cela dit, compte tenu de la réaction musclée des autorités monétaires, budgétaires et réglementaires, il se pourrait fort bien que le gros de la correction soit déjà passé. [...] Il faut aussi garder à l'esprit que les cours boursiers ont déjà tenu compte d'une grande partie des effets habituels d'une récession ou d'une crise financière.»
Par contraste, les investisseurs canadiens demeurent figés dans un état de prudence extrême. Ils assistent, à titre d'observateurs, à cette remontée des cours boursiers qui se poursuit depuis plus d'un mois. Ils voient cet indice baromètre de la Bourse de Toronto, le S&P/TSX, revenir (hier) à moins de 20 points sous son record de juillet 2007, établi avant l'éclatement de la bulle des subprimes. Pour constater que l'essentiel de cette remontée est associée à cette flambée des cours de l'or noir, une poussée aussi démesurée que spéculative qui a donné naissance à une bulle pétrolière prête à éclater à tout moment.
N'empêche, selon CIBC Marchés mondiaux, ils sont assis sur des liquidités de 45 milliards qui, dans un contexte plus accommodant, seraient normalement transformées en investissements boursiers. «Malgré la remontée récente du marché boursier, les Canadiens conservent toujours des liquidités élevées, lesquelles, en termes réels, dépassent de 15 % le niveau élevé déjà enregistré en 2001», indique Benjamin Tal, économiste principal à Marchés mondiaux CIBC. À cette époque, la correction boursière avait duré six mois et provoqué un recul de 22 % de l'indice de référence américain S&P 500. L'économie américaine avait connu une légère et courte récession, qui avait précédé les attentats du 11 septembre 2001.
Par rapport à 1987, une période au cours de laquelle le degré d'aversion était d'environ 1,5 fois plus élevé que le niveau extrême actuel, «la correction ayant suivi la débâcle d'octobre 1987 a duré deux mois, mais les investisseurs ont attendu jusqu'à 16 mois avant d'y réinvestir les liquidités considérables qu'ils avaient retirées. Pendant ce temps, le marché boursier a progressé de plus de 20 %. La même tendance a été observée en 2001», a ajouté M. Tal.
Le spécialiste a calculé que l'hésitation de 2001 avait coûté 30 milliards en manque à gagner pour les investisseurs, une situation susceptible de se représenter en 2008. D'autant qu'en évitant les titres pétroliers, les investisseurs mettraient leur portefeuille à l'abri de cette menace de correction boursière que pourrait engendrer l'éclatement de la bulle de l'or noir.
Pendant ce temps, donc, «les liquidités détenues par les ménages canadiens augmentent maintenant au taux de 15 % d'une année sur l'autre, soit au rythme le plus élevé en plus de six ans. Mesurée tant en termes réels qu'en valeur nominale, la valeur actuelle des actifs liquides personnels atteint un sommet.»
Cette peur du risque en Bourse, jadis l'apanage des investisseurs plus âgés, s'étend aujourd'hui à la strate des investisseurs plus «dynamiques». L'économiste s'étonne de voir que «près de 40 % de la réserve de liquidités actuelle est détenue par des Canadiens âgés de 25 à 49 ans. Il s'agit d'une proportion deux fois plus élevée qu'en 2001».
Cette frilosité se traduit aussi par un retrait massif des fonds d'investissement en actions et par une forte progression des ventes de fonds du marché monétaire. «Au cours des six derniers mois, les ventes nettes cumulatives de ce type de fonds ont augmenté huit fois plus que durant la même période l'an dernier.»
Plus d'argent est également conservé dans les comptes bancaires. «L'inquiétude suscitée par la volatilité du marché boursier a également amené les Canadiens à placer leurs fonds dans leurs comptes de chèques et d'épargne, dans lesquels les soldes progressent actuellement de plus de 7 % d'une année sur l'autre. Par ailleurs, on estime à 15 % la hausse annuelle des fonds investis dans les comptes de courtage.»
Lorsqu'on sait les taux d'intérêt offerts par ces comptes et qu'on calcule ces taux après inflation et impôt...
Vos réactions
Félicitations - par Jacques Laurin (laurinjacques_131@hotmail.com)
Le samedi 10 mai 2008 11:00

