Propriétaire, un rêve qui semble irréalisable
Mots clés : Propriétaire, Investissement, Économie, Québec (province)
Je suis une fidèle lectrice de vos articles dans Le Devoir et j'aimerais bénéficier de vos conseils afin d'harmoniser la gestion de mon portefeuille avec mes objectifs de vie. Je ne possède aucune expertise en finance, seulement un désir de gérer simplement mon budget de manière cohérente avec mes buts pour le futur. À première vue, je suis un peu découragée. Je me questionne à savoir si les gens de ma génération ont les mêmes possibilités et ouvertures sur l'avenir que la génération de mes parents.
Dans un avenir rapproché, j'aimerais acheter une maison pour mettre fin au paiement de loyer qui, à mon avis, m'empêche d'investir dans un capital tangible. Dans la région de Métis où je vis, les maisons convenables sont évaluées à 50 000 $ par la municipalité mais se vendent entre 100 000 $ et 150 000 $. Comme je l'ai mentionné plus haut, je n'ai aucun actif pour faire une mise de fonds et aucun endosseur. Lors d'une visite dans une institution financière, on m'a dit que mon pouvoir d'achat est de 60 000 $. Dois-je rayer de ma pensée l'idée d'être un jour propriétaire? Quels seront les impacts de cette décision dans 10 ans, 20 ans, 30 ans?
J'aimerais également prendre ma retraite à 55 ans. Quelle proportion de mon salaire devrait être placée à chaque paye? Où dois-je placer cet argent pour avoir le maximum de gains sans pour autant devoir m'en préoccuper quotidiennement?
Comment devrais-je compartimenter mon portefeuille? Mes objectifs sont-ils réalistes?
Merci de vos conseils.
M. V.
Je comprends le désarroi des jeunes comme vous qui sont confrontés à une montée vertigineuse des prix des propriétés. Surtout si, comme vous, ils sont seuls et ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour construire leur pécule.
Pourtant, en vous y mettant et en établissant les bonnes priorités, accéder à la propriété demeure encore un rêve réalisable, surtout dans votre région où les prix me semblent beaucoup plus abordables que dans la région de Montréal.
La situation actuelle ressemble à celle que j'ai vécue au début des années 80. Gracieuseté d'une forte inflation dans les années 70, les prix des propriétés avaient explosé. Les propriétaires avaient le bon bout du bâton. Ils vous raccrochaient pratiquement la ligne au nez si vous osiez leur demander si le prix demandé était négociable. Avec mon faible salaire de l'époque, je ne pouvais guère envisager l'achat d'une propriété. Heureusement, en 1981 et 1982, confrontés à une inflation presque galopante, nos gouvernements et banques centrales ont été contraints de recourir à l'artillerie lourde. C'est ainsi que la Banque du Canada a durci sa politique monétaire, ce qui s'est traduit par une explosion sans précédent des taux d'intérêt. Ceux-ci ont grimpé à 16 % et plus, faisant basculer l'économie en récession et stoppant net l'inflation et la spéculation dans le secteur immobilier. En 1983 ou 1984, j'ai pu acheter un petit triplex à moins de 100 000 $. J'ai pu l'acheter, mais je n'avais pas les moyens à ce moment-là de l'habiter. Il me fallait louer tous les logements.
Aujourd'hui, je dirais que la situation est semblable pour les jeunes qui doivent compter sur leurs seules ressources financières pour acquérir une propriété. Les prix des propriétés ont tellement grimpé à Montréal qu'un million de dollars devient un pécule presque banal. Là-dessus, je n'ai pas de félicitations à faire aux banques centrales. C'est à cause des taux d'intérêt très bas des dernières années (entre 2001 et 2004) que les prix des propriétés ont tellement grimpé. Cette grande souplesse des politiques monétaires en Occident fait qu'aujourd'hui les risques d'un retour en force de l'inflation sont très présents. Cela dit, les jeunes peuvent au moins tabler sur des taux d'intérêt à la baisse et faibles, pour le moment du moins. Si l'inflation doit se montrer moins docile au cours des prochains trimestres, les taux d'intérêt amorceront une nouvelle remontée en 2009. Sauf que, vu la très grande fragilité de notre système financier (on a pu le constater avec l'actuelle crise financière), les banques centrales voient leur champ d'action passablement réduit en matière de hausses des taux d'intérêt pour les prochaines années.
Revenons maintenant à votre cas. La première chose à faire: établir un plan d'épargne systématique. Quiconque part de zéro et ne peut compter que sur lui-même doit d'abord épargner. Il vous faut ici épargner annuellement 15 % de votre salaire annuel. C'est là une grosse commande, surtout que vous participez probablement au régime de retraite de votre employeur.
L'autre chose à faire est de voir s'il ne vous serait pas possible de réduire les coûts de transport. L'utilisation de votre voiture vous coûte mensuellement 530 $, ce qui explique pourquoi votre banque estime votre pouvoir d'emprunt à seulement 60 000 $.
Je ne connais pas votre facteur d'équivalence permettant de déterminer votre cotisation annuelle maximale permise au REER. Mais voyez à effectuer ladite cotisation au REER chaque année. L'épargne excédant ladite cotisation viendra, quant à elle, meubler votre portefeuille hors REER, que vous transformerez à partir de 2009 (dans les limites permises de 5000 $ par année par personne) en compte d'épargne libre d'impôt (CELI). Cette nouvelle créature annoncée par le gouvernement canadien dans son dernier budget aura pour effet de libérer de tout impôt, et ce pour la vie, toute somme inscrite dans un tel compte.
Vu votre jeune âge, tant pour le REER que pour les comptes hors REER, dont le CELI, la priorité doit aller aux actions, dans la mesure où votre horizon de placement sera d'au moins cinq ans. Là, les actions de quelques grandes entreprises versant de bons dividendes sont au menu. Vous limiterez cependant vos placements à trois entreprises oeuvrant dans trois secteurs clés distincts de notre économie. Je vous recommande de vous inscrire à une bonne lettre financière pour choisir et suivre les quelques grandes entreprises dont vous accumulerez graduellement, toujours sur faiblesse des cours, les actions.
Si vous estimez être capable d'acheter votre propriété avant cinq ans, alors vos placements se limiteront à ce qu'il y a de plus pépère, soit les produits d'épargne facilement encaissables, tels que les dépôts à terme, les certificats de dépôt de trois ans ou moins et des obligations à terme à taux progressifs du Québec, qui sont encaissables une fois l'an, à leur date d'anniversaire sans pénalité.
Et, à propos du REER, vous verrez à réinvestir (et non à dépenser) les reports d'impôt résultant des cotisations annuelles au régime.
Selon le plan précédent, vous aurez accumulé au bout de cinq ans dans les portefeuilles REER et hors REER (le CELI ici) un pécule de 37 000 $ environ en supposant un rendement composé annuel de 6 %. Vous pourrez alors vous prévaloir du Régime d'accession à la propriété pour retirer les sommes requises de votre REER sans devoir payer l'impôt. Quant au CELI, vous pourrez retirer les montants désirés en tout temps, également affranchis de tout impôt.
Enfin, question d'améliorer votre capacité d'épargne, considérez la possibilité de réduire vos frais de transport en vous rapprochant de votre lieu de travail, qui est ici, je suppose, Rimouski. Vous réduirez ainsi de beaucoup les coûts d'essence et d'entretien et améliorerez du coup votre capacité d'emprunt pour une éventuelle propriété.
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cchiasson@proplacement.qc.ca
Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
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